L’année 2020 marque le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin de l’Holocauste.

Apprendre de l’Holocauste, 75 ans plus tard

OPINION / L’année 2020 marque le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin de l’Holocauste. Cette commémoration importante doit nous pousser à réfléchir comment nous allons préserver et enseigner ce passé dans les années à suivre.

Je travaille au sein d’un organisme qui offre des présentations sur les génocides du XXe siècle. Ces présentations comprennent des témoignages de la part de survivants et des descendants de survivants. Nous débutons les présentations auprès des élèves au secondaire en leur demandant pourquoi les événements de l’Holocauste devrait nous concerner? La réponse est souvent peu évidente, car plusieurs d’entre eux ne savent pas quel est ce terme. Cela fait maintenant 75 ans que Auschwitz, le camp d’extermination en masse des Nazis, a été libéré. L’Holocauste peut nous paraître comme un passé lointain qui va bientôt être enterré dans les archives de l’histoire et qui restera longtemps silencieux dans sa tombe, car nous espérons croire que l’humanité a évolué à un point tel que nous ne tomberons plus aveugle de propagande haineuse. 

Alors je vous pose également la question, est-ce que cette tragédie qui a eu des répercussions à travers l’Europe, qui a menée à la création de l’État de l’Israel et dont les origines et conséquences continuent à se faire ressentir encore aujourd’hui, à quelconque pertinence pour les jeunes ?

Apprendre sur l’Holocauste va bien au-delà de comprendre l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et comment cette dernière a remodelé la géopolitique internationale, elle concerne un passé qui relève le pire de l’humanité. L’Holocauste démontre non seulement la participation à l’organisation systémique de l’extermination de communautés entières, mais aussi l’indifférence envers ces crimes par une grande partie du peuple européen, qui fut en vérité une collaboration silencieuse. Des individus de tous les âges ont souffert et ont été abattus dans les camps de concentration, cela inclut des prêtres catholiques, des communistes, des Juifs, des handicapés, des homosexuels, des Sinti, et tous ceux qui ne se conformaient pas à la vision d’une race parfaite des Nazis ou qui avaient le courage de s’opposer à leur idéologie. 

L’on ne devrait pas se contenter de voir les événements de l’Holocauste comme une partie du passé européen qui n’a pas touché les rives de l’Amérique du nord. Lorsque nous creusons plus loin sur l’histoire de l’Holocauste, nous en apprenons davantage sur le passé antisémite et xénophobe du Québec et du Canada. Nous avons refusé d’accueillir des réfugiés juifs qui fuyaient la persécution nazie, car les autorités politiques de l’époque ne croyaient pas les Juifs pouvaient s’assimiler aux valeurs canadiennes. Le ministre fédéral de l’Immigration Frédérick Blair avait déclaré : « None is too many. » Cette crainte que nos valeurs ne soient pas respectées et ces préjugés envers l’autre persistent dans les discours d’immigration d’aujourd’hui. 

Des sentiments antisémites et racistes ont continué même après la fin de la guerre, elles n’étaient pas seulement réservées aux fanatiques et membres de l’extrême droite. Au Québec, les Juifs avaient longtemps été vilipendés dans la presse catholique, incluant par le célèbre prêtre et écrivain Lionel Groulx qui avait encouragé à multiple reprises le boycott de commerces juifs. Dans les années 1940 et 1950, des propriétaires québécois, francophones et anglophones compris, refusaient souvent de vendre ou de louer à des personnes juives, allant même à inclure cette interdiction comme condition permanente de vente. Cette interdiction continue à survivre sur papier même aujourd’hui dans des contrats de vente à Saint-Jean-sur-Richelieu. Depuis 2016, l’organisme B’nai Brith estime qu’il y a une montée d’actes antisémites à travers le Canada. 

L’intolérance et la discrimination envers les minorités culturelles et religieuses ne disparaissent jamais, elles se font ressentir à divers degrés à différents moments par les membres de notre société. Il existe un besoin continu de lutter contre ces préjugés afin qu’ils ne deviennent pas un partie de la tendance générale. Avec la montée des réseaux sociaux, des groupes xénophobes peuvent répandre leurs prises de position rapidement et à un nombre grandissant de lecteurs. L’éducation demeure l’une de nos meilleures ressources en matière de sensibilisation contre la haine et l’intolérance. Apprendre sur l’histoire de l’Holocauste, et autres génocides, demeure une puissante tactique pour encourager les jeunes à réfléchir sur les propres croyances et comportements à l’égard des autres.

L'auteure du texte est Alexandrine Royer de Montréal.