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«Ce qui nous inquiète, c’est de voir la crise sanitaire servir aujourd’hui d’excuse pour retarder encore une fois la nécessaire transition écologique du Québec», écrivent Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. 
«Ce qui nous inquiète, c’est de voir la crise sanitaire servir aujourd’hui d’excuse pour retarder encore une fois la nécessaire transition écologique du Québec», écrivent Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. 

Crise sanitaire et crise écologique: une seule sortie de crise

Manon Massé
Manon Massé
Porte-parole de Québec solidaire et députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques
Gabriel Nadeau-Dubois
Gabriel Nadeau-Dubois
Porte-parole de Québec solidaire et responsable en matière de Santé
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POINT DE VUE / Depuis le début de la crise sanitaire, l’environnement a été relégué au second plan. À priori, c’est tout à fait normal. Lorsque des dizaines de personnes décèdent quotidiennement, la priorité, c’est de sauver des vies. Lorsque nos hôpitaux sont à deux doigts de s’effondrer, la priorité, c’est de les éloigner du précipice.

Ce qui nous inquiète, c’est de voir la crise sanitaire servir aujourd’hui d’excuse pour retarder encore une fois la nécessaire transition écologique du Québec. C’est bien mal saisir la nature de la bête. Non, la COVID-19 n’est pas une arme biologique échappée d’un laboratoire chinois. Tout indique qu’elle est née d’une autre guerre: la guerre menée par l’humain contre l’environnement. En ce deuxième Jour de la Terre célébré en pleine pandémie, il n’est pas inutile de le rappeler.

Personne ne sait exactement d’où vient le virus, mais l’hypothèse la plus probable est celle de la chauve-souris. Ce «réservoir à virus» est un hôte généreux: quelque 3000 souches de coronavirus sont abritées par la population mondiale de chauves-souris. Normalement, le monde naturel agit comme une barrière au débordement de ces virus jusqu’à nous.

Lorsque l’activité économique humaine se rapproche trop ou force les porteurs de virus à s’installer près de nous, les risques de débordement augmentent. Ainsi, des phénomènes comme la déforestation créent les conditions idéales pour que la COVID-19 et ses semblables passent du monde animal au nôtre.

Dans une étude publiée en février 2021, des chercheurs de l’université de Cambridge soutiennent que la dégradation des habitats naturels, mais aussi les changements climatiques, ont joué un rôle dans l’émergence de la pandémie. Bien avant le premier éternuement au marché de Wuhan, de nombreux experts ont prédit que les ravages environnementaux causés par l’activité humaine allaient augmenter les risques de pandémie. Leurs avertissements ont été ignorés.

La négligence environnementale pourrait donc avoir facilité l’émergence de la plus grande crise de santé publique de l’histoire récente. Des décennies de mauvaises décisions politiques, notamment les politiques d’austérité qui ont un peu partout affaibli les systèmes de santé et les filets sociaux, ont à leur tour facilité la propagation du virus. Tant que ces conditions seront réunies, la table sera mise pour d’autres crises.

En réponse à une question de Québec solidaire, le Dr Arruda soulignait, en décembre dernier, que «le développement durable puis le changement climatique, ça fait partie des éléments que la Santé publique doit prendre en considération. On va être confrontés à d’énormes problèmes dans l’avenir.» Ces problèmes sont, comme dans un rétroviseur, plus proches qu’ils ne le semblent.

On aborde souvent l’environnement dans la langue des spécialistes, en évoquant les cibles de l’ONU, l’inventaire des émissions de GES ou le marché du carbone. On devrait plutôt parler des vagues de chaleur extrême, des inondations, de l’érosion des berges, de la pollution de l’air et des maladies infectieuses: les conséquences réelles et immédiates de la crise climatique. Des conséquences qui vont coûter de plus en plus cher.

Parlez-en aux amateurs de plein air. Notre chauve-souris à nous, c’est la tique infectée par la maladie de Lyme. Cette maladie presque inconnue au Canada avant le début des années 2000 fait désormais partie du paysage dans les régions du sud du Québec, notamment en Estrie et en Montérégie. L’été dernier, on rapportait qu’elle avait traversé le fleuve.

La progression fulgurante de la maladie de Lyme est intimement liée aux changements climatiques. Le réchauffement des hivers québécois a permis aux tiques d’envahir de nouveaux environnements et de poursuivre leur chemin vers le nord - en infectant des centaines de personnes par année sur leur passage.

Chaque campeur piqué par une tique infectée va finir devant un médecin. Chaque vague de chaleur estivale va envoyer des personnes âgées vulnérables dans les urgences. Chaque inondation printanière va engorger les listes d’attente en santé mentale de familles accablées par la catastrophe. Est-ce que le système est prêt à traiter les symptômes de la crise climatique? Non.

Tous les ans, à pareille date, il faut convaincre le gouvernement d’installer des climatiseurs dans les chambres des CHSLD. L’esquisse de plan vert présentée l’automne dernier dédie moins d’une demi-page à la protection des écosystèmes et de la biodiversité. Les sommes investies dans l’adaptation aux changements climatiques sont toujours à la remorque des besoins.

Le Québec est aussi peu préparé à la crise climatique qu’à la crise du coronavirus. Les résultats risquent d’être les mêmes: une réponse tardive et chaotique, des mesures d’urgence accablantes et un gouvernement qui se mord les doigts de ne pas avoir agi avant, lorsqu’il était encore possible d’en faire notre projet de société.

Heureusement, la pandémie révèle aussi la détermination et le sens de la solidarité des Québécoises et des Québécois. Cette épreuve, nous l’avons traversée ensemble. Nous en sortons plus que jamais convaincus qu’il ne peut pas y avoir de retour en arrière. Le Dr Arruda a raison: la crise climatique pose d’énormes problèmes. Contrairement à la COVID-19, les remèdes sont connus. Et si on s’y mettait?