Le drapeau franco-ontarien

Entre les mains de la communauté

La question universitaire en Ontario français a fait l'objet de toute une kyrielle d'études et de rapports, voire d'états généraux. Ce ne sont pas les recommandations qui manquent pour guider le Conseil de planification pour une université de langue française, présidé par Dyane Adam. Une autre réflexion est venue s'ajouter le 25 avril dernier lors d'un colloque organisé par le Centre de recherche en civilisation canadienne-française et l'Institut franco-ontarien. Elle a apporté de l'eau fraîche au moulin.
L'Ontario compte présentement 23 universités - de l'University of Toronto à l'Algoma University - et neuf d'entre elles sont situées dans le Centre-Sud-ouest. Cette région est la seule à voir ses effectifs francophones augmenter sensiblement d'un recensement à l'autre. On estime qu'elle aura bientôt plus de parlants français que le Nouveau-Brunswick et que la moitié des Franco-Ontariens s'y trouveront en 2030.
C'est la démographie qui a conduit le gouvernement à créer un Comité de planification d'une université francophone pour la clientèle du Centre-Sud-ouest. Toronto demeure de toute évidence l'endroit où la seconde université de langue française verra le jour en Ontario. Je dis seconde, car il ne faut pas oublier que la modeste Université de Hearst est de langue française.
Il demeurera impossible de déterminer le rôle des universités ou collèges dits bilingues - Ottawa, Laurentienne, Saint-Paul, Glendon - dans le fonctionnement de la nouvelle université de langue française avant la création de cette « Université franco-ontarienne ». Le comité de planification entend déposer son rapport cet été et la première ministre Kathleen Wynne espère annoncer une décision moins d'un an après, soit avant les élections de 2018.
Selon l'historien Michel Bock, de l'Université d'Ottawa, le gouvernement croyait donner une université aux Franco-Ontariens en 1965, lors de l'adoption de la Loi sur l'Université d'Ottawa. L'institution a été majoritairement francophone pendant quelques décennies, mais la situation a complètement changé aujourd'hui. Sur ce campus au centre-ville de la capitale, il y a maintenant 28 000 étudiants anglophones et seulement 12 000 étudiants francophones, en grande partie de l'Outaouais. 
L'Université d'Ottawa, pas plus que l'Université Laurentienne, n'est une véritable université bilingue ; des individus sont bilingues, mais pas l'institution.
Les universités fonctionnent dans un univers hermétique, une sorte de tour d'ivoire. Sénat, bureau des gouverneurs, recteur... tout est conçu pour que les décisions soient prises à l'interne, sans « l'ingérence » de la communauté. Oui, bien entendu, il y a des comités consultatifs, mais sans droit de vote.
La réflexion la plus intéressante lors du colloque d'avril dernier est venue de la politicologue Linda Cardinal, aussi de l'Université d'Ottawa. Elle recommande clairement que le modèle de la 24e université ontarienne soit différent de ses consoeurs, en ce sens que la gouvernance de la prochaine université de langue française doit incomber pleinement à la communauté francophone de toute la province. Du jamais-vu !
Un membre du Comité de planification était présent au colloque et je souhaite de tout coeur que cette recommandation se transforme en une obligation dans le plan de la 24e université de l'Ontario. C'est la communauté franco-ontarienne du Nord, du Centre, du Sud et de l'Est qui doit décider des priorités et des orientations. Le sénat et le recteur seront là pour exécuter les desiderata de toute la communauté franco-ontarienne.
L'auteur, Paul-François Sylvestre, est un écrivain basé à Toronto.