Et si la crise actuelle permettait à plus long terme d’assurer un avenir à l’humanité ?
Et si la crise actuelle permettait à plus long terme d’assurer un avenir à l’humanité ?

Des épées de Damoclès au-dessus de nos têtes

À vous la parole
À vous la parole
Le Droit
Ordonnance même de l’État : « restez chez vous ! ». Face aux évènements actuels sans précédent, et à ces territoires inexplorés, l’humanité est contrainte de s’arrêter, le temps nécessaire, pour réfléchir à son présent et à son avenir.

Et si le défaut d’entendre les scientifiques sur les enjeux environnementaux avait quelque chose à voir avec cette époque sombre ?

Et si la crise actuelle, dans la foulée du mouvement de Greta Thunberg et des peuples autochtones, permettait à plus long terme d’assurer un avenir à l’humanité ? Au-delà de ces spéculations, ce que nous pouvons affirmer avec plus de certitude est qu’un changement de trajectoire radical découlera indubitablement de ce que nous vivons en ce moment.

Rien n’est acquis

En ce moment même, l’être humain moderne prend conscience à quel point il a été conditionné à la performance, à la rentabilité, et à optimiser son quotidien. Or, soyons réalistes, rien ne sera plus pareil comme avant. Cette période de vives perturbations, toutes perspectives confondues, remet tout en question. Les voyages en famille, les carrières professionnelles, l’individualisme moderne, le rôle des institutions de l’État, jusqu’à la manière même d’exercer la démocratie au pays.

Le temps l’avait prédit.

Nos dirigeants sont actuellement forcés d’agir légalement sur les droits et libertés individuels afin de contenir la propagation du COVID-19 et de sauver des vies.

Face à la pandémie actuelle, sommes-nous confrontés à une troisième guerre mondiale ?, certains questionnent. Les aînés qui ont traversé la Seconde Guerre mondiale et connaissent actuellement la crise liée au COVID-19 diraient certes que les défis auxquels nous faisons face diffèrent à plusieurs égards. Mais dans les faits, un point de convergence se dégage de ces deux époques troubles. Celui que des épées de Damoclès soient suspendues au-dessus de nos têtes. Mais l’avons-nous cherché ?

En 2020, le printemps s’est installé dans la distanciation physique et dans l’incertitude du lendemain. Inquiète devant un avenir hypothétique, la population à l’échelle planétaire retient soudainement son souffle. En une semaine, les annulations d’évènements se sont enchaînées successivement. Les fermetures d’institutions et d’établissements sont devenues le mot d’ordre. Suspendue en permanence aux points de presse gouvernementaux quotidiens, la population attend impatiemment, jour après jour, la divulgation des gestes et actions légitimes ou prohibées.

L’année 2020 sera véritablement marquée par la reconnaissance des acteurs de première ligne : les épiciers, les agents de l’entretien ménager, les camionneurs, les policiers, les infirmières, les inhalothérapeutes, les travailleurs sociaux, et bien sûr, les microbiologistes.

En attendant les vaccins

Avant l’administration de vaccins publics, ce qui risque de prendre des mois, voire un an ou plus, l’antidote susceptible de contribuer à réduire les risques de dégradation est la distanciation physique, oui, mais la distanciation de son nombril, aussi. Prenez des nouvelles les uns des autres. Soutenez votre voisin, plus âgé, qui est dans le besoin. Et si cela vous rassure, achetez deux boîtes de conserves de pois chiches plutôt qu’une à l’épicerie. Mais de grâce, ne vous gavez pas !

Le temps est plus qu’opportun pour réapprendre la bienveillance, l’indulgence et la considération envers soi et envers l’autre. La précarité globale actuelle incite à redéfinir les fondements mêmes qui caractérisent l’humanité moderne, axée vraisemblablement sur le succès personnel, la performance individuelle, et la réussite financière.

En cette période d’instabilité généralisée, les fossés d’inégalités se creusent entre les individus et les foyers familiaux. Les populations les plus vulnérables crient à l’aide. Impossible désormais d’ignorer. Devant l’imprévisibilité à laquelle la santé de l’humanité fait face et l’économie qui s’effondre, nous avons peut-être enfin pris conscience que nous ne sommes pas tous égaux. Or, plus que jamais, et aussi paradoxal soit-il de l’évoquer, il est non seulement impératif de se tousser dans le coude, mais surtout, de se les serrer entre nous.

Autrement dit, malgré ce qui nous distancie, un vecteur commun peut encore nous sauver des décombres : la solidarité humaine. Ce que plusieurs Peuples ont saisi, par ailleurs, bien avant l’Occident. Comme l’adage en rend si bien compte : mieux vaut tard que jamais. Mais l’urgence est palpable.

Apprendre des Autochtones

En tant qu’alliée allochtone, je ne peux m’empêcher de remonter à la barricade de revendications des nations Wet’suwet’en, où depuis, tout semble avoir basculé. C’est dans cette foulée que ce texte conclut sur des enseignements anishinabeg - algonquins.

Selon la Prophétie des sept feux, encodée dans une ceinture de Wampum sacrée, les enseignements anishinabeg - algonquins de certains aînés établissent que nous sommes à une croisée de chemin de l’histoire. Le temps serait donc venu de faire un choix entre la voie du matérialisme et celle de la spiritualité, afin d’assurer la survie de l’humanité. Le premier pourrait conduire à la destruction du Peuple, alors que le second permettrait d’allumer un huitième feu. Ce feu ultime ranimerait une nouvelle flamme, unifiant deux races, vivant en harmonie comme une seule Nation.

Sur cette réflexion, bon confinement. Pendant cette période de restrictions de nos droits et libertés individuels pour sauver des vies, tous et chacun, profitons-en pour réfléchir à la manière de devenir la meilleure version de soi-même.

L’auteure, Karine Croteau, est travailleuse sociale et professeure à l’Université d’Ottawa.