C’est peu dire que ces « châteaux » participent pleinement du patrimoine bâti de notre pays. À cet égard, ils doivent être protégés d’interventions maladroites, voire ignorantes, qui mettent à risque leur intégrité en tant qu’œuvre architecturale et marqueur visuel de nos cités.

Agrandir, oui, mais pas n’importe comment

OPINION / Nous savons tous que le Château Laurier est un hôtel. Il en va de même du Château Frontenac et de toute une série de bâtiments érigés à la fin du XIXe siècle d’un océan à l’autre, afin de doter le réseau ferroviaire canadien d’hôtels luxueux.

Leur style architectural est connu sous le nom de « château » et voulait rappeler aux voyageurs l’époque de la découverte du Canada, puisant librement dans les principaux éléments d’architecture de la Renaissance française, entre autres. Ce type d’architecture est devenu, avec le néo-gothique par exemple, un facteur identitaire majeur caractérisant visuellement le Canada.

C’est peu dire que ces « châteaux » participent pleinement du patrimoine bâti de notre pays. À cet égard, ils doivent être protégés d’interventions maladroites, voire ignorantes, qui mettent à risque leur intégrité en tant qu’œuvre architecturale et marqueur visuel de nos cités. En effet, la silhouette d’Ottawa vue de la rivière des Outaouais ne compte pas que le parlement ou les écluses : elle inclut aussi le Château Laurier. Ce paysage forme, en quelque sorte, une signature unique pour la capitale. Le projet proposé d’agrandissement ne doit pas seulement s’harmoniser avec le reste de l’édifice : il doit aussi préserver l’équilibre général du paysage qui sert à Ottawa comme d’une splendide carte d’identité.

Lorsqu’à la fin des années 1980, à Québec, il fut nécessaire d’agrandir le Château Frontenac pour le doter d’une piscine et d’un centre sportif, les architectes d’alors (Groupe Arcop) construisirent l’aile Claude-Pratte en complète syntonie avec le reste de l’édifice, si bien qu’on la distingue à peine des autres sections plus anciennes aujourd’hui. On comprend d’autant plus mal pourquoi il ne pourrait en être de même pour le Château Laurier dont la valeur patrimoniale et affective n’est pas moindre pour Ottawa que ne l’est, pour Québec, l’immense forteresse qui domine le Cap-Diamant.

Le stationnement étagé actuel doit disparaître. Soit. Il est légitime, en outre, que les propriétaires du château Laurier veuillent moderniser l’offre de service et l’expérience client. Soit. Mais cela ne doit cependant pas se faire n’importe comment. L’agrandissement proposé est hideux : une chiure de mouche sur un écrin de dentelle. Il dévisage l’édifice et détruira définitivement le paysage.

S’il doit y avoir un agrandissement, alors il faut que l’on respecte l’architecture « château » : tourelles, créneaux, toits pentus de cuivre, parement en continuité avec le reste de l’édifice. Ottawa doit refuser avec énergie le nez de clown dont on veut affubler l’une des plus belles pièces de son patrimoine : le maire Jim Watson doit s’y opposer avec force. En somme, il doit répondre par la bouche de ses canons.

Charles Le Blanc, Gatineau