Ces professions oubliées de la réforme sur l'immigration

POINT DE VUE / Le prisme des besoins de l’industrie rend-il borgne le gouvernement? L’actuelle réforme de l’immigration menée par le gouvernement de la CAQ amène cette question : de quels types de travailleurs une société a-t-elle besoin pour être une société «qui fonctionne»?

La liste des professions choisies par le gouvernement propose un vaste éventail de profils techniques, scientifiques et d’ingénierie. Si ces professionnels s’avèrent indispensables à toute société, un pan complet de connaissances est pourtant évacué; un peu comme si le gouvernement s’amputait délibérément.

À quelques exceptions près, les humanités — les sciences humaines et sociales ainsi que la philosophie — sont invisibles dans la réforme de la CAQ.

Qui sont ces professionnels laissés de côté? Des anthropologues, des géographes, des politologues, des sociologues, des démographes, des éthiciens. Ces professionnels ne construisent pas de ponts en acier, ne font pas d’entretien mécanique, ni ne trouvent de nouveaux vaccins. Ils construisent plutôt des ponts entre les gens, ils réparent les relations brisées, ils pavent la voie aux décisions justes. Vous connaissez leur expertise sans le savoir : acceptabilité sociale, relations interculturelles, besoins particuliers des régions ou des différents groupes sociaux, valeurs et attentes des nouvelles générations sans oublier la prise de décisions éthiques.

En d’autres mots, les sciences humaines, sociales et la philosophie permettent à leurs pendants techniques, scientifiques et d’ingénierie de prendre ancrage dans la société. En l’absence d’ancrage, la méfiance, la contestation et la défiance ne sont jamais très loin. Et tout ça, comme on le sait ,«ce n’est pas bon pour les affaires».

Enfin, en se privant de recruter des professionnels des humanités, le gouvernement nous assure la prépondérance du «Comment faire» au détriment de l’essentiel «Pourquoi le faire». Avec moins d’anthropologues, de démographes, de sociologues ou d’éthiciens, le risque est pourtant bien réel pour l’industrie et le gouvernement de ne pouvoir saisir les mutations sociales qui la propulseront ou la freineront.

Et ça non plus, ce n’est pas bon pour les affaires.