Un jour, l'autoroute 50 sera à quatre voies sur toute sa longueur et peut-être même cinq ou six par endroits. Sera-t-elle beaucoup plus sécuritaire ?

Dangereuse, l'autoroute 50?

Elle est dangereuse, l'autoroute 50 ? Pas tant que ça... enfin, tout est relatif.  Elle n'est probablement pas plus dangereuse que la plupart des routes du Québec.  Depuis son « achèvement » en 2012, on y déplore un grand nombre d'accidents dont plusieurs mortels. Infiniment triste mais est-ce vraiment la configuration de l'autoroute qui est responsable de cet hécatombe ?
La « 50 » est le fruit d'une longue saga de « promesses électorales » et de « paroles de députés ». On a gratté les fonds de tiroirs et rogné tous les budgets pour compléter le projet qui traînait depuis 1975. Petits bouts par petits bouts, tantôt à l'ouest, tantôt à l'est, tantôt pour desservir l'aéroport de Mirabel, tantôt pour inviter le « touriste » ontarien à aller skier au Mont-Tremblant. 
On a tiré toutes les ficelles pour construire cette route qu'il était difficile de justifier simplement. D'autant que le réseau routier de la « Belle Province » est en décrépitude parce que négligé depuis trop longtemps et qu'il faut y injecter des milliards pour empêcher les ponts de tomber. On voulait avoir l'opportunité de dire aux électeurs de l'Outaouais qu'on avait « tout mis en oeuvre » pour enfin leur donner leur autoroute et on a réussi. Cependant, la « 50 » n'a pas les quatre voies « séparées » auxquelles on s'attend d'une autoroute conventionnelle et sur plusieurs kilomètres entre Buckingham et Mirabel, il y a des segments à deux voies « non-séparées » où la circulation se croise. On a manqué de fonds et il a fallu faire un compromis.  Ce n'est certainement pas idéal mais pour quelques centaines de millions de dollars, on pourrait y remédier puisque maintenant la « 50 » est là et qu'elle est « dangereuse »... On pourrait aussi y installer des lampadaires, aménager une « halte routière », améliorer la couverture des réseaux cellulaires et la distribution du WiFi pendant qu'on y est.
Bien entendu, avec beaucoup d'argent, on peut faire de l'autoroute 50 un exemple de route moderne qui en ferait la fierté de la région mais le « beaucoup d'argent » en question serait perçu à même les taxes et les impôts que les citoyens sommes tenus de payer. Or, à moins de faire partie de ce petit groupe de gens assez fortunés pour bénéficier des paradis fiscaux et ainsi être exemptés d'avoir à contribuer au fonctionnement de l'État, nos taxes et impôts sont déjà fortement sollicités pour garantir 19 heures d'attente à l'urgence, des repas à 1,76 $ pour les aînés en résidences et des écoles en ruines pour nos enfants. Il ne reste jamais assez de fonds pour entretenir le réseau routier et encore moins pour élargir une autoroute qui, depuis son inauguration, demeure « relativement » peu achalandée.
Toutefois, le politicien de service en fera sa « mission » et le projet d'amélioration de la 50 deviendra un enjeu électoral de premier choix. Mal conçue dès le départ - mais c'était la faute de l'ancien gouvernement -, l'autoroute 50 fera encore « beaucoup de chemin » pour les prochaines élections et, des années de « promesses et de menteries » plus tard - grâce au nouveau gouvernement -, le coût réel du projet sera trois ou quatre fois plus élevé que les prévisions actuelles mais on sera tellement fier d'avoir « tout mis en oeuvre » pour enfin offrir à l'Outaouais son autoroute « sécuritaire » à quatre voies.
En attendant, malgré tout ce qu'il lui manque, l'autoroute 50 n'est pas plus dangereuse que les gens qui y circulent et si on veut sauver des vies et réduire le nombre d'accidents, on pourrait commencer par tâcher de changer le comportement des aspirants pilotes de course qui font de cette route un endroit dangereux.
Je suis un usager régulier et assidu de la 50. J'y roule plus de 100 km quotidiennement et j'y vois des choses complètement absurdes et irresponsables. Des petits « champions » et petites « championnes » qui pilotent leurs bolides comme Ben-Hur, il y en a de plus en plus et ils ne sont pas concentrés que sur les segments où il n'y a qu'une seule voie de chaque côté. On ne se contente pas d'aller vite, trop vite, on course, on « texte », on coupe, on colle aux fesses, on freine dans la voie de gauche pour prendre la prochaine sortie, on est convaincu de pouvoir maîtriser son char sur la chaussée glacée parce que c'est un « 4x4 » ou « AWD », on est « dominant » parce qu'on roule un pick-up et une grosse remorque, on met ta vie en danger parce qu'on se comporte comme un crétin et on te montre un doigt d'honneur pour seule excuse. 
Détenir un permis de conduire vient avec des responsabilités et exige un minimum de jugement. Donc, quand nos « champions » prennent la route, il faut qu'ils s'assurent de leur sécurité, celle de leurs passagers et aussi celle des automobilistes autour d'eux. Par exemple, lorsque la chaussée est enneigée et glissante, c'est à eux de ralentir pour garder le contrôle de leur véhicule et ce même si un panneau indique que la vitesse maximale permise est de 100 km/h. C'est absolument ridicule de blâmer le manque d'abrasifs quand on perd le contrôle parce qu'on roule trop vite et c'est criminel si ce manque de jugement coûte une vie.
Des imbéciles au volant, il y en a partout, sur toutes les routes du Québec mais l'autoroute 50 semble leur plaire un peu plus qu'ailleurs. Peut-être parce que la présence policière y est plus discrète. Plus particulièrement en soirée et les week-ends, quand la circulation est faible. C'est alors que le petit « champion » se découvre beaucoup de talent et laisse libre cours à sa frénésie trop souvent meurtrière.
À défaut d'être tout de suite une autoroute ultramoderne et élargie, la 50 pourrait devenir dès maintenant et sans aucuns frais l'une des routes les plus sécuritaires du Québec si seulement les patrouilleurs de la Sûreté du Québec y appliquaient une politique de tolérance zéro quant aux infractions au Code de la route. Évidemment, il leur faudrait plus d'effectifs pour y accroître leur présence mais l'opération serait rentable. D'abord, une diminution notable du nombre d'accidents et par conséquence, de nombreuses vies sauvées puis, par la distribution massive d'amendes et de constats d'infraction, les fonds ainsi générés suffiraient largement à compenser les coûts du personnel additionnel et enfin, les dollars excédentaires - parce qu'il y en aurait pas mal - pourraient aider à financer le projet d'amélioration. L'autoroute 50 qui a déjà mauvaise presse et qu'on dit « dangereuse » gagnerait une nouvelle « mauvaise réputation » ; celle de la route la plus « surveillée » du Québec... et ça serait très bien.
Un jour, l'autoroute 50 sera à quatre voies sur toute sa longueur et peut-être même cinq ou six par endroits. Sera-t-elle beaucoup plus sécuritaire ? J'en doute. Qu'en pensent nos « champions » ?
François Godard, Gatineau