Depuis près de deux mois, les restaurants du Québec sont fermés, sauf ceux qui offrent des mets à emporter ou à livrer.
Depuis près de deux mois, les restaurants du Québec sont fermés, sauf ceux qui offrent des mets à emporter ou à livrer.

Des restaurants, il ne reste rien ! Ou si peu…

OPINION / Allons souper ! Que ces brillants services, Que ces ragoûts ont pour moi de délices ! Qu’un cuisinier est un mortel divin ! Le mondain, de Voltaire, 1736

Depuis près de deux mois, les restaurants du Québec sont fermés, sauf ceux qui offrent des mets à emporter ou à livrer.

Les factures des restaurateurs s’empilent : Hydro-gaz-assurances-loyer-fournisseurs, employés, etc.

Le gouvernement du Canada a offert 40 000 $ en prêts aux petites entreprises. Prêts qui donnent de l’air, mais qu’il va falloir rembourser un jour. Mais ensuite ? Et après ? Il existe plus de 20 000 restaurants au Québec et plus de 200 000 travailleurs de la restauration dont 175 000 n’ont pas encore retrouvé leur travail. Ils ont 2000 $ par mois pour assurer leur subsistance jusqu’en juin…

Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie ! Charles Perrault

On pourra arguer que le restaurant n’est pas un service essentiel. Bien évidemment ! Mais c’est pour cette raison qu’il l’est tellement. On s’y rassemble entre amoureux, famille, amis, collègues, gens d’affaires pour célébrer, pleurer, s’aimer, partager.

Le début du déconfinement au Québec réjouit plusieurs personnes. Oui, il faut continuer à vivre. Se battre. Mais les nouvelles de la pandémie ne sont pas réjouissantes.

Quant aux restaurants, ce qui les rendait si vivants va les faire mourir.

Imaginez maintenant une visite au restaurant : la serveuse ou le serveur vous aborde avec ses gants et son masque N-95. Accueillant en diable ! Elle devra changer ses gants à chaque table (son tablier, sa robe ? )  On vous demande de vous nettoyer les mains au désinfectant. Pendant ce temps, on désinfecte les menus devant vous; les tables aussi. Pishhtt pishttt ! Son sourire, vous ne le voyez pas. Les lieux sont à moitié vides afin de maintenir le principe de distanciation sociale. Quelqu’un tousse ? Silence ! Méfiance! Peur!

L’expérience épicurienne se transforme en traumatisme. L’anxiété vous étreint; vous n’avez plus faim.

Si on regarde les statistiques, la montée des cas infectés ne s’inversent pas encore. On comprend bien que nos restaurants ne sont pas à la veille d’ouvrir.

Oui, bien sûr, on peut offrir des mets à emporter et faire de la livraison. Mais où sont passés les revenus générés par le service d’alcool ? Où sont passés les centaines de clients, les familles, les fêtes, les groupes ? À combien estimez-vous en pourcentage le revenu d’un resto qui offre ces services comparativement aux revenus générés par un restaurant qui accueille ses clients dans un cadre normal ? Est-ce suffisant pour résister ?

Que doivent faire les milliers de restaurateurs qui n’ont pas les reins assez solides pour attendre six mois (…) la réouverture ? Comment payer les factures si les revenus ne sont pas là ? La réponse est terrible.

La vie après la COVID-19 ne sera plus jamais la même. Mais les restaurateurs doivent survivre. Il faut leur en donner les moyens. Penchons-nous un peu sur leur situation. On ne peut pas laisser disparaître tous les restaurants au Québec. Se réinventer ? Oui, mais comment ? Des cubicules auto-désinfectants ? Des robots serveurs ? Des menus électroniques ? 

Un auteur anonyme disait : Un grand restaurant ne se résume pas uniquement aux clients et aux belles voitures. Derrière, il y a de la rigueur, de la passion, de l’amour du travail bien fait, de la discipline.

Donnons à nos restaurateurs les moyens de survivre et de nous servir du bonheur.

L'auteure du texte est Michèle Bourgon, de Lachute.