Est-il nécessaire de rappeler aux Britanniques et à tous les Européens, que le choix qu’ils ont à faire aura une influence considérable sur leur avenir à tous?

Brexit: que décideront les Britanniques?

OPINION / Bientôt trois ans après que le référendum de juin 2016 ait vu une mince majorité de citoyens se prononcer pour une sortie de leur pays de l’Union Européenne, la question est toujours en suspens. Et on ne voit pas se dessiner de majorité chez les parlementaires auxquels la première ministre Theresa May doit présenter de nouveau, dans quelques semaines, le texte de l’accord négocié avec les responsables de l’Union européenne.

La date de sortie a été fixée par la première ministre elle-même au 29 mars prochain.

Cet accord de sortie, un texte de 585 pages, est en tout point un traité liant juridiquement les Britanniques et les Européens. Il a été signé en novembre 2018, mais le gouvernement ne l’a pas présenté aux parlementaires comme il était prévu, le 11 décembre dernier, car on ne voyait pas se dessiner une majorité de députés pour l’appuyer. Il semble, en effet, que les parlementaires britanniques se proposaient de rejeter le texte de l’entente, à cause surtout du point d’achoppement névralgique sur lequel les Britanniques et les Européens n’ont pas encore trouvé d’accord : «Comment faire pour que, entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, la situation demain soit aussi fluide, simple et pacifique qu’aujourd’hui ? On se souvient des violences en Irlande du Nord ; on se souvient d’un processus de paix qui a fonctionné essentiellement parce que le nord et le sud de l’île appartenaient l’Union européenne. Demain, cela ne sera plus le cas ; il faut trouver une solution pour préserver ce processus de paix et là, c’est difficile.»

La première ministre britannique a tenté d’obtenir des Européens quelques ajouts au texte déjà signé, en vue de le représenter nouveau aux Parlement ce 14 janvier, mais on comprend que les Européens, mêmes les mieux disposés à aider Mme May , n’auraient pas voulu modifier, même légèrement, ce texte juridique dont l’achèvement a nécessité presque deux ans de difficiles négociations.

Les analystes européens et britanniques estiment qu’il n’y a pas de majorité, non plus au parlement de Londres, en faveur d’un «Brexit dur», soit une sortie de l’Union européenne sans le moindre accord préalable sur les responsabilités respectives des parties.

Resterait de toutes façons le règlement financier de presque 70 milliards $. Rappelons que ce n’est pas là le coût du divorce, c’est par contre, ce que doit le Royaume-Uni pour la période dans laquelle il a pris des engagements vis-à-vis de l’Union européenne et qui court jusqu’à fin 2020.

Notons enfin qu’il ne se dessine pas non plus de consensus, ni au gouvernement, ni parmi les parlementaires, pour la tenue d’une nouvelle élection générale, ni pour un retour simple et complet de la Grande Bretagne au sein de l’Union européenne.

Dans ce contexte, il est intéressant de noter que la Cour de justice européenne a laissé savoir récemment qu’un retour éventuel de la Grande-Bretagne pourrait être acceptable aux institutions européennes. Ceci, bien évidemment, avec l’accord des 27 pays membres. Cette unanimité des pays membres éviterait l’application stricte de l’article 50 selon laquelle un pays qui a invoqué cet article pour signifier son désir de quitter l’Union européenne ne pourrait y revenir qu’en déposant une nouvelle demande d’admission au même titre que tout autre pays qui souhaiterait adhérer à l’UE.

Il semble donc qu’en l’absence de consensus ou d’une majorité raisonnablement prévisible chez les parlementaires britanniques pour aucune des solutions envisagées, la seule avenue serait de proposer aux citoyens de se prononcer, lors d’un second référendum sur ce que la «majorité» des Britanniques souhaite comme sortie de cette impasse. Puisque l’option de quitter l’Union européenne sans le moindre accord paraît de moins en moins acceptable, le choix proposé aux Britanniques pourrait donc être: 1) Accepter le texte juridique négocié avec l’Union européenne ou 2), demander un maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne.

Est-il nécessaire de rappeler aux Britanniques et à tous les Européens, que le choix qu’ils ont à faire aura une influence considérable sur leur avenir à tous?

Georges Paquet,

Diplomate canadien à la retraite, Ottawa