Le public serait reconnaissant envers le CISSSO, si celui-ci fournissait une explication concernant le départ de deux médecins de l'hôpital de Shawville, estime le président d'Action santé Outaouais.

De la santé et du Pontiac

OPINION / À propos de l’interruption répétée des services de gynécologie-obstétrique à l’hôpital de Shawville, il serait intéressant de savoir si de telles situations se produisaient il y a 20 ans ou si cela est le résultat du remède lui-même (les réformes des dernières années). La logique comptable appliquée, sans discernement, à la gestion des services de santé depuis longtemps, est-elle responsable des conditions qui mènent à cette rupture de services ?

Pourquoi ces deux médecins décident-ils de quitter cet hôpital ? Qu’est-ce qui les a poussés à prendre une telle décision ? Le public serait reconnaissant envers le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, si celui-ci fournissait une explication ; d’autant plus que la culture du secret n’a jamais contribué à renforcer la confiance de la population envers les services publics de santé.

Nous reconnaissons d’emblée que le recrutement de professionnels qualifiés représente un défi de taille et soulignons du coup le travail du CISSSO en ce sens. En revanche, il nous faut aussi souligner qu’en période de crise, il est probablement préférable de gérer autrement les opérations. Un pilote d’avion en difficulté n’a pas le temps de consulter le manuel d’instruction. Il lui faut adapter son mode de pilotage et prendre des décisions en fonction de la situation dans laquelle il se trouve, sous peine de s’écraser. 

Pourquoi faudrait-il aujourd’hui, suivre à tout prix chacune des procédures de recrutement et de formation prescrites en temps normal, alors que la situation n’est plus normale ?  Nous serait-il possible, et avec les parties syndicales, de penser hors des sentiers battus ?  

Dans un regard à plus long terme, pourquoi ne pas considérer davantage le recours aux sages-femmes, comme en Angleterre où cela est devenu la norme ? Est-il possible de former des gens sur le tas (avec accompagnement bien sûr), sans devoir, chaque fois, s’astreindre à une attente minimale de 6 mois ? Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’être un prix Nobel pour comprendre que 528 heures de travail supplémentaires accroissent d’autant le risque d’erreurs dont nous sommes déjà les champions.  

Tout compte fait, la situation à Shawville est une belle occasion de traduire en actes concrets la motion adoptée récemment par l’Assemblée nationale reconnaissant l’Outaouais comme une région aux particularités importantes. Ceci est encore plus vrai pour le Pontiac. Le manque de soutien dans un avenir rapproché ne pourra que contribuer à dépeupler les régions rurales. Nous doutons que ceci soit la vision dont nos élus souhaitent faire la promotion. Nous préférons croire que les politiciens croient toujours en un service de santé au visage humain.  Pour ce faire, il faudra, tôt ou tard, faire les choses autrement.  Allez, un peu de courage politique et de créativité de gestion !

L'auteur est Denis Marcheterre, président d'Action santé Outaouais.