Comprendre pour mieux intervenir

OPINION / Le pelletage des nuages permet souvent de bien tomber sur le plancher des vaches. Ainsi, une compréhension sociologique du vivre-ensemble peut contribuer à l’efficacité des politiques d’intégration qui découleront du premier Sommet sur le vivre-ensemble à Gatineau (Le Droit, 20 avril 2018).

Dans les rapports humains, c’est l’étranger qui est potentiellement menaçant pour la cohésion de la société d’accueil, car il est différent des membres de celle-ci qui ne voient pas immédiatement des similitudes avec les valeurs du nouvel arrivant. Il en découle alors trois grands types de relation possibles entre l’hôte et l’immigrant. D’abord, une relation distante parce que l’étranger vient de loin et les similitudes des valeurs communes sont également lointaines. Ensuite, une relation de « proximité » qui traduit une représentation collective des similitudes des valeurs. Enfin, l’altérité, soit la relation avec l’étranger, qui rend possible le vivre-ensemble parce que les similitudes générales des valeurs deviennent les fondements de toute relation humaine. L’étranger est alors bien accueilli dans la société d’accueil. En réalité, ces trois types de relation coexistent en même temps dans une société.

« L’être humain, dit Kant, est bien sûr assez loin de la sainteté, mais l’humanité en lui est sainte. » Toute politique de vivre-ensemble dans le pluralisme culturel de la société québécoise en générale et de l’Outaouais en particulier, doit prendre en compte chacune de ces catégories de relations pour favoriser le passage d’une relation à l’autre. L’objectif est de repérer l’humanité dans les différents systèmes de valeurs en présence. L’intervention doit se faire dans trois lieux où se déroulent les relations humaines dans la société et qui permettent le partage des valeurs.

Les lieux qui favorisent les relations interpersonnelles tels que les soupers dans les familles, le voisinage. Par exemple, dans la décennie 1970-1980, la décentralisation de la Saint-Jean-Baptiste dans les quartiers a été une occasion d’échanges interculturels et de tissage des liens de sociabilité inclusive. Les rencontres et les spectacles conjoints d’associations socioculturelles québécoises et néoquébécoises sont des terreaux de connaissances mutuelles qui permettent le vivre-ensemble. À Gatineau, dans le secteur Hull, le Dépanneur Sylvestre est un de ces terreaux par excellence.

Dans la région, les organismes communautaires qui jouent un rôle important dans l’insertion sociale et professionnelle des immigrants doivent être soutenus financièrement et politiquement. Il s’agit par exemple d’Accueil parrainage Outaouais, le Carrefour jeunesse emploi ou le Service d’intégration travail Outaouais. Les institutions d’enseignement doivent aussi participer au processus du vivre-ensemble. Les étudiants de l’Université du Québec en Outaouais prennent des initiatives dans ce sens. C’est le cas du groupe Couleur-culture, qui a organisé une semaine internationale de vivre-ensemble dans le cadre du Mois des noirs en février dernier. Mais à tort ou à raison, ce sont surtout les membres des communautés ethnoculturelles qui prennent part à ces activités. Pour favoriser un mieux vivre-ensemble, les Québécois de souche doivent aussi y assister en grand nombre.

En Estrie, par exemple, l’Université de Sherbrooke a créé des Écoles d’été sur les études comparatives des cultures. C’est la diversité religieuse qui sera au cœur du programme de l’École d’été 2018. Seront étudiées les pratiques de l’islam, du judaïsme, du christianisme et des religions orientales (hindouisme, bouddhisme et taoïsme). De ces études seront dégagées de pistes d’intervention pour les milieux du travail social, de la psychologie, de l’éducation, policier et carcéral.

C’est en intervenant sur les trois grands types possibles de relation entre les membres de la société d’accueil et les nouveaux arrivants, et en cherchant à repérer « l’humanité » dans tout être humain, que les politiques et les pratiques sociales favoriseront le vivre-ensemble dans le pluralisme culturel.

Yao Assogba,

L’auteur est professeur émérite de l’Université du Québec en Outaouais