Aide aux médias: le temps d’agir

OPINION / Les gouvernements fédéral et provincial s’apprêtent à mettre sur pied une série de mesures de crédits d’impôt afin de venir en aide à la presse écrite aux prises avec de sérieux problèmes de recettes publicitaires, causés par la polarisation de ces revenus par les géants d’Internet. Mais il reste que ces solutions, non seulement seront-t-elles temporaires, elles seront aussi largement absorbées par les contribuables. On se doute bien de l’impopularité en devenir de telles mesures auprès de la population électorale et de la pérennité de telles mesures par le fait même !

Ne devrait-on pas plutôt trouver une façon de taxer lourdement les annonceurs qui décident d’encourager ces géants du web et retourner ces revenus aux médias qu’ils ont saigné blanc à la place ? Une telle politique aurait l’avantage à priori de libérer les contribuables et les gouvernements de toute responsabilité vis-à-vis des médias en plus de pouvoir perdurer dans le temps.

Les entreprises y penseraient peut-être à deux fois avant d’investir leurs portefeuilles marketing dans ces plateformes web et ces réseaux sociaux étrangers qui deviennent de plus en plus imposants et qui menacent la presse écrite, véritable chien de garde de notre démocratie.

D’un côté on surtaxe les entreprises qui décident d’annoncer sur ces plateformes et nous créons ainsi des revenus pour les médias en lieu et place des subventions et de l’autre, cette même mesure contribuerait à un certain retour des investissements publicitaires dans nos médias locaux et nationaux, ce qui aurait comme effet de garantir la pérennité d’une information de presse de qualité.

Il est plus que temps pour nos gouvernements de mettre en place des mécanismes qui pénaliseraient ces investissements publicitaires importants qui partent à l’étranger tout en démolissant les structures médiatiques traditionnelles de notre pays.

À eux seuls, Google, Amazon et Facebook accaparent désormais près de 80 % des revenus publicitaires que les médias engrangeaient à travers la planète par la vente sans leurs consentements des données personnelles de leurs utilisateurs à leurs annonceurs ! Qui plus est, dans un article récent publié par l’agence France-Presse, nous apprenions que Facebook récupère en toute opacité des données personnelles sensibles et intimes, comme des informations relatives à la santé, venues d’autres applications même si l’usager n’a pas de compte Facebook. Base du modèle économique de Facebook et de Google, les données personnelles sont aspirées par ces entreprises via de petits logiciels d’analyse invisible pour les utilisateurs. Elles servent ensuite à cibler la publicité sur le dos des usagers sans avoir leurs consentements de collecter et de partager ces données.

C’est d’une indécence crasse de la part de ces grandes entreprises qui en plus détournent à leurs profits l’information de ces mêmes médias qu’ils vampirisent. Ça frise le statut dictatorial tant le pouvoir de ces entités mal intentionnées qui contrôlent l’ensemble de la structure web est grand. Ils agissent tel des pirates des temps modernes sans foi ni loi, sabordant tout sur leur passage et ne laissant que des cadavres dans leur sillage…

Le temps est venu de se fourbir d’armes efficaces pour combattre l’effet néfaste sur nos sociétés de ces compagnies délinquantes du web qui se foutent éperdument de la bonne marche sociétale, tant les profits qu’ils engrangent sont faramineux. Il est grand temps de faire le ménage dans ce Far West qu’est devenu le « Far Web ».

Jocelyn Thibault, Gatineau