En voulant favoriser le développement des uns au mieux de leurs capacités, le système a créé des inégalités d’apprentissage, affirme l'auteur.

Bris du contrat social en éducation

Il y a environ 50 ans, la réforme politique du système d’éducation au Québec basée sur le célèbre rapport Parent voulait offrir un système d’éducation public, universel, accessible et équitable pour tous.

La montée du néolibéralisme, la déréglementation, l’ouverture des marchés et l’assouplissement des politiques au cours des années 1980 ont favorisé le «libre choix» sur la question de l’éducation. Par la suite, ce fut la création des voies et des concentrations à vocations éducatives au cours des années 1990. 

À l’époque, le système voulait offrir aux parents un lieu où leur enfant pourrait développer son plein potentiel. Les écoles se sont mises à offrir une pléthore de programmes particuliers (sport étude, langue-étude, musique-étude, science-étude, etc). 

Aujourd’hui, les programmes particuliers sont pour la plupart contingentés. Un mécanisme de sélection  – je veux dire d’orientation – des futurs élèves est mis en place par les établissements en se basant sur différents critères : résultats scolaires élevés, aptitudes physiques et athlétiques supérieures à la moyenne, sens artistique développé, etc. 

Dans d’autres cas, c’est carrément une sélection monétaire qui s’opère puisque certains parents n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour offrir à leur enfant le luxe de choisir sa concentration. 

C’est à ce moment, à mon avis, qu’il y a eu un bris dans le contrat social.  

En voulant favoriser le développement des uns au mieux de leurs capacités, le système a créé des inégalités d’apprentissage.

En plus, les publications sur le classement hiérarchique des écoles privées et publiques fournissent aux parents un outil leur permettant de comparer les écoles entre elles. Ils peuvent ainsi faire un choix encore plus éclairé. Ce faisant, les écoles rivalisent de campagnes publicitaires afin d’attirer la clientèle étudiante.

L’éducation publique des concentrations est maintenant une marchandise soumise aux lois de l’offre et de la demande.

C’est très bien que de nombreux élèves puissent avoir la possibilité de se développer et d’actualiser leur plein potentiel puisqu’ils bénéficient d’une place dans une voie thématique ou dans une concentration éducative. Mais qu’en est-il des autres qui évoluent au secteur dit « régulier » ?

Cette situation vient soulever la question fondamentale d’égalité d’apprentissage pour tous. 

Mon souhait serait que le ministre québécois de l’Éducation mette en place une politique scolaire qui permet d’offrir les conditions d’apprentissage équitable pour tous. Que les politiques en matière d’éducation mettent fin à la sélection des élèves et que le système offre des cours et des activités universelles pour tous. 

Tant que le système permettra aux écoles de sélectionner les élèves, la ségrégation scolaire s’accentuera à l’intérieur du système public. Tant mieux si les familles peuvent offrir à leur enfant le luxe de choisir l’école, la concentration et la voie scolaire de son choix. C’est un signe que leur situation socio-économique se porte plutôt bien. 

Mais à l’intérieur d’un système public, les inégalités sociales existent et nous devrions tendre vers une amélioration globale et non une amélioration individuelle. 

L'auteur, Dominique Langlais, est enseignant à l'école secondaire du Versant et étudiant à la maîtrise en éducation à l' Université du Québec en Outaouais.