L'Hôpital de Hull

Assez ambitieux, le CISSSO ?

OPINION / Selon le Plan d’action régional de santé publique du CISSSO, il existe en Outaouais une espérance de vie inférieure de 1,1 année au reste du Québec, ainsi qu’un taux de mortalité par cancers, par maladies cardio-vasculaires et pour l’ensemble des maladies chroniques qui dépasseront la moyenne québécoise durant au moins les 20 prochaines années. Le Centre intégré de la santé et des services sociaux de l’Outaouais sera-t-il assez ambitieux dans son étude des besoins cliniques, qui sera remise à son ministère à la fin juin, pour relever les défis de santé pour les années 2020-2036, afin de ramener les taux de mortalité dans la moyenne provinciale ?

Selon le plan du CISSSO, l’Outaouais démontre une proportion de fumeurs réguliers et occasionnels de 24 %, dépassant d’environ 5 % celle de l’ensemble du Québec. Cet excès est le même qu’en 2005. Puisque les effets graves du tabagisme se manifestent même 20 ou 30 ans après la fin de consommation, l’Outaouais continuera à présenter ces taux de morbidité et de mortalité par cancers, par maladies cardio-vasculaires, et pour les maladies chroniques au moins jusqu’en 2036, fort probablement plus. Tous ces indicateurs démontrent une surmortalité importante en Outaouais, et démontrent des besoins de services de santé plus importants que dans l’ensemble du Québec.

Oui les efforts de prévention et de promotion de saines habitudes de vie et de cessation du tabagisme continueront d’être nécessaires. Cependant, les cancers, les maladies cardio-respiratoires et les maladies chroniques qui affligent démesurément l’Outaouais continueront de frapper, même chez des personnes « ayant tout fait comme il faut ! ». Ces maladies ne demandent pas la permission avant de frapper.

Conséquemment, l’étude des besoins cliniques qui guidera la planification du futur hôpital promis par la Coalition avenir Québec, ne peut se limiter à l’évolution de la démographie et au vieillissement de la population. Elle doit tenir compte du retard historique de l’Outaouais en services de santé offerts à la population vulnérable, car cela a contribué à ces données accablantes. L’Outaouais vit depuis longtemps des problèmes de santé aigus différents d’ailleurs au Québec.

Le CISSSO doit soigner les personnes malades de l’Outaouais. Avec l’appui de nos politiciens, il doit rompre avec la pratique historique de les envoyer en grand nombre à Ottawa et à Montréal, faute d’équipements et d’autres ressources. Nous avons de bons médecins spécialistes, mais il en faut beaucoup plus et ils doivent obtenir les équipements pour soigner notre population. En préparant ce plan, le CISSSO doit accorder une grande attention aux propos du premier ministre François Legault à l’effet que des ajustements sont requis pour régler une situation qui n’a actuellement « pas de bon sens » et que son gouvernement investira les sommes nécessaires.

L’étude de l’IRIS en août 2018 a démontré un manque à gagner de 250 millions $ en Outaouais. Les services, équipements et ressources médicales spécialisées, infirmières et humaines en santé sont sous-développés. Par exemple, la population de 400 000 habitants justifie un besoin de 13 cardiologues de plus ainsi que des plateaux techniques supplémentaires pour soigner les patients en Outaouais. Il faut aussi que les équipements de stéréotaxie et l’IRM promis pour le Centre de cancérologie de Gatineau soient rapidement mis en place pour que les oncologues puissent traiter les patients en Outaouais au lieu de devoir les envoyer à Montréal. L’Outaouais doit cesser d’être l’enfant pauvre du Québec, c’est une question d’équité.

Le CISSSO sera-t-il assez ambitieux pour répondre aux défis de l’Outaouais ? Nous osons le croire.

Andrew Gibson,

Président,

Gilbert Langelier,

Vice-président,

Santé Outaouais 2020