Paulette Gagnon

Deux témoignages pour Paulette Gagnon

Heureuse à l’ombre

«Une guerrière». Ainsi une amie décrit-elle Paulette Gagnon, une de ces amis qui ne la croisaient plus que rarement, mais qui restent marquées par le passage dans leur vie de l’unique, de la bouleversante fille de Hearst. Paulette pourtant si humble, figure de proue voilée, heureuse à l’ombre. L’astucieuse marginale qui réservait les compromis pour les décisions stratégiques, rien d’autre. La Passionaria. Voilà.. Elle était notre Passionaria.

Guerrière oui, qui rassemblait les troupes par une passion fulgurante toujours enrobée de patience et de respect. Celle-la même qui dans les coulisses du pouvoir se transformait en habile diplomate pour convaincre doucement de rendez-vous en rendez-vous, d’argumentaire en argumentaire, ne quittant jamais sans le «oui» éventuel. Le «oui»... les «oui» qui ont mené aux constructions du Théâtre du Nouvel-Ontario à Sudbury, de La Nouvelle Scène à Ottawa et sous peu, de La Place des arts à Sudbury. Car oui, il y aura construction. Oui, Paulette a su que la ministre du Patrimoine Mélanie Joly annoncerait l’octroi des 13 millions $ attendus pour déclencher les travaux. 

Trop souvent, en dressant la nomenclature de ses réalisations, l’Ontario français fait fi de ses acquis culturels. Triste négligence, alors que les artistes sont en quelque sorte l’âme de notre communauté, son regard sur les non-dits, sur qui nous sommes, sur ce qui vient. Ils nous interpellent comme nuls autres. Paulette Gagnon a porté cette réalité à bout de bras, elle y a consacré sa vie. 

Merci Paulette, chère visionnaire, bâtisseuse, rassembleuse infatigable, adorable marginale.  Au tout début de la première mouture de La Nouvelle Scène à titre de présidente du conseil d’administration et de la campagne de financement, j’ai vécu à tes côtés mes plus stimulantes et réjouissantes expériences de bénévolat. Sans mot dire, tu m’as transmis l’appréciation des artistes de la scène et de leurs oeuvres. Quel cadeau!

Jacqueline Pelletier, Ottawa

Sans prévenir

Paulette Gagnon est morte. Elle avait 62 ans. On a du mal à le croire. Elle est partie si vite, sans prévenir. Et pourtant, c’est sans doute la personnalité culturelle franco-ontarienne la plus marquante des trente dernières années. Elle a allumé des feux de positions partout. Des feux qui sont devenus des brasiers. Ils ont pour nom : la Fabrique à pantoufles, Direction jeunesse, La Nuit sur l’Étang, la Coopérative artistique du nouvel Ontario, Théâtre Action, le Théâtre du Nouvel-Ontario, La Nouvelle Scène, l’Association des théâtres francophones du Canada et tout récemment, le Regroupement des organismes culturels de Sudbury, qui venait de mettre au monde la Place des arts, un complexe culturel de 30 millions $, réunissant tous les organismes artistiques francophones de la Grande région de Sudbury. Paulette venait juste d’atteindre l’impossible dans ce projet : réunir ces millions de sources gouvernementales, dont une subvention de 4 millions $ de la Ville de Sudbury, et par l’entremise d’une campagne de dons corporatifs d’une ampleur exceptionnelle.

Exceptionnelle. Le mot lui va bien. Comme directrice de Théâtre Action, Paulette a beaucoup apporté à l’ensemble du milieu du théâtre. Elle organisait des événements, des ateliers et des festivals de théâtre étudiant et communautaire. Au Théâtre du Nouvel Ontario, Paulette y est restée 14 ans, de 1982 à 1996. Elle s’occupait des finances, de l’administration, de la logistique. C’était le poumon respirateur du TNO. Grâce à elle, Brigitte Haentjens et Jean-Marc Dalpé ont pu rayonner avec leur théâtre, leurs créations, leurs directions. Mais en filigrane de leur action, dans la doublure de leur parole, tranquillement veillait Paulette Gagnon, soutenant le tout à bout de bras sans qu’on s’en rende vraiment compte.

Elle nous a quittés le 11 octobre. Elle était mère de trois enfants : Félix, Julien et Marianne. C’est une journée de deuil pour tous les francophones de l’Ontario, mais aussi pour tous les Canadiens et Canadiennes. On a souvent eu l’impression qu’elle jouait sa vie dans toutes les actions qu’elle entreprenait. Elle s’y donnait corps et âme, sans escales, sans compromis. Quand on lui parlait, elle était tout à nous. Elle nous appartenait, ne serait-ce qu’un instant. Elle portait son corps comme une formule de politesse pour recevoir ses amis. Elle laisse le sien au grand vestiaire de la vie. Nous gardons chacun et chacune d’entre nous un peu de Paulette Gagnon comme une lampe qui nous éclaire en marchant.

Ce torrent de tristesse que nous vivons aujourd’hui, nous allons le transformer en sources de joie pour continuer sa route. J’entends Paulette qui nous dit : allez-y, la route est libre!

Jean Malavoy, Directeur du Muséoparc de Vanier