Roch Cholette

Cholette ou la censure? Un faux dilemme

OPINION / En guise de défense de Roch Cholette, l’éditorialiste Pierre Jury propose un faux dilemme que l’animateur de radio, grand amateur de paralogisme, n’aurait pas renié : Cholette ou la censure (Le Droit, 2 février). Ce titre, ô combien ironique, résume à lui seul ce qui va mal dans la politique municipale gatinoise, son incapacité à s’éloigner d’une époque révolue.

Certes, Il s’agit d’un éditorial, mais de là à qualifier ce boycott d’inacceptable, c’est dramatiser inutilement une situation bénigne. L’animateur n’est point bâillonné par le maire, le conseil municipal a simplement choisi de s’en distancer de façon claire.

Sous prétexte que l’animateur vedette est « prévisible » que « ses biais intellectuels sont bien connus », Je pense donc tu me suis, le maire ne pourrait agir de la sorte? Parce qu’il n’a pas inventé le style d’une radio polémique, dîtes-vous, le maire devrait encaisser ses attaques à répétitions? Vous jugez cette attaque envers Cholette « extrêmement grave », mais qu’il y va-t-il donc de si mal à vouloir élever le débat, à indiquer sèchement ça suffit?

L’année 2017-2018 a été marquée par la libération de la parole. Mais par libération, il faut surtout comprendre que les mots, les gestes ont clairement des conséquences, qu’il faut renouer avec ce principe. Entretenir un climat tendu sous prétexte que l’on donne un bon show de radio alors que l’on n’est pas journaliste et que l’on se soustrait ainsi à des obligations éthiques relève d’une stratégie facile et désuète. Les élus ont déjà fort à faire face au cynisme ambiant, pourquoi ne pourraient-ils pas mettre des balises et se prémunir de ce retour du refoulé et entrer de plain-pied en 2018?

Le Droit conclue en affirmant de façon sentencieuse qu’«il vaut mieux vivre avec une voix qui déplaît que la censure que la majorité des citoyens du monde doivent endurer». Barack Obama, il n’y a pas si longtemps avait décidé de boycotter Fox News, les fabricants d’opinion. Je ne vois pas en quoi la démocratie y a tant perdue.

Jérémie Valentin,

Enseignant en science politique au Cégep de l’Outaouais