Plus de 500 000 personnes avaient foulé les rues de Montréal le 27septembre dernier pour manifester pour le climat.

Construisons un Québec ZéN

OPINION / Nous avons été témoins ces dernières semaines d’un vaste mouvement de jeunes et de moins jeunes qui militent pour que nos décideurs agissent sans délai dans un contexte de crise climatique. 500 000 voix dans les rues de Montréal qui réclament un changement de cap radical, c’est du jamais vu! À Ottawa, à Gatineau, et dans de nombreuses autres villes, d’autres voix sont venues s’ajouter. Les décideurs ont-ils écouté? Agiront-ils avec conviction et courage?

Il n’y a pas de meilleure occasion pour exiger des réponses des partis politiques qu’une campagne électorale. C’est une période de débats durant lesquels chacun étale ses promesses tout en essayant de cacher les contradictions qui pourraient miner la crédibilité des actions proposées. En tant qu’électeurs et électrices nous naviguons entre l’espoir et le scepticisme. Trop souvent, nous perdons confiance.

Des données probantes démontrent qu’il faut réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre (GES), dont les principales sources au Canada sont liées aux secteurs des énergies fossiles et du transport. Ils représentaient 54% de la totalité des émissions en 2017. Leur impact est tel que sans un effort majeur pour sortir du pétrole et du gaz aussitôt que possible, l’efficacité des autres mesures envisagées pourrait être compromise. Comment comprendre alors que les grands partis politiques fédéraux osent appuyer la construction de pipelines permettant une exploitation accrue d’énergies fossiles très polluantes? Le véritable défi est d’amorcer rapidement une transition énergétique qui réduira, puis éliminera les énergies fossiles, investira dans les secteurs et technologie de demain et nous amènera vers une économie carboneutre fondée sur la justice sociale.

C’est dans ce contexte qu’au Québec, le Front commun pour la transition énergétique (FCTÉ) a amorcé il y a deux ans un travail colossal. Près de 70 organisations et mouvements citoyens représentant environ 1,5 million de Québécois ont commencé à travailler ensemble pour identifier les critères qui devraient être respectés dans cette transition et ensuite élaborer une feuille de route de ce qui doit être fait pour qu’elle réussisse. La prémisse: effectuer un changement de cap radical au Québec est possible. Au niveau technologique, nous avons des compétences innovatrices reconnues partout à travers le monde. Nous avons l’électricité pour faire fonctionner nos transports en commun, nos véhicules et nos usines, et pour chauffer nos bâtiments publics et nos foyers. Nous avons une culture de solidarité enracinée dans les collectivités. Ensemble, nous pouvons construire un Québec ZéN dans un avenir prévisible.

Au terme de cet effort collectif, le Front commun vient de publier son projet « Québec ZéN – zéro émission nette : Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité ». 

Ce document a été déposé dans le cadre de la consultation du gouvernement du Québec sur son Plan d’électrification et de changements climatiques. Dans la vision de ce Québec ZéN, « les besoins énergétiques auront diminué radicalement et l’énergie consommée sera renouvelable à presque 100 %. L’achat local sera roi et la circularité des matières sera devenue la norme en industrie. Les sols agricoles seront en santé et plus de 80 % du contenu de notre assiette proviendra du Québec. Chaque individu, chaque entreprise tendra vers le zéro déchet. Axée sur la satisfaction des besoins plutôt que sur l’accumulation débridée, l’économie sera plus saine ».

Loin d’être une utopie, le Québec ZéN proposé par le Front commun est « une vision qui nous permet de poser les jalons pour l’atteindre — et d’éviter de gaspiller en fausses solutions un temps que nous n’avons plus. Cette vision n’est ni optimiste ni pessimiste : elle vise simplement à cerner ce qui est nécessaire et à proposer des chemins cohérents pour la réaliser. Elle mise sur une société résiliente, plus égalitaire et viable sur le plan environnemental ».

La Ville de Gatineau a déjà formellement appuyé la Déclaration d’urgence climatique tout comme quelques 400 municipalités au Québec, ce qui représente environ 80% de la population. C’est particulièrement au niveau des municipalités que l’effort collectif doit se faire afin de réduire, puis d’éliminer notre dépendance au pétrole et au gaz. Gatineau se prépare à électrifier son réseau d’autobus et propose de mettre en place un premier tronçon d’un réseau de train léger. Mais l’Outaouais n’échappe pas aux contradictions qui caractérisent d’autres régions du Québec.

Avec un approvisionnement en électricité économique et carboneutre, comment se fait-il que dans Gatineau, depuis plus de 10 ans, 95% des maisons neuves s’alimentent au gaz naturel? Il est évident qu’il faut chercher à remplacer le mazout, mais pourquoi choisir une autre énergie fossile composée de méthane fossile à 96 %? Ce gaz émet 84 % plus de GES que le pétrole sur une période de 20 ans. De plus, le gaz par fracturation – ou de schiste - est de plus en plus présent sur les marchés, car les réserves de gaz naturel de type conventionnel sont en voie d’épuisement. Sachons-le, le gaz n’est pas une énergie de transition!

La mise en œuvre de la transition sera exigeante. La profondeur des transformations à effectuer, dans les délais qui nous sont impartis, appelle donc à un véritable dialogue social. Non pas pour accepter des demi-mesures ou des contre-mesures qui nous feraient échouer, mais bien pour détecter les nœuds — comme par exemple la filière du gaz naturel dans l’Outaouais — comprendre ces nœuds et travailler tous ensemble à les dénouer. Et dans cet optique, la Ville de Gatineau est un partenaire essentiel. C’est à cela que Québec ZéN nous convie : accélérer la transition juste vers un Québec carboneutre, à travers un dialogue au sein de la société québécoise.

Les auteurs du texte sont Benoit Hudon, Bernard Taylor, Christine Mageau, Claude Fortin, Diane Fortin, Diane Vermette, Gaetan Raby, Jocelyn Fournier, Réal Lalande, Rosaire Cormier et Sylvie Roy d'Action Climat Outaouais.