Il est plus facile et peut-être électoralement rentable, d’annoncer des « lits », du béton pour faire croire ainsi à un rééquilibrage des ressources allouées à l’Outaouais.

Des choix pour consolider la santé

Alors que s’amorce la campagne électorale avec son lot de promesses, il serait pertinent de réparer l’impact direct et indirect de coupures ou réductions de services depuis de nombreuses années dans les services de santé. C’est la situation vécue par le territoire des Collines qui dessert principalement, et non exclusivement la population des quatre municipalités que sont Chelsea, La Pêche, Cantley et Val-des-Monts.

Certains développements ont certes été annoncés récemment. A titre d’exemple, en juillet 2018, la Maison des Collines lançait la construction de la maison de soins palliatifs. Projet initié il y a plus de neuf années. Bravo à ces promoteurs bénévoles. Ce projet est un ajout complémentaire sur le site de l’Hôpital Memorial de Wakefield. Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux reconnaissait en 2015 ce retard sur le développement de services de soins palliatifs communautaires, il ne s’agit ici que d’un rattrapage.

Par contre, la Fondation Santé des Collines, en collaboration avec le CISSS de l’Outaouais, souhaite que se développe des services régionaux plus spécialisés pour des personnes âgées dans les installations actuelles de l’Hôpital Memorial. Alors qu’il est aussi reconnu le déficit de services de courte durée en milieu hospitalier. Pas un ajout, semble-t-il, mais par une substitution ou transformation des espaces et de la mission actuelle des lits de courte durée et de longue durée. Jean Hébert, président directeur général du CISSS de l’Outaouais, lors de la rencontre tenue le 4 juin ne s’est pas prononcé sur le maintien de ces lits actuels. Cette démarche mériterait d’être soutenue si elle était en ajout et non en substitution de services hospitaliers actuels. Les lits de longue durée sont occupés à 100% ou presque. L’ajout de lits de centre d’hébergement de longue durée à Masham ne fera que combler un manque reconnu de ces services dans le territoire.

La perte potentielle des lits de courte durée viendrait réduire l’accès à des services de proximité complémentaires aux services spécialisés de la région. La fréquentation à l’urgence est relativement stable et constante depuis plusieurs années (16 044 visites, pour une moyenne de 16 712 visites ces quatre dernières années). Certes, il y a eu diminution de l’hospitalisation en 2016-2017. Pourquoi? Difficulté de recrutement et de rétention du personnel suite à la réforme pilotée par Gaétan Barrette? Est-ce l’impact de la diminution de services cliniques spécialisés complémentaires depuis plusieurs années? Est-ce que la disponibilité de lits pourrait avoir un impact positif et éviter des séjours à l’urgence sur civières ou des réorientations (reorientations: 88 en 2017-2018 et 2237 en 2014-2015)? Poser plusieurs questions à cette diminution est requis pour une compréhension et analyse rigoureuse.

La dispensation de services dans la communauté a été réduite et, en sus, n’a pas suivi le développement de la démographie et des besoins de la population. Prenons un exemple l’équipe de santé mentale installée à l’hôpital Memorial était composée d’un coordonnateur à mi-temps, d’une psychologue, deux agents de relations humaines ou travailleur social, une infirmière et le soutien clérical requis. Ils pouvaient intervenir à l’urgence, rencontrer des personnes hospitalisées, se déplacer dans la communauté, établir des liens de soutien et recevoir des personnes en clinique externe. Il ne reste que peu ou rien de cette expertise clinique de proximité, Cela a-t-il aussi pour conséquence que plusieurs personnes doivent maintenant être hospitalisées à l’hôpital de Hull ou à celui de Gatineau, plutôt qu’à Wakefield alors que ces services étaient encore disponibles? Ou tout cela, est-ce la conséquence d’un transfert de ressources du réseau public vers des ressources médicales privées ou d’une plus grande part de ressources donnée à la « médicalisation » des problèmes de santé et sociaux?

Depuis de nombreuses années, je suis membre du conseil d’administration de la Maison Le Ricochet, organisme communautaire en santé mentale, qui dessert le territoire des Collines. La diminution de ces services de la clinique externe de santé mentale se fait ressentir quotidiennement. Aussi, je suis impliqué bénévolement auprès de deux familles ayant un proche présentant une déficience intellectuelle. La réduction et l’éloignement des services se vit pour eux au quotidien. Au-delà de l’engagement des intervenants, il y a une réelle perte de services qui se traduit par un accroissement direct sur le fardeau des familles et des partenaires. La quasi fermeture actuelle du point de services du Centre local de services communautaires (CLSC) à Low en est un autre triste exemple.

Quel qu’en soient les raisons, vouloir et faire croire à la population que les services communautaires et dans la communauté n’ont pas été réduits depuis plusieurs années ou diminués est de l’ordre de la mystification. La députée de Hull, Maryse Gaudreault, a eu le courage de reconnaître ces réelles difficultés régionales malgré quelques ajouts de ressources ciblées : « Du positif, mais rien de spectaculaire », aurait-elle dit.

Comme récemment énoncé ou promis, il est plus facile et peut-être électoralement rentable, d’annoncer des « lits », du béton pour faire croire ainsi à un rééquilibrage des ressources allouées à l’Outaouais.

Tant que les services complémentaires et communautaires qui ont été réduits ne seront pas remis en place, c’est vouloir continuer dans un aller sans retour vers l’échec de l’hospitalo-centrisme et de l’accès et de la disponibilité à des services de qualité.

Les intervenants du réseau public et des organismes communautaires du territoire des Collines n’attendent que cette consolidation des services dans la communauté qui auront un impact réel et une diminution de la pression hospitalière non requise.

Peut-être que quand toutes ces ressources seront à nouveau présentes et consolidées, le projet de la Fondation de santé des Collines, en collaboration avec le CISSS de L’Outaouais, pourrait éventuellement avoir un sens.

L'auteur du texte est Thierry Boyer de Wakefield.