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Il faut honorer Marcel Gingras

C’est avec un gros pincement au cœur que j’ai appris la mort, tout discrètement, de mon ami Marcel Gingras. Pendant mes dernières années au journal Le Droit, j’ai en effet eu la chance de me lier d’amitié avec ce singulier monsieur qui, même au crépuscule de sa huitième décennie, et de nombreuses années après avoir quitté le journal et la profession, prenait encore soin de nous visiter à la rédaction, toujours armé d’un commentaire pertinent — et quelquefois sévère — sur notre métier, le sujet de nos plus récents articles ou l’angle employé pour le traiter.

À plus de 50 ans d’écart, nous avions occupé le même poste, celui de correspondant parlementaire pour Le Droit. Moi sous Stephen Harper, lui sous… John Diefenbaker. M. Gingras avait aussi été éditorialiste en chef, militant sans relâche pour le droit des Franco-Ontariens à une éducation dans leur langue, reprenant ainsi le flambeau des fondateurs du Droit. C’est donc naturellement vers lui que je me suis tourné lorsqu’en 2013 le journal m’a confié la coordination du cahier spécial marquant les 100 ans du Droit.

Même à 88 ans, la curiosité de M. Gingras pour ce qui avait été autrefois son métier demeurait intacte. Assis dans son salon aux murs tapissés d’œuvres d’art, nos entrevues avaient pris la forme d’échanges vifs, ses questions presque aussi nombreuses que les miennes. Il avait été ainsi fasciné que je puisse enregistrer nos conversations à partir de mon téléphone, et encore davantage que j’envoie les enregistrements par courriel… ou faire de même pour un article rédigé en quelques instants en tapotant l’écran de mon iPhone.

Son apport à la rédaction de cette édition spéciale fut inestimable.

Nous étions demeurés en contacts par la suite, discutant de politique, de journalisme et d’affaires franco-ontariennes, mais aussi de nouvelles technologies et beaucoup d’art, lui qui avait l’intention de léguer sa vaste collection à divers musées. Quand ma carrière m’a mené à Montréal, j’ai eu droit à un tableau qui se retrouve aujourd’hui dans mon salon, mais aussi à de nombreux livres sur l’art et la politique et à quelques artefacts de la vie de journaliste dans les années 1950, dont un exemplaire original d’un article qu’il avait rédigé pour l’Encyclopædia Britannica. Nos échanges s’étaient poursuivis au téléphone, avant de se tarir dans les dernières années.

Il est dommage, et franchement un peu honteux que soit passée inaperçue la mort de Marcel Gingras. Il est plus que souhaitable que nous trouvions une manière d’honorer comme il se doit la mémoire de ce pilier de la francophonie dans la capitale.

Philippe Orfali, Montréal

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