Selon le professeur Luc Dupont, la façon de voyager ne sera plus la même après la COVID-19.
Selon le professeur Luc Dupont, la façon de voyager ne sera plus la même après la COVID-19.

À quoi ressemblera la vie après la COVID-19?

À vous la parole
À vous la parole
Le Droit
OPINION / Le monde entier retient son souffle et vit une crise sans précédent dans sa couverture médiatique et son déploiement sur le terrain. Sur le plan humain, la COVID-19 est une guerre de discipline et de confiance envers l’appareil politique et médical.

À travers cette épreuve, une nouvelle forme de solidarité émerge : au lieu de nous regrouper et de nous réunir, nous devons nous isoler pour nous protéger. 

Au-delà du drame, on comprend que nos vies vont changer à jamais. Du moins, nous risquons de faire attention (très attention !) jusqu’à ce qu’un vaccin vienne freiner l’angoisse. 

Sur le plan des comportements à venir, je ne parle donc pas d’une révolution, mais d’une accélération des changements, tant sur le plan social, culturel, technologique, commercial que marketing.

Il y a 4,2 milliards de passagers qui voyagent dans le monde chaque année. Et pourtant, parions qu’on ne voyagera plus jamais comme avant. 

Préparons-nous à plus de sécurité et de contrôles : prise de température, omniprésence des tests de COVID-19, disparition temporaire du siège du milieu dans les avions (Delta aux États-Unis a fait cette annonce cette semaine), port du masque plus fréquent, etc. Autant d’éléments qui auront un impact direct sur l’industrie touristique et le transport de personnes (avion, train, autobus, autocar, métro, bateaux de croisière, etc.).

Par ailleurs, il y aura beaucoup plus d’hygiène dans les entreprises, la restauration et l’hébergement. Que ferons-nous lors d’un prochain séjour à l’étranger ? Dormir dans une chambre d’hôtel ou dans un Airbnb ? Lequel de ces deux choix sera le plus rassurant sur le plan de la propreté et de l’hygiène ?

À cause du coronavirus, nous serons plus épiés que jamais grâce à la géolocalisation, aux drones équipés de senseur thermique et aux robots capables de stériliser de grands espaces, dont les boutons d’ascenseurs et les planchers. Déjà, au moment d’écrire ces lignes, on apprend qu’Apple et Google travaillent main dans la main pour mettre au point une application mobile de suivi et d’alerte des malades du COVID-19. 

Sans surprise, le télétravail et la télémédecine vont se généraliser ; mixité du travail au bureau et à la maison avec Zoom Video, Adobe Connect ou Skype. Aurions-nous finalement trouvé ici une solution aux problèmes de congestions automobiles ? 

L’achat et l’agriculture locaux seront enfin valorisés, et l’éducation en ligne de plus en plus présente.

Luc Dupont

Et pourquoi se rendre à l’épicerie quand il est possible de sélectionner ses victuailles dans le confort de son foyer ? Et puisqu’on parle de nourriture, pourquoi se déplacer au restaurant quand celui-ci peut venir à soi ? Autant d’éléments qui militent en faveur d’un passage assumé à l’économie du numérique et au marketing web, ce qui devrait faire le bonheur d’entreprises comme Amazon et Shopify.

Le monde du divertissement n’est pas en reste. Les dernières statistiques de visionnement de Netflix et Disney+ sont renversantes. En fait, le succès de Netflix est tel que la plateforme a réduit son débit Internet face à la hausse du trafic depuis la mise en place du confinement dans divers pays européens afin de modérer la pression de ses utilisateurs connectés en masse sur le réseau.

Signe des temps, les lancements de films prévus cet été en salle sont annulés et les heures passées sur les plateformes de jeux vidéo explosent. Je me suis même enfargé dans une simulation de course de F1 mettant en scène le vrai Jacques Villeneuve la semaine dernière, et dans un entraînement à la maison cette semaine avec Peloton. Rien de rassurant pour l’industrie du sport professionnel et des spectacles : festivals, salles de cinéma, événements sportifs, salles d’entraînement et rassemblements de personnes. 

En simulant l’interaction, la réalité virtuelle pourrait révolutionner les rapports humains. La réalité virtuelle est une technologie qui permet à l’utilisateur de s’immerger dans un monde 3D. Pour ce faire, il suffit de porter de « grosses lunettes de ski » qui simulent la réalité, un peu comme si on approchait l’écran HD du téléviseur à quelques centimètres des yeux. 

Les débouchés potentiels de la réalité virtuelle sont nombreux : jeux vidéo, événements sportifs, spectacles de musique, enseignement, tourisme et immobilier.

En résumé, tous les acteurs de l’éducation (garderies, écoles, formations et universités), de la culture (musées, bibliothèques, salles de spectacles, théâtres, cinémas, galeries d’art et monuments historiques), du sport (équipes sportives, ligues, compétitions, etc.), du transport (métros, bus, avions, etc.) de la santé (médecins, pharmacies, hôpitaux), du commerce ainsi que les administrations publiques (municipalités, ministères, poste, police) seront forcés de se redéfinir. 

Comme quoi la COVID-19 recèle des menaces, mais aussi des opportunités à saisir pour tout un chacun d’entre nous.

L'auteur est Luc Dupont, professeur au Département de communication de l’Université d’Ottawa.


« Sur le plan des comportements à venir, je ne parle donc pas d’une révolution, mais d’une accélération des changements, tant sur le plan social, culturel, technologique, commercial que marketing. »
Luc Dupont