Des analogues climatiques

CHRONIQUE / Les simulateurs du climat sont des programmes informatiques d’une grande complexité qui calculent, à l’aide de puissants ordinateurs, les probabilités de l’évolution du climat selon des scénarios prédéfinis. Par exemple, on peut évaluer la probabilité d’une trajectoire d’évolution du climat dans les 100 prochaines années dans un scénario où on émet plus ou moins de gaz à effet de serre. Avec le dernier rapport spécial du GIEC sur la stabilisation du climat à 1,5 °C de plus que la moyenne préindustrielle par exemple, les modèles ont permis de calculer que la planète entière devrait être carboneutre en 2050 pour espérer y arriver. De même, j’ai expliqué dans une série de chroniques l’été dernier (du 30 juin au 25 juillet 2018) quels étaient les scénarios envisagés pour la prochaine série de rapports du GIEC qui devrait paraître en 2020-2021.

Pour la plupart des gens, une augmentation de 1, 2 ou 5 degrés sur le climat dans 60 ou 100 ans peut apparaître très abstraite et difficile à interpréter. En effet, peu de gens connaissent la température moyenne annuelle qu’il fait dans leur patelin. En gros, on sait qu’il fait en moyenne plus chaud à Montréal qu’à Chibougamau ou à Québec qu’à Sept-Îles, mais pas plus. Le 13 février, un article dans la revue Nature communications a utilisé la méthode des analogues climatiques contemporains pour illustrer l’évolution du climat dans 540 villes en Amérique du Nord selon le scénario où on continue d’émettre des gaz à effet de serre au rythme actuel ou celui où on contrôle les émissions. Un site Internet permet de comparer les résultats à la fin du siècle (https ://tinyurl.com/urbanclimate). Les villes choisies représentent environ 75 % de la population des États-Unis et 50 % de la population canadienne.

La méthode des analogues climatiques contemporains consiste à rechercher un climat qui existe aujourd’hui (normale 1960-1990) dans un lieu donné pour illustrer le climat qu’il fera en moyenne entre 2070 et 2099 à un autre endroit. Par exemple, dans le scénario où on limite les émissions, le climat de Normandin au Lac Saint-Jean sera analogue à celui qui caractérise Saint-Hyacinthe en Montérégie aujourd’hui. Les auteurs ont utilisé deux scénarios et fait rouler 27 simulateurs climatiques différents pour avoir une idée statistiquement solide de l’évolution du climat.

Les résultats font réfléchir. En moyenne, si on ne contrôle pas les émissions, les isothermes (lignes de moyenne de température annuelles) migreront de 850 kilomètres vers le nord sur l’ensemble du continent. New York au Saguenay ? La saison de pêche blanche sera vite à l’eau claire ! Dans un scénario où on contrôle les émissions, ce serait plutôt 514 kilomètres, donc le climat actuel de Toronto en Abitibi.

En fait, c’est un peu plus compliqué que cela. Le climat n’est pas qu’une moyenne de température annuelle. Il y a aussi la variabilité liée à la localisation géographique, par exemple une ville située au bord de la mer ou au pied d’une montagne connaîtra un climat influencé par sa topographie. Le déplacement des masses d’air influencé par la circulation générale de l’atmosphère amènera aussi des masses d’air arctiques en hiver et des précipitations toute l’année dans le nord-est alors qu’à Vancouver, c’est la prédominance de l’influence océanique et la présence des montagnes qui déterminera la météo. Le climat ressemblera à celui de Seattle juste une centaine de kilomètres plus au sud alors qu’à Québec, le climat sera en 2080 celui qui règne aujourd’hui à Chatham dans le sud de l’Ontario.

L’utilisation des analogues climatiques contemporains est un bon moyen pour vulgariser et communiquer les impacts probables des changements climatiques. Savoir qu’un climat équivalent à celui d’un futur probable existe déjà quelque part peut inspirer les décideurs et planificateurs pour prendre des mesures d’adaptation maintenant et réduire d’avance les impacts négatifs du changement anticipé.