Des ex-ministres de l’Environnement pour le respect des obligations climatiques du Québec

À titre d’anciens ministres de l’Environnement du Québec, dans un geste sans précédent et au-delà de toute partisanerie face à l’urgence climatique, nous exhortons l’Assemblée nationale à adopter dès maintenant le Projet de loi visant à assurer le respect des engagements climatiques du Québec, présenté en décembre 2018 au gouvernement de M. François Legault.

Selon les rapports scientifiques les plus récents, dont celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère sont toujours en hausse et le réchauffement climatique s’accélère, constituant ainsi une menace majeure et immédiate pour nos vies et celles de nos descendants ainsi que pour les autres espèces vivantes, animales et végétales. 

Comme individus et comme société, il faut donc nous engager dans des transformations «rapides» et «sans précédent» si l’on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, seuil au-delà duquel « s’accroît le risque de changements profonds, voire irréversibles » (Hans-Otto Pörtner, vice-président du GIEC). 

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C’est pourquoi nous réitérons l’engagement pris par le gouvernement du Québec de respecter les cibles de réduction des émissions de GES qu’il s’est lui-même fixé en 2009 et 2015, et demandons au gouvernement actuel de tout mettre en œuvre pour atteindre ces cibles, voire même des cibles plus ambitieuses si l’évolution des connaissances scientifiques le commandent. 

Dans cette perspective, nous appuyons les mesures proposées par le Projet de loi visant à assurer le respect des obligations climatiques du Québec, préparé par deux juristes spécialisés en droit de l’environnement. Tout en donnant force de loi aux cibles de réduction des émissions de GES, ce projet de loi vise le sommet même de l’État québécois, soit le Conseil des ministres et ses membres, en obligeant que chacune de leurs décisions soient compatibles, donc cohérentes, avec l’atteinte de ces cibles. Le projet de loi prévoit aussi de renforcer substantiellement le suivi, la reddition de compte et la transparence de l’action climatique du gouvernement. Sans être la panacée, de telles mesures favoriseront néanmoins une plus grande compréhension et acceptation par la population des efforts collectifs et individuels qu’exigera le respect de nos obligations climatiques. 

Nous convions donc le gouvernement actuel, les partis d’Opposition à l’Assemblée nationale ainsi que les forces vives de la société civile à faire front commun et à agir dès maintenant pour l’adoption de ce projet de loi et de toutes autres mesures destinées à changer collectivement les choses. Nous avons déjà du retard, et le temps ne nous permet plus d’ignorer ni de retarder les décisions nécessaires pour contenir le réchauffement climatique et éviter l’emballement à venir: la politique des petits pas n’est plus une option, ni pour l’environnement ni même pour l’économie également menacée par ce réchauffement !

Et nous signons : 

Clifford Lincoln, ministre de l’Environnement de 1985 à 1988;

Lise Bacon, ministre de l’Environnement de 1988 à1989; 

Paul Bégin, ministre de l’Environnement et de la Faune de 1997 à 2001;

Thomas J. Mulcair, ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs de 2003 à 2006; 

Daniel Breton, ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, 2012; 

Isabelle Melançon, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques de 2017 à 2018. 

Pour sa part, Monsieur Yves-François Blanchet, qui fut ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs de 2012 à 2014 et actuellement chef du Bloc québécois à Ottawa, tout en exprimant sans réserve son soutien aux principes du Projet de loi visant à assurer le respect des engagements climatiques du Québec, ne souhaite pas être signataire afin de laisser aux élus du Québec la responsabilité de voter les lois à l’Assemblée nationale du Québec.