En 1990… destination: Vanier

OPINION / En lisant sur la controverse qui entoure l’agrandissement du mégacentre Destination Vanier, j’ai été surpris de constater l’intrusion du mot «politique» dans le débat. Cette façon de faire de la politique évoque pour moi davantage les années 1990 et un détournement de sens du concept. Au fond, il s’agit surtout d’économie avec en toile de fond une pensée sur l’environnement. Le classique duel entre le promoteur et l’équipe du maire. Bref, on est plus proche d’un film d’archives que d’une véritable réflexion sur la politique ou l’environnement à Gatineau. Le problème est idéologique.

Ici, le maire Maxime Pedneaud-Jobin semble avoir pris l’itinéraire bis, celui qui consiste à dire non à un néolibéralisme qui ne prend même pas la peine de se cacher. Il est tout de même fascinant de voir comment cette idéologie qui « entend subordonner la rationalité politique à la rationalité économique. Le néolibéralisme doit gouverner non seulement pour le marché, mais également en fonction de ce que commande la logique marchande», est omniprésente dans les réunions du conseil municipal. L’énoncé de Louise Boudrias : « C’est vrai qu’il faut penser autrement, mais ça doit se faire en modifiant nos règlements», a-t-elle affirmé. Ça ne se fait pas ça à un promoteur, à la dernière minute, quand ça fait quatre ans qu’il travaille avec l’administration pour modifier son projet », fait largement écho à cette définition.

Le sujet politique, la Ville de Gatineau composée de ses citoyens, ne jouerait donc aucun rôle dans la construction de la ville et de sa vision. Les citoyens sont cantonnés au rôle d’électeurs. Le sujet politique disparaît au profit de la logique marchande, pourquoi s’en préoccuper? C’est le sempiternel, tu es bien naïf, la politique maintenant c’est ça. Je comprends parfaitement l’importance de la chambre de commerce, des entrepreneurs mais je suis perplexe face à la redéfinition du rôle que joue la politique à Gatineau.

La mécanique est simple, quasi-caricaturale mais tout le monde l’adopte, on fait fi des volontés citoyennes, l’on s’empresse de devenir lobbyiste, et l’on fait miroiter le ruissellement des richesses. En 2019, nous n’avons même pas droit à une vision, seulement à des projets de construction, à ces fameux mégacentres dont couleront le lait et le miel. Permettez-moi de rester sur ma faim. À force de raccourcis idéologiques, on a atteint le point de non-retour et certains conseillers semblent avoir oublié l’ironie qui habite cette pensée libérale. Si les citoyens deviennent de simples figurants qu’en est-il du rôle de maire tant convoité? N’est-il pas réduit à celui de simple intercesseur? Un partenaire, dites-vous? J’en doute. Depuis quand les gens d’affaires s’encombrent d’un partenariat? Les mariages forcés ont une durée de vie limitée. Rien n’arrête cette logique puisqu’elle n’est qu’une projection sur un art de gouverner de la loi du marché. C’est la mairie de Gatineau qui se trouve vidée de son sens, moulin à images du pauvre où la silhouette du maire est à peine perceptible.

C’est bien ce que je craignais, si l’on n’y prend garde, on sera de retour en 1990, loin de l`ère de la conscientisation.

Jérémie Valentin,

Enseignant, science politique,

Cégep de l’Outaouais