La direction de la STO accuse les syndiqués de bloquer l'accès au travail d'employés qui ne sont pas syndiqués.

Au nom des employés de la STO

Dans un monde où les bons emplois (temps plein, sécurité, bénéfices) se font de plus en plus rares, les employés de la Société du transport de l'Outaouais (STO) peuvent se compter chanceux d'y travailler.
Nous jouissons de bonnes conditions car nous avons toujours eu un syndicat fort et un groupe qui se tient. Lorsque les syndicats sont forts et que les travailleurs sont solidaires, les conditions de la classe moyenne sont généralement supérieures. Et là où les syndicats s'affaiblissent et les employés cessent de défendre leurs acquis, les emplois se précarisent, la classe moyenne s'appauvrit et, ultimement, s'estompe. Et une classe moyenne qui s'atrophie est souvent précurseur d'une économie en baisse.
Au-delà des chiffres que la STO s'acharne à clamer, chacun d'entre nous (chauffeurs et employés de l'entretien) se voit offrir des conditions de travail qui feraient reculer nos acquis les plus précieux : horaire, sécurité d'emploi, vacances, maladies, etc. La dégradation de nos conditions de travail est une réalité à laquelle nous faisons face quotidiennement. Les offres patronales, si nous les acceptions, nous feraient reculer d'une trentaine d'années. C'est à un point tel que beaucoup d'entre nous accepterions présentement le statu quo. Comment se fait-il donc que la STO prétende que les demandes syndicales sont si démesurées ?
Pour se justifier, la partie patronale parle incessamment de chiffres. Il faudrait augmenter les taxes, augmenter la tarification. Les demandes syndicales coûteraient apparemment 18 millions $ supplémentaires alors que la STO offre 8 millions. Les offres incluses dans ce prétendu 8 millions nous feraient pourtant reculer. Les horaires resteraient serrés, nous aurions moins de flexibilité de vacances, moins de journées de maladie. En plus, ils introduiraient des employés à temps partiels, ce qui aurait comme effet de précariser davantage l'emploi. Il en coûterait donc 8 millions $ de plus pour reculer. Je ne suis pas certain de bien comprendre ce caffouillis de chiffres et comment ils font leurs calculs, mais il y a une chose que je peux vous assurer : comme il est écrit sur nos gilets jaunes, nos conditions de travail se dégradent et ça c'est facile à comprendre. C'est la raison pour laquelle nous acceptons volontiers, face à l'impasse des négociations, la proposition du médiateur d'aller en arbitrage. La logique est que si nos demandes sont si démesurées, un arbitre s'en rendra sûrement compte, n'est-ce pas ? Pourtant, la STO semble vouloir à tout prix éviter le processus d'arbitrage tel que proposé par le médiateur et continue de faire des offres qui nous feraient reculer.
Tous ces chiffres ne veulent pourtant rien dire lorsque nous devons courir à la toilette. Ils ne veulent rien dire lorsque nous devons faire chauffer notre lunch pendant notre supposé 15 minutes de pause qui n'est en pratique que cinq, en espérant avoir le temps de le manger, semi-tiède, à notre prochaine pause de supposément 10 minutes qui n'est en pratique que trois. Ils ne veulent rien dire pour nous si nous ne pouvons plus, du jour au lendemain, prendre nos vacances en même temps que nos familles, que nos enfants. Ils ne veulent rien dire non plus pour les générations à venir qui n'auront plus accès à des emplois de qualité.
Sur ce, je vous prie de m'excuser, il faut que j'aille faire du piquetage...
L'auteur, Nicolas Pham-Dinh, est chauffeur à la STO