Le taux de patients ayant un médecin en Outaouais est passé de 65% à 80% en deux ans.

Des succès dignes de mention

Lorsqu’il est question des services de santé dans l’Outaouais, on parle généralement d’aspects négatifs. Il est vrai que les problèmes sont nombreux, mais il y a aussi des succès. Nous souhaitons aborder deux cas positifs. Mais d’abord, mentionnons que Santé Outaouais 2020 se réjouit de l’annonce récente du financement additionnel de 16,5 millions $ accordé à l’Outaouais. Même si cette somme ne comble qu’en partie le sous-financement historique de la région, il permettra de répondre à plusieurs besoins dans la prestation de services.

Le Service de cardiologie de l’hôpital de Hull est un exemple de succès. Il offre entre autres un service d’hémodynamie, qui permet de déterminer l’état des artères du cœur et des valves cardiaques. Si nécessaire, une intervention visant à débloquer des artères y est pratiquée, opération appelée angioplastie. On offre aussi des examens d’épreuve à l’effort, un suivi de stimulateur cardiaque (pacemaker) et de défibrillateur. Dirigé par le Dr Claude Lévesque depuis 2000, le Centre compte présentement huit cardiologues, comparativement à deux en 2000. Ils sont appuyés par plusieurs infirmières spécialement formées pour ces tâches. En plus de fonctionner durant les heures habituelles, le Centre offre des services d’urgence 24 h par jour. Au début des années 2000, on faisait 1200 procédures par an, dont 600 angioplasties. On fait maintenant entre 2000 et 2100 procédures par année, dont 1100 angioplasties.

Comme la liste d’attente pour des interventions a augmenté considérablement au cours des dernières années, le Dr Lévesque a réussi à convaincre le CISSSO de mettre en place une autre salle d’opération qui pourrait être opérationnelle d’ici deux à trois ans. Il souligne qu’il est parfois long d’obtenir des ressources additionnelles, mais avec de bons arguments cliniques, il est possible d’obtenir des ressources. Il privilégie une approche de persuasion auprès du CISSSO. Les quelque 300 chirurgies cardiaques (opération à cœur ouvert) sont pratiquées à l’Institut de cardiologie de l’université d’Ottawa. Comme ce sont des soins surspécialisés, le Dr Lévesque trouve normal qu’elles soient centralisées en un seul centre, d’autant plus que l’Institut offre d’excellents services.

Parlons maintenant des grands progrès dans la prise en charge des patients orphelins. Au printemps 2015, le gouvernement et la Fédération des médecins  omnipraticiens du Québec signaient une entente fixant à 85 % le taux de patients devant avoir un médecin de famille, à la fin de 2017, faute de quoi des sanctions pécuniaires seraient imposées. À cette date, le taux de patients ayant un médecin en Outaouais n’était que de 65 %. Il est maintenant de 80 %, soit un bond appréciable de 15 points de pourcentage en deux ans. Dans les régions rurales, comme le Pontiac et la Vallée-de-la-Gatineau, le taux atteint ou dépasse déjà 85 %. Le président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’Outaouais, le Dr Guilbault, prévoit que l’objectif de 85 % sera atteint d’ici la fin de 2018.

Autre indicateur du succès de cet exercice, le nombre de personnes inscrites au Guichet d’accès à un médecin a baissé de 42 000 au printemps 2016, à 9000 à ce jour, si on inclut les pré-inscriptions, c’est-à-dire les patients qui ont été assignés à un médecin mais n’ont pas eu de rendez-vous encore.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse significative dans la prise en charge, dont l’établissement de cibles à atteindre pour chaque médecin et l’adoption de la Loi 20, qui a fait prendre davantage conscience aux omnipraticiens du sérieux du gouvernement relativement à cet enjeu. Le CISSSO a fourni du personnel pour la mise à jour des données personnelles des patients en attente sur le Guichet. L’ouverture de la supercliniue Médigo a aussi contribué à cette hausse. Le facteur principal a cependant été l’arrivée de 43 nouveaux médecins en 2017 et 2018, qui ont pris en charge de nombreux patients orphelins. Ce succès dans le recrutement s’explique par l’augmentation du nombre de diplômés en médecine et les efforts du CISSSO pour en convaincre à pratiquer en Outaouais. Par ailleurs, l’intérêt de certains serait attribuable à l’arrivée prochaine de la Faculté satellite de médecine, qui offrira des possibilités d’enseignement.

Des leçons peuvent être tirées de ces deux exemples. Premièrement, l’ajout de ressources humaines fait une grande différence, l’autre est l’importance de la persuasion active, comme outil pour obtenir les ressources nécessaires.

Les auteurs sont Andrew Gibson et Gilbert Langelier, Santé Outaouais 2020.