Malgré sa situation et sa détresse, toutes les demandes d'une dame de 72 ans ont été froidement rejetées prétextant qu’elle n’était pas victime d’un sinistre selon les paramètres d’un protocole d’intervention de la Ville de Gatineau.

Elle ne répondait pas aux critères d’un sinistre

OPINION / Lundi le 15 avril dernier, en fin de journée, une locataire démunie de 72 ans, victime des inondations de la rue de Grandpré et sans assurance, a fait appel aux services de Logemen’occupe. Suivant les conseils des préposés de l’entreprise d’intervention après sinistre qui l’ont invité à quitter les lieux, celle-ci a fait plusieurs demandes d’aide de relogement temporaire auprès des autorités municipales et de la Croix-Rouge.

Malgré sa situation et sa détresse, toutes ses demandes ont été froidement rejetées prétextant qu’elle n’était pas victime d’un sinistre selon les paramètres d’un protocole d’intervention de la Ville de Gatineau.

Nos nombreux échanges avec la personne responsable de ce dossier à la Ville de Gatineau n’ont rien donné de plus sous prétexte que le couple propriétaire de cette locataire — non-fumeuse avec des problèmes pulmonaires — aurait proposé à cette dernière de s’installer temporairement dans leur logement et dormir sur le sofa de leur salon tout en endurant la fumée de cigarette de ce couple. Quelle bêtise!

À Gatineau, de telles situations aussi aberrantes ne sont malheureusement pas des situations exceptionnelles, mais de pénibles réalités avec lesquelles nous devons constamment composer.

Chaque catastrophe « naturelle » révèle, s’il en était besoin, l’extrême fragilité des classes populaires, dont la vie comme la survie se trouvent dévaluées. Pis, la compassion pour les pauvres, affichée au coup par coup, masque mal que de tout temps des penseurs ont cherché à justifier la misère – en culpabilisant au besoin ses victimes – et à rejeter toute politique sérieuse pour l’éradiquer.

Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, «le profilage social désigne toute action entreprise par une ou des personnes en situation d’autorité à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de protection du public, qui repose sur des facteurs d’appartenance réelles ou présumées, telle que la condition sociale, sans motif ou soupçon raisonnables, et qui a pour effet d’exposer la personne à un examen ou un traitement différent.».

À Gatineau, quatrième ville d’importance du Québec, les faits nous démontrent de plus en plus que nous sommes en présence d’une administration municipale rendue maître dans le profilage social et l’art d’ignorer les pauvres comme l’a souligné à juste titre John Kenneth Galbraith dans l’un de ses ouvrages. Pas besoin d’être activement anti-pauvre pour éviter la présence des classes populaires. Il faut seulement prendre garde à empêcher les décisions politiques qui pourraient favoriser leur droit de cité et contrer leur exclusion.

Heureusement, contrairement à la grande majorité des personnes démunies, cette locataire a pu finalement passer la nuit dans un motel grâce à notre intervention et celle de Marc Carrière, conseiller municipal de Masson-Angers.

François Roy,

Coordonnateur,

Logemen’occupe