Le budget fédéral du 19 mars prochain, déposé par le ministre des Finances, Bill Morneau, sera le dernier avant les élections de l’automne.

Budget fédéral 2019: promouvoir l’intérêt à long terme de la classe moyenne

OPINION / Le budget fédéral du 19 mars prochain sera le dernier avant les élections de l’automne. Même si les mesures qui y seront présentées s’adresseront probablement principalement aux contribuables, nous croyons que le vrai intérêt de la classe moyenne repose sur l’adoption d’un budget sain, rigoureux et stratégique, axé sur la création de richesse durable pour ladite classe moyenne.

Pour y arriver, celui-ci doit reposer sur trois axes principaux.

D’abord, le Canada doit en tout temps préserver la compétitivité et la capacité de croissance de nos entreprises. Il doit le faire principalement par des mesures qui aideront les entreprises à accroître leur productivité, par exemple par l’instauration de crédits d’impôt favorisant la modernisation des installations.

La compétitivité des entreprises canadiennes requiert également l’équité fiscale face à leurs concurrentes étrangères. La non-perception de la TPS et de la TVQ sur les services intangibles en provenance de l’étranger confère aux fournisseurs étrangers un avantage-prix de 15 % sur leurs concurrents canadiens. De nombreux pays ont adapté leurs pratiques à la réalité numérique et perçoivent les taxes à valeur ajoutée auprès de fournisseurs étrangers. Le Canada doit collaborer avec le Québec pour faire cesser cet avantage concurrentiel indu et inéquitable accordé aux fournisseurs étrangers de services intangibles.

Il n’est plus à démontrer que la qualité des infrastructures de transport et de communication est cruciale pour la productivité des entreprises. En plus de déployer le plus rapidement possible le réseau Internet Haute Vitesse dans les régions non desservies, le budget doit prévoir les sommes appropriées pour déglacer efficacement les voies maritimes en modernisant finalement la flotte de brise-glaces. Il doit prévoir les montants nécessaires à la réalisation du projet d’un train à grande fréquence de VIA Rail et à l’amélioration des installations des aéroports régionaux.

Deuxièmement, le budget doit s’attaquer à la rareté de main-d’œuvre. 

Pour la première fois en au moins une génération, et pour une génération encore, l’offre de main-d’œuvre constitue le véritable goulot d’étranglement à la croissance et à la création de richesse. En plus des mesures susceptibles d’accroître la productivité, le gouvernement fédéral doit prendre des mesures précises pour augmenter l’offre de main-d’œuvre, par exemple, en tirant un meilleur profit de l’arrimage immigrant-emploi, en allégeant les délais et les contraintes au recrutement de travailleurs étrangers, en offrant des mesures de rétention des travailleurs expérimentés et en modernisant l’approche en matière de formation continue.

Finalement, il doit présenter un plan réaliste de résorption du déficit afin de rencontrer l’équilibre budgétaire le plus rapidement possible. La bonne conjoncture devrait fournir au ministre des Finances l’occasion d’agir concrètement en ce sens. Malgré l’embellie, le gouvernement fédéral prévoit encore un important déficit sur son horizon de planification et cette absence de plan n’envoie pas à notre avis, le bon message quant au respect des principes de saine gestion des finances publiques.

L’existence d’une échéance électorale peut avoir pour effet de rétrécir considérablement l’horizon des décideurs politiques. Le budget 2019-2020 du gouvernement fédéral doit résister à la tentation du court-termisme. Il doit présenter aux Canadiens, ceux de la classe moyenne et tous les autres, une trajectoire claire, cohérente et axée sur leur intérêt à long terme.

L'auteur du texte est Stéphane Forget, président de la Fédération des chambres de commerce du Québec