«Quand des gens bloquent des ponts à Montréal et à Ottawa pour réclamer des actions en lien avec l’urgence climatique, il s’agit d’un indice qui exprime la peur d’un avenir incertain pour un grand nombre», estime l'auteur de cette lettre.

Combattre 2019 en 2020

OPINION / La mobilisation se poursuit. Plus que jamais, la question de l’urgence climatique a fait les manchettes en 2019. L’addition des faits scientifiques en lien à la dégradation de l’environnement est troublante.

De plus en plus, des gens conscients des différents enjeux environnementaux expriment un sentiment qui s’apparente à de l’angoisse. Quand des gens bloquent des ponts à Montréal et à Ottawa pour réclamer des actions en lien avec l’urgence climatique, il s’agit d’un indice qui exprime la peur d’un avenir incertain pour un grand nombre. 

Une clarification s’impose, ces actes de désobéissance ne sont pas l’expression de l’individualité que l’on peut percevoir dans des manifestations du type «pas dans ma cour» mais plutôt d’une peur pour notre bien-être collectif. Puisqu’ils n’ont pas su apaiser les craintes de ces personnes, on peut craindre que nos élus manquent quelque peu de leadership.

On l’a vu aux dernières élections fédérales, le manque de crédibilité en environnement du Parti conservateur du Canada leur a fait mal en octobre. Au niveau des provinces, l’Alberta et le Nouveau-Brunswick ont dernièrement changé de cap et vont s’imposer une tarification du carbone comme le Québec le fait depuis 2013. En Ontario en 2020, le premier ministre Doug Ford serait-il capable de passer sur son ego et d’avouer son erreur en renonçant au revenu de la tarification du carbone?

Des cibles «ambitieuses» de réduction des gaz à effet de serre (GES) ont été fixées et beaucoup de promesses pour le climat ont été faites lors des élections. Mais qu’en est-il des actions concrètes?

À l’heure actuelle, rien de très convainquant. 

Nous pouvons porter espoir dans le futur plan d’électrification et changements climatiques 2020-2030 du gouvernement du Québec qui devrait nous être présenté au printemps. Ce plan d’actions va être financé par, entre autre le 0,05 $ du litre que les automobilistes déboursent au Fonds vert. Au-delà du financement de voitures électriques, avec ce plan d’actions, le gouvernement doit offrir des leviers aux citoyens pour contribuer à la transition énergétique.

Dans la région de l’Outaouais, plusieurs actions doivent être menées rapidement. 

Au niveau énergétique, nous pouvons verdir le réseau de distribution de gaz naturel, concrétiser des boucles d’économie circulaire régionales en énergie, soutenir l’industrie forestière pour qu’elle participe encore plus à la transition énergétique et redéfinir notre gestion des matières résiduelles. Pourquoi pas se souhaiter un centre-ville zéro carbone? Les possibilités de transition énergétique sont grandes en Outaouais.

En terme d’adaptation aux changements climatiques, il est possible de verdir rapidement les îlots de chaleur, réaménager et soutenir la mise en place d’aires protégées de façon concerté.

Pour les gens qui croient que la limitation de leur production de déchet à Gatineau est la fin du monde, prenez votre mal en patience, ce n’est qu’un début, beaucoup d’autres aspects de notre vie seront chamboulés. Souvenez-vous, des gens s’alarmaient de leurs restrictions de libertés parce qu’on leur interdisait de fumer dans des lieux publics! L’évolution de la perception sur les actions à porter en lien aux changements climatiques suivra inévitablement la même tangente que la cigarette à l’époque. Avec du recul, connaissez-vous encore des gens qui regrettent la peu glorieuse époque où l’on pouvait fumer dans un avion?

Aujourd’hui, nous sommes tous dans le même avion. On va s’écraser et au même moment, il y a encore du monde dans l’avion qui réclame à l’agente de bord le «droit» de fumer à bord...

L'auteur est Benoît Delage, directeur général du Conseil régional d’environnement et de développement durable de l’Outaouais (CREDDO).