Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie

De l’exigence de sécurité pour un monde apaisé

OPINION / Le monde a radicalement changé et la Francophonie, à l’instar de la communauté internationale, doit se donner les moyens de répondre, avec la même détermination et dans le même élan, à la montée des extrémismes, à la radicalisation violente, au terrorisme, au crime transnational organisé et autres menaces.

Les répercussions tragiques, sur les plans humain, social et politique, des flux migratoires non maîtrisés, sont aussi des réalités de haute préoccupation pour la Francophonie qui compte dans son espace des pays de départ, de transit, de destination et d’accueil de migrants et de  réfugiés. 

On ne peut pas, on ne peut plus, affronter les défis du temps présent avec des solutions et des paradigmes du passé. C’est ce que viendront nous dire ministres, diplomates, universitaires et experts de haut niveau, qui se réuniront les 9, 10 et 11 mai à Ottawa, la capitale canadienne, à l’initiative de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), du gouvernement du Canada et de l’Université d’Ottawa, pour réfléchir à « La Déclaration de Saint-Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine, 12 ans après ». 

Pour la Francophonie, revenir au Canada c’est, en quelque sorte, repartir vers nos racines, dans le pays où a été adoptée, en mai 2006, à Saint-Boniface au Manitoba, ce Texte de référence sur la prévention des conflits et la sécurité humaine qui allait donner encore plus de relief à notre engagement et notre démarche politiques. C’était, en effet, à peine six après l’adoption de la Déclaration de Bamako au Mali, de novembre 2000 sur les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone, que la Déclaration de Saint-Boniface est venue conforter et amplifier.

Ainsi donc, il y a 12 ans, les ministres francophones, réunis à Saint-Boniface et prenant acte de la nouvelle carte du monde qui se dessinait sous leurs yeux et des nouveaux enjeux qu’elle induisait, au lendemain notamment des attentats du 11 septembre 2001, avaient élargi, à juste titre, l’étendue de nos actions et mis en relief deux concepts émergents : la sécurité humaine et la responsabilité de protéger. 

Adoptant la même démarche, cette fois à Ottawa, nous ne nous limiterons pas simplement à un état des lieux des grandes dynamiques dans le monde, aujourd’hui. Nous toutes et nous tous réunis, issus de tous les horizons, nous dirons aussi en quoi et comment la Francophonie peut, de manière toujours plus concrète et opérationnelle, renforcer sa contribution à la construction d’un environnement international pacifié. Et je voudrai m’assurer que, dans une dynamique commune et dans une démarche réaliste, nous puissions tracer les sillons qui guideront pour les prochaines années les actions de notre Organisation, à l’aune des engagements consignés dans les Déclarations de Bamako et de Saint-Boniface ainsi que des défis de taille auxquels nous sommes lourdement confrontés.

En effet, le monde de 2018 n’est pas celui de 2006, ni celui de 2000. Il est plus que jamais, nécessaire, nous le savons, de penser stratégiquement toutes nos interventions et de nous mobiliser pour mieux combattre la multiplication et l’hybridation des menaces toujours plus affligeantes et déstabilisantes auxquelles nous sommes confrontés. Un renforcement solide de notre action politique s’impose plus que jamais. 

Et autant le dire nettement : nous n’en avons pas fini avec la multinationale du terrorisme qui a affecté durablement notre rapport à la paix, à la sécurité et au monde dans lequel nous vivons.   À y regarder de près, en soumettant cette Déclaration de Saint-Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine à une analyse serrée et de haut niveau, la Francophonie, une fois de plus, fait preuve de vision. Cela s’appelle épouser le rythme du monde.

Michaëlle Jean,

Secrétaire générale de la Francophonie