Denise Bombardier

Denise ou déni ?

OPINION / Nombreux sont ceux qui se sont sentis lésés par les propos de Denise Bombardier. Mais force est d’admettre que Mme Bombardier, malgré elle, voit peut-être plus juste que plusieurs d’entre nous. Serait-elle tout simplement plus objective que la petite Franco-Ontarienne qui se démène encore et toujours pour obtenir des services en français dans un Canada anglais de plus en plus hostile?

Serait-elle, au final, dotée d’une clairvoyance qui transcende les entrevues insipides sur lesquelles elle aurait fondé sa prise de position? Sa plus récente sortie tiendrait-elle davantage du cri du cœur, que de la provocation? 

Comme ma mère Michelle avant moi, je milite pour les droits des francophones en Ontario depuis toujours. Je suis née à l’Hôpital Montfort, j’ai grandi à Vanier et j’habite aujourd’hui sur le marché By. Le déclin de ma langue et de ma culture, j’y assiste au quotidien. Dans le charmant village d’Embrun où je pratique la médecine familiale depuis les années 1990, on m’accueille maintenant en anglais dans de nombreux commerces, et ma patientèle s’est lourdement anglicisée. La qualité du français des étudiants et résidents de médecine que j’y accueille depuis une vingtaine d’années, à quelques exceptions près, est passée d’acceptable à passable à pitoyable. Certains spécialistes me retournent des demandes de consultation rédigées en français, exigeant une traduction.  

À l’Hôpital Montfort, là où j’ai accouché plus de 2000 petits, on m’offre à présent certaines sessions de perfectionnement en anglais seulement. 

On y recrute des nouveaux médecins soi-disant bilingues, qui s’avèrent à peu près incapables de baragouiner la moindre phrase en français et qui basculent à l’anglais à la première occasion. Les archives m’envoient de la correspondance en s’adressant à moi en anglais. Nombre de jeunes infirmières francophones communiquent majoritairement en anglais entre elles. 

À Ottawa, le journal Le Droit, qui m’informe et me tient compagnie à tous les matins depuis ma tendre enfance, agonise. 

Le fameux «Sorry, I don’t speak french» de jadis s’est transformé en un simple regard d’indifférence ou pire encore, de dédain.

Nous avons beau compter les Gisèle Lalonde, Michel Gratton, Bernard Grandmaître et Ronald Caza de ce monde parmi nos troupes, nous avons beau nous battre, revendiquer, déplorer, s’insurger, notre langue souffre, notre culture s’éparpille, s’étiole. Dans l’indifférence la plus sournoise, la plus cruelle. Denise Bombardier a certainement fait preuve de maladresse mais ce n’est pas elle qui va zigouiller notre peuple, c’est nous-mêmes.

L'auteure est Julie Lockman, d'Ottawa