La boxe, dont l’objectif est de frapper l’adversaire à la tête jusqu’à ce qu’il s’effondre, a-t-elle encore sa place dans notre société?

Abolir la boxe professionnelle, ou mieux l’encadrer

En décembre 1979, comme ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, je faisais adopter la loi 78, créant la Régie de la sécurité dans les sports.

Si on se souvient, cette loi venait à la suite du décès de Cleveland Denny qui avait été mis hors de combat par K.-O. le 28 juin 1980 au Stade olympique. J’avais alors créé la Commission Néron afin d’étudier la situation de sécurité dans les sports et particulièrement celle du sport professionnel de la boxe.

Quant à moi, n’étant pas particulièrement favorable à la boxe professionnelle comme elle se pratiquait alors, j’avais envisagé de l’abolir sur le territoire du Québec. Mais cette suggestion ne fut pas retenue par la Commission Néron. On proposa plutôt de l’encadrer. Le puissant lobby du Club de la boxe avait ses entrées auprès de la classe politique même si ses promoteurs dans le temps n’étaient pas toujours des adeptes de la moralité civique.

Soulignons qu’on cherchait alors à rentabiliser le Stade olympique dont on espérait qu’il pouvait devenir le centre de combats de boxes internationaux et un peu plus profitable, notre tour Eiffel. Car dans la même soirée de boxe de Cleveland Denny figurait le combat de championnat entre Sugar Ray Leonard et Robert Durant.

Cette loi avait donné suite à un meilleur encadrement de la pratique du sport, dont celui de la boxe, et avait été saluée par de nombreux chroniqueurs sportifs, dont Réjean Tremblay. Mais a-t-elle changé la pratique de la boxe professionnelle?

Si on se fie à ce qui est arrivé à David Whittom, lui aussi décédé par K.-O., en mars 2018, et maintenant à Adonis Stevenson, on ne peut répondre positivement. Je pense que les anciennes pratiques sont revenues dans ce sport dont l’objectif est de frapper l’adversaire à la tête jusqu’à ce qu’il s’effondre, impuissant. Il est même défendu de frapper en bas de la ceinture. Ainsi, les organes génitaux sont plus importants à protéger que la tête.

Au moment où un barman est poursuivi pour avoir frappé un client à la tête, et que des mesures sont prises dans différents sports pour éviter les traumatismes crâniens, allons-nous permettre encore que des gens continuent à pratiquer un sport de tuerie pour satisfaire une clientèle avide de sang?

La nouvelle ministre des Sports aura-t-elle le courage que je n’ai pas eu dans le temps et mettre fin à cette pratique sur le territoire du Québec ou du moins l’encadrer beaucoup plus rigidement? La situation incertaine de la santé de Stevenson nous oblige à nous poser cette question sérieusement.

Lucien Lessard, ex-ministre des Sports et des Loisirs 1978-1982