Le bar Le Troquet, situé dans le Vieux-Hull.

Allons dans le sens contraire de l’ouverture des bars

OPINION / Je suis résidente de l’Île de Hull depuis presque 20 ans. J’ai choisi de venir m’y installer à la retraite pour minimiser mon empreinte sur l’environnement et contribuer activement au renouveau de l’Île de Hull, le centre névralgique et administratif de la Ville de Gatineau.

J’ai assisté à une réunion extraordinaire de l’Association des résidents de l’Île de Hull (ARIH) mardi sur le projet d’extension des heures de bar au centre-ville. La rencontre avait pour but de demander aux résidents de s’exprimer sur le projet présenté au Conseil. Sont-ils pour ou contre? Est-ce que le projet de prolongation des heures d’ouverture des bars bénéficie... ou nuit aux résidents?

L’Île de Hull a longtemps été un endroit dangereux de casse et de bagarres, de sorte qu’avec les années une grande partie de la population avait fui le secteur.

C’est suite à la l’harmonisation des heures d’ouverture avec celles d’Ottawa il y a 20 ans et en réponse aux promesses d’améliorations de la Ville de Hull, à l’époque, que le milieu a repris vie et que les citoyens ont commencé à réintégrer le centre-ville.

Des familles s’y sont installées pour contribuer à la revitalisation du secteur. Des aînés ont emménagé dans les condos pour vivre une retraite intéressante et engagée. Des travailleurs aussi, pour vivre plus près de leur lieu d’emploi. D’anciennes maisons ont été sauvées de la démolition et restaurées. De nouveaux commerces se sont implantés. Et une association de résidents a vu le jour pour contribuer au renouveau du centre-ville et au bien être des citoyens. 

Et voilà qu’on propose de retourner à une formule qui a fait la preuve pendant des années qu’elle détériore le milieu. Le projet proposé aura pour effet non seulement d’intensifier les désagréments aux résidents, mais aussi de contribuer à une nouvelle prolifération de bars dans un quartier qui manque déjà terriblement de diversité et de services. Comment ce projet s’intègre-t-il dans le plan de la Ville de Gatineau alors qu’il nuira au développement cohérent d’un centre-ville dynamique autant qu’aux résidents? 

Le changement proposé n’a nul autre but que de permettre à une horde de jeunes Ontariens de boire une ou deux heures de plus de notre côté de la rivière, ce qui fera en sorte que les résidents perdront une heure de plus de sommeil et que la casse, le chahut et les bagarres seront encore plus dérangeants et dureront plus longtemps. 

Au cours de la soirée organisée par l’ARIH, pas un seul des intervenants n’a vu le projet comme apportant le moindre bénéfice aux citoyens ou au redéveloppement du centre-ville. À la fin du débat, il est apparu au plus grand nombre que la prolongation des heures d’ouverture bénéficierait surtout aux propriétaires de bar, aux vendeurs de drogue qui auront une heure de plus pour vendre leur camelote, et aux jeunes Ontariens qui auront une heure de plus pour se saouler et/ou s’intoxiquer. Et pour une heure de ventes additionnelles, ce sont les résidents qui subiraient les nuisances : insécurité, dommages aux biens, insomnie... et le sentiment que Gatineau, qui les a incités à venir repeupler le centre-ville, les a abandonnés. Cinquante des soixante personnes présentes à la réunion ont voté contre le projet. 

Il ne faut pas croire que les résidents s’objectent au développement du centre-ville. Ils ont choisi de s’y installer, sachant que cela comporte des avantages et des désavantages et dans l’espoir d’un renouveau. Ceux qui habitent à proximité des bars vivent déjà avec le désagrément de se faire réveiller la nuit à l’heure de sortie des bars et les dommages occasionnels à leur propriété et véhicules. Mais ils tiennent bon. Ils se sont investis dans le centre-ville, y croient toujours et veulent y rester.

Les tenanciers de bar au centre-ville crient à l’inégalité parce qu’ils doivent fermer une heure plus tôt que ceux des autres secteurs de la ville. Mais ils oublient qu’à cause de la grande proximité de l’Île de Hull aux édifices fédéraux et à tous les ponts d’accès, ils bénéficient déjà d’un gros avantage par rapport aux bars des autres secteurs de Gatineau. Ils oublient aussi que Gatineau investit des millions de dollars pour embellir le secteur et le rendre attrayant.

Le projet pilote sur les heures d’ouverture, il a déjà eu lieu dans les années 1980 et 1990 avec les résultats désastreux qu’on connaît et qui ont mené au dépérissement et au dépeuplement du centre-ville. 

Il faut aller dans la direction contraire. Les résidents du secteur sont de plus en plus nombreux et ils n’ont pas les services nécessaires, même pas une épicerie. Il faut encourager la diversification des commerces et boutiques dans le secteur au lieu de favoriser, par cette extension des heures, la prolifération des bars et des nuisances. Il faut rendre le milieu intéressant autant le jour que la nuit afin de bénéficier de l’immense manne que pourrait constituer le tourisme pour Gatineau et le secteur. Il faut répondre aux besoins des résidents qui s’investissent dans le centre-ville, plutôt qu’aux demandes des tenanciers et de gens d’ailleurs qui n’ont souvent pas de respect pour le secteur qui les accueille.

Les citoyens de l’Île de Hull n’ont pas été consultés à ce sujet avant que soit présenté le projet au conseil municipal. À la lumière de la réaction des résidents, nous espérons que les élus de Gatineau refuseront d’aller de l’avant avec le projet-pilote qui leur a été présenté récemment pour allonger les heures de bar sur l’Île. Les Gatinois ont besoin d’être fiers de leur centre-ville. Nous sommes nombreux à croire que le projet de prolongement des heures d’ouverture ne servira qu’à réduire la qualité de vie des résidents, à accroître les besoins en surveillance policière et à ternir la réputation de Gatineau. 

L'auteure est Michèle Quenneville, de Gatineau.