La FPJQ demande au ministère de la Sécurité publique et aux autorités municipales de laisser les journalistes faire leur travail d’informer la population, sans entrave.

Derrière des portes closes

POINT DE VUE / Il ne se passe pas une semaine sans que des journalistes appellent à nos bureaux, à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), pour demander de l’aide. Pourquoi? Parce qu’on les empêche de faire leur travail. Oui, ici, au Québec.

On leur interdit l’accès à des rencontres qui sont pourtant publiques, comme des séances de conseils municipaux, ou, plus récemment, des rencontres d’information organisées pour les sinistrés des inondations qui ont frappé plusieurs régions du Québec.

Prétextant que la présence des caméras de télévision pouvait déranger certains citoyens, elles ont effectivement été interdites à ces rencontres. Ça a été le cas en Beauce, récemment, où des municipalités ont refoulé les journalistes de la télévision, ou encore en Outaouais, où la Sécurité publique a empêché les reporters d’assister à des assemblées qui avaient pour but d’informer la population. C’est comme si ces organisations — publiques, rappelons-le — s’étaient passé le mot pour écarter la presse de leur chemin. De quoi ont-elles peur?

L’argument que des sinistrés auraient demandé à pouvoir s’exprimer sans être filmés est facile et accommodant. Les journalistes comprennent très bien le désir de certains de ne pas voir leurs questions et commentaires apparaître dans les médias; il n’est pas nécessaire d’adopter des mesures aussi draconiennes pour s’en assurer. Du reste, à l’heure où pratiquement tout le monde possède un téléphone pouvant filmer et photographier, les médias sont loin d’être les seuls à pouvoir propulser des images dans la sphère publique.

Que ce soit parce qu’ils ont les pieds dans l’eau, parce qu’ils n’ont pas de moyen de transport ou pour quelque raison que ce soit, les citoyens n’ont pas tous le loisir d’assister à ces rencontres et s’en remettent aux médias pour leur transmettre l’information. C’est particulièrement vrai en période de crise.

Quand on empêche les journalistes de faire leur travail, on prive donc une partie de la population d’informations importantes, qu’elle est en droit d’obtenir. La multiplication de ces entraves au travail des journalistes est devenue à ce point fréquente qu’on peut commencer à parler de tendance. Il semble être de bon ton, de nos jours, de s’attaquer à la presse, de la décrédibiliser, de lui prêter des intentions. Les médias ne sont pas parfaits, c’est vrai, il leur arrive de commettre des erreurs, comme toute organisation, mais les museler n’est certainement pas la solution. Quand on s’attaque à eux de la sorte, c’est le public qu’on pénalise.

Certains diront qu’il n’y a pas de quoi en faire un plat. Nous ne sommes pas de cet avis. Il y a lieu de se demander qui a intérêt à tenir des rencontres en catimini, à prendre des décisions à l’abri des regards. Les journalistes posent des questions, mettent en perspective, analysent et bousculent les autorités, au nom du public. Loin de la presse, sans micro, sans caméra, flanquées d’une armée de relationnistes dont le travail est précisément d’éviter les questions qui dérangent et de «contrôler le message», les organisations publiques qui écartent les médias servent d’abord leurs intérêts, et non pas ceux de la population.

Contrairement aux séances tenues par les municipalités plus tôt ce printemps, celles de jeudi dernier, organisées par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation étaient accessibles aux journalistes. Les médias ont pu librement rendre compte de ce qui s’y est dit, sans troubler le leur déroulement et la quiétude des participants.

De telles restrictions n’existaient pas, d’ailleurs, lors des inondations de 2017. Pourquoi maintenant? La FPJQ demande au ministère de la Sécurité publique et aux autorités municipales de laisser les journalistes faire leur travail d’informer la population, sans entrave. Cette culture de l’opacité, qui érode notre démocratie, doit cesser. Il en va non seulement de la liberté de la presse, mais également du droit du public à l’information.