Une morsure de chauve-souris est quasiment indolore et la rage peut être transmise par une simple et minuscule éraflure de ses griffes, selon l'auteur Gilles Chénier

Chauve-souris ou ridicule, lequel est plus dangereux ?

Il y a quelques semaines, une chauve-souris s'est introduite dans ma demeure.
Après maints essais pour la faire sortir, j'ai dû me résoudre à la tuer. Dans l'énervement, elle m'a effleuré un bras. Connaissant les risques possibles qu'elle puisse être porteuse de la rage, j'ai contacté le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). La personne au bout du fil m'indique que le protocole exige que je contacte Info-Santé où l'on me demande si elle m'a mordu. Je lui réponds que selon mes connaissances, la morsure est quasiment indolore et que de plus, la maladie peut être transmise par une minuscule éraflure de ses griffes. 
Il me semble inutile à ce stade-ci de contacter un médecin puisque la maladie peut prendre plusieurs jours et même semaines à détecter. Je lui fais savoir que jadis la santé publique nous envoyait une personne pour cueillir la bête et être analysée. La personne me dit que j'ai effectivement raison, mais que c'est le nouveau protocole et elle me suggère de recontacter le MAPAQ. La personne qui me répond au MAPAQ m'informe qu'on ne cueille plus systématiquement les bêtes, car cela occasionnait des frais. 
De guerre lasse, je consulte le médecin qui me dit de ne pas m'inquiéter, car personne n'est décédé de cette maladie au Québec depuis 100 ans. Selon mes sources, je fais remarquer au médecin que c'est faux. Après mon départ, il me rappelle en s'excusant et en m'avisant qu'il téléphone immédiatement la santé publique. 
Alors voici pourquoi je dis que le ridicule peut tuer, car qu'arriverait-il si une personne par manque d'information, d'intérêt ou d'énergie aurait laissé tomber et que dans une malchance la chauve-souris aurait été porteuse de la rage ? Maintenant pour les frais voici ce qu'il m'en a coûté : quatre visites au CLSC ou l'hôpital, 11 injections (qui ne sont sûrement pas gratuites), 300 km d'auto, 12 heures d'attente aux urgences et congestionner un système de santé qui n'en n'a vraiment pas besoin. Finalement, la chauve-souris n'était pas porteuse de la rage. Mais réjouissons-nous, car le protocole aura été respecté !
Gilles Chénier, Lochaber Partie-Ouest