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«Une question demeure donc toujours pertinente et urgente, malheureusement: quelle est la vision de la CAQ pour prendre soin des aînés?», se demande l'auteure de cette lettre.
«Une question demeure donc toujours pertinente et urgente, malheureusement: quelle est la vision de la CAQ pour prendre soin des aînés?», se demande l'auteure de cette lettre.

Aînés: la CAQ investit dans le béton plutôt que pour ses gens

Lorraine Richard
Lorraine Richard
Députée de Duplessis
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POINT DE VUE / La pandémie a mis en lumière beaucoup de situations que vivent les aînés, à la fois en hébergement longue durée, dans les RPA et à la maison. Entre manque de soins, solitude et logements inadaptés, entre autres, la question se pose : que fait le gouvernement depuis deux ans et demi pour s’assurer de leur bien-être?

Je fais ici le court bilan : il a adopté en octobre dernier un projet de loi sur les proches aidants (très attendu) et il a récemment dévoilé sa politique sur l’hébergement et les soins aux aînés, qui rate d’ailleurs la cible à plusieurs égards et s’avère nettement insuffisante.

Qui plus est, rappelons que récemment, la ministre a refusé de déclencher une enquête publique sur la maltraitance que subissent des aînés, et qu’il faudra vraisemblablement attendre au moins jusqu’à l’automne pour rouvrir la loi sur la maltraitance afin, notamment, d’y inclure des sanctions pénales. Avec tout ce qu’on a entendu sur le sujet, a-t-on vraiment ce luxe?

Une question demeure donc toujours pertinente et urgente, malheureusement: quelle est la vision de la CAQ pour prendre soin des aînés?

La CAQ mise sur le béton et le privé

Nous connaissons la volonté de la CAQ de conventionner tous les CHSLD, mais qu’en est-il des RPA? Ces résidences, rappelons-le, sont des entreprises à but lucratif qui bénéficient indirectement de crédits d’impôt, qui calculent les services offerts et leur attachent un prix, et qui imposent des frais parfois abusifs à leurs résidents. La CAQ a t-elle donné sa bénédiction au privé dans le domaine des soins aux aînés? Va-t-elle continuer à encourager ces pratiques qui mènent à des abus? Et qu’en est-il des inspecteurs? Actuellement, ils ne sont que sept pour tout le Québec. Conséquemment, en 2019, seulement 550 visites ont été effectuées dans les 1750 RPA.

Quant aux maisons des aînés, la priorité de la CAQ, il s’agit d’un projet tape-à-l’œil qui n’est ni porteur ni réaliste. Alors que la majorité des aînés québécois veulent rester à la maison, la CAQ a choisi d’investir dans des infrastructures d’hébergement et de soins. Plutôt que de miser sur les gens, donc, le gouvernement a préféré le béton. En effet, les dépenses de 2,6 G$ annoncées sont pour des infrastructures totalisant 2600 places, soit quelque 1000 de moins que le nombre de personnes qui se trouvent sur les listes d’attente actuelles. Ainsi, malgré le coût substantiel du projet, le besoin n’est pas comblé totalement. Mais plus encore, les sommes prévues ne comptent pas l’embauche du personnel de soins. Et, faut-il le rappeler, il y a pénurie de main-d’œuvre, notamment en raison de conditions de travail inadéquates. Il est donc légitime de se demander combien de milliards supplémentaires seront nécessaires pour ce projet – une information que le gouvernement garde pour lui. Bref, nous paierons longtemps ce choix politique, financièrement et humainement.

En fait, la vision de la CAQ pour les aînés est faite de béton et d’un appui sans conditions ni encadrement aux entreprises privées. Une vision similaire à celle qu’avaient instaurée les libéraux. Pour cause, c’est la même ministre, Marguerite Blais, qui a servi pour ces deux gouvernements. La CAQ sait-elle quels sont les réels besoins des aînés?

Soins à la maison : le souhait des aînés

Lorsqu’il était au pouvoir, le Parti Québécois avait prévu déployer un vaste plan de soins et de services à domicile, accompagné de mesures de soutien aux proches aidants. Nous avions entendu – et écouté – la volonté et le vœu d’une majorité de personnes, soit de rester chez elles le plus longtemps possible. Ce n’est pas un mythe: plus de 80% des personnes aînées ne vivent pas en résidence et ne veulent pas y aller. Ajoutons que cette résolution était d’autant plus sensée qu’elle permettrait à l’État de faire des économies substantielles.

Au lieu d’investir dans le béton, de multiplier les structures et les appellations, on doit miser sur les services de proximité. Dans toutes les régions, il faut se concentrer sur le soutien aux entreprises d’économie sociale, aux organismes communautaires qui prennent réellement soin des aînés en leur donnant de vrais services au quotidien. Assurons-nous de donner un bon salaire et de meilleures conditions à ces personnes généreuses qui animent ces ressources et leur donnent un visage humain.

Que l’État et la ministre prennent leurs responsabilités! Leur rôle, c’est de protéger les personnes aînées, d’améliorer et de valoriser les soins et services offerts. Autrement dit, d’avoir une véritable vision quant à la qualité de vie. Pas de promettre du tape-à-l’œil qui ne profitera qu’à une infime minorité et qui ne répondra pas au souhait des aînés.

Lorraine Richard est porte-parole du Parti Québécois pour les aînés, les proches aidants et le maintien à domicile