La gestionnaire du CALACS francophone d'Ottawa, Josée Guindon, estime qu'il y a encore beaucoup de travail à faire pour enrayer la culture du viol sur les campus. Annuler le «Tour des Anciens» n'est pas suffisant, dit-elle.

Culture du viol: lettre aux hommes

Nous sommes sincèrement inquiètes pour Anne-Marie Roy. Vous avez fait un pas dans la bonne direction en choisissant de démissionner de vos postes et de lui offrir des excuses pour la conversation que vous avez eu à son sujet. À la suite de cet incident, les citoyens d'Ottawa ont entamé une conversation à propos de la culture de viol qui règne sur le campus et ailleurs. Vous avez donc maintenant l'occasion de participer à cette conversation. Vous pouvez à présent cesser de faire partie du problème et faire partie de la solution - jouer un rôle pour aider à contrer la culture de viol et la violence sexuelle.
Nous sommes aussi sincèrement inquiètes au sujet des messages dans les médias qui questionnent l'existence d'une culture de viol. Nous trouvons extrêmement préoccupant le fait de faire partie d'une culture où les victimes sont blâmées pour la violence dont elles sont victimes; un système juridique où il y a un taux de condamnation de seulement 10%, pour les 10% des viols qui sont rapportés.
Vous avez blessé les femmes d'Ottawa. Vous nous avez rappelé que nous n'étions pas en sécurité sur nos campus, dans les transports en commun, dans nos demeures, avec des étrangers ou avec des hommes que nous connaissons. Vous nous avez rappelé que lorsque nous sommes en position de pouvoir, nous étions encore plus en danger, parce que la misogynie s'assure que nous serons toujours des objets sexuels et que nous ne serions jamais tout à fait prises aussi au sérieux que les hommes.
Il est incontestable que l'utilisation de «l'humour de viol» dans la conversation que vous avez eue à propos de Mme Roy se voulait humiliante et dégradante envers une femme dans une position de pouvoir. Vous nous avez fourni des preuves indéniables que ce genre de chose existe réellement. Votre conversation privée a prouvé notre point de vue - la violence faite aux femmes est un continuum et l'humour de viol en fait partie.
Il est d'une importance capitale de comprendre que même dans une conversation «privée», nous pouvons propager la misogynie et que ces conversations demeurent dangereuses pour les femmes.
Mais tout ça peut changer. Comment fait-on pour dire aux femmes de se protéger? On ne leur dit pas. On dit plutôt aux hommes que l'agression sexuelle, c'est mal. On éduque les hommes au sujet du consentement.
On construit une société et une communauté qui respecte les femmes et qui les considère égales et non comme des objets. Pouvez-vous prendre des mesures pour vous éduquer davantage au sujet de la violence faite aux femmes? Pouvez-vous contribuer à renverser la vapeur?
Permettez-nous de considérer le vestiaire, les messages Facebook en privé et les «conversations de gars» comme des occasions de prendre la parole en tant qu'hommes et de jouer votre rôle dans l'abolition de la violence faite aux femmes. Nous voulons vous dire que vous devez dire quelque chose lorsque vous entendez des blagues sur le viol, des discours misogynes, ou encore des discours haineux. Le vrai activisme, c'est de contester ce genre de discours. Il existe du soutien et des ressources communautaires pour vous aider. Nous vous souhaitons la bienvenue dans le combat contre la violence faite aux femmes. Maintenant, c'est votre responsabilité.