Le premier ministre français, Manuel Valls, (à gauche) a visité le Canada la semaine dernière.

Bravo à la France

Contrairement à l'éditorial « Une relation particulière » (LeDroit, 14 octobre), il faudrait plutôt féliciter Manuel Valls d'avoir commencé son séjour à Ottawa. Pierre Jury a raison de dire que « pour des raisons historiques remontant aux premières colonies dans ce qui allait être la Nouvelle-France, il existe une relation spéciale entre le Québec et la France ». Mais de quel Québec s'agit-il ?
Les Anglais ont utilisé pour la première fois l'appellation « province de Québec » pour la petite partie de la Nouvelle-France qui comptait le plus grand nombre de colons français, appelés Canadiens. Au fil des années, « province de Québec » a désigné plusieurs territoires fort différents, incluant entre autres la plus grande partie de l'Ontario actuel. Pourquoi les liens privilégiés de la France seraient-ils limités au territoire actuel du Québec ?
Ne serait-il pas logique de considérer que le territoire avec lequel la France a des liens privilégiés est celui qui était à large majorité francophone au moment de la cession de la Nouvelle-France ? L'Ontario et d'autres parties du Canada ne devraient-elles donc pas aussi faire partie des amis de la France ? 
En choisissant, pour des raisons stratégiques justifiées à l'époque, de ne pas conserver le Canada, puis de soutenir les révolutionnaires américains, et enfin de ne pas chercher à reconquérir le Canada, la France a atteint ses objectifs : affaiblir l'Angleterre et se donner l'accès au commerce avec les États-Unis. 
Malheureusement, les Canadiens français, et principalement ceux hors Québec, en payent encore souvent le prix fort.
Quand le pape change des coutumes séculaires, tout le monde applaudit. Si la France bouscule les habitudes et est prête à réparer certaines iniquités que ses habiles décisions stratégiques du XVIIIe siècle ont occasionnées aux « Français d'Amérique », je dis bravo !
Roland Madou, Ottawa