Citoyens de seconde zone

À l'Université d'Ottawa, la carrière des professeurs anglophones passe avant le service à la clientèle francophone.
On y trouve normal que les étudiants franco-ontariens doivent avoir recours à un interprète pour s'adresser en français à des professeurs unilingues anglais nommés à des postes de direction («La fédération de l'Ud'O dénonce», Le Droit, 11 janvier).
Pour se justifier, l'université explique que les professeurs ont cinq ans pour satisfaire les exigences linguistiques de leur poste. À ce rythme-là, un étudiant a le temps de faire ses études de premier et de deuxième cycle sans jamais pouvoir traiter directement en français avec les dirigeants de sa faculté. 
L'université précise qu'il y a toujours « quelqu'un de disponible » pour répondre aux questions de l'étudiant dans la langue de son choix. Les Franco-Ontariens savent ce que cela signifie : une personne bilingue, généralement un sous-ordre bien intentionné mais sans pouvoir de décision, les écoute, prend des notes et en réfère à ses supérieurs... unilingues anglais.
Dans un haut lieu du savoir qui se targue d'être bilingue, les dirigeants devraient répondre à toutes les exigences de leur poste, y compris la connaissance du français et de l'anglais, dès leur entrée en fonction. Il est inacceptable que les étudiants fassent les frais de leur incompétence linguistique. Ceux qui pensaient que la nomination d'un Québécois, ancien président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec par surcroît, comme recteur de l'Université d'Ottawa allait améliorer le sort des étudiants franco-ontariens doivent déchanter. Depuis l'entrée en fonction de Jacques Frémont le 1er juillet 2016, les facultés des sciences et de génie, ainsi que les programmes de cycle supérieur, continuent à échapper à l'application de la Loi sur les services en français, et les étudiants francophones de l'université y sont encore traités comme des citoyens de seconde zone.
La ministre des affaires francophones, Marie-France Lalonde, ne semble pas avoir fait de ce dossier une priorité. La nouvelle députée d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, devrait s'y intéresser de près. Ses antécédents comme avocate principale de l'Association canadienne des libertés civiles, vice-présidente intérimaire à la gouvernance pour l'Université d'Ottawa, doyenne de la Section de droit civil de cet établissement, présidente de la Commission du droit du Canada et présidente de l'Association des juristes d'expression française du Canada, lui seraient utiles pour faire entendre raison aux barons de l'Université d'Ottawa.
Jean-Pierre Villeneuve, Ottawa