Des policiers affrontent des manifestants à Hong Kong. Après tout le succès économique, le gouvernement chinois ne manifeste toujours pas d’ouverture ni à la démocratie ni à la liberté de presse.

À quand la cinquième modernisation de la Chine?

POINT DE VUE / Les manifestations pro­démocratiques des dernières semaines à Hong Kong ne sont pas sans rappeler la révolte de Tian’anmen. Le gouvernement chinois avait alors répliqué en envoyant ses troupes d’intervention spéciale, muselant ainsi tout effort d’instauration de la démocratie pendant les quelque 40 années qui ont suivi.

La révolte de Tian’anmen en 1989 s’est produite à l’époque où Deng Xiaoping initiait les «quatre grandes modernisations» concernant le monde agricole, le développement de l’industrie, de la science et de la technologie et la défense nationale. Pour réussir ces réformes, la Chine a décidé d’ouvrir ses frontières en augmentant le volume de ses échanges commerciaux et son marché.

Le résultat a été spectaculaire. Ainsi, d’une valeur respective de quelque huit milliards $US, les exportations et importations représentaient en 1978 tout au plus 5 % du PIB chinois à la fin des années 70, alors qu’elles ont atteint respectivement 20 % et 18 % en 2017, soit 2418 milliards $US courants et 2208 milliards $US courants. Il s’agit là d’une croissance exponentielle et fulgurante.

Mais, après tout ce succès, le gouvernement chinois ne manifeste toujours pas d’ouverture ni à la démocratie ni à la liberté de presse. Le cas contraire aurait été la «cinquième modernisation», expression elle-même utilisée par les étudiants chinois lors de la révolte de Tian’anmen.

Capacité maritime

Le succès commercial de la Chine est lié pour une bonne part à des investissements massifs dans ses infrastructures maritimes. En 2016, 64 % du commerce (en volume) entre la Chine et l’Europe était transporté par mer. En 2015, des dix plus grands ports du monde, huit étaient chinois, les deux autres étant Singapour et Rotterdam. Les quatre plus grands ports, soit Ningbo, Shanghai, Tientsin, Taican avaient à eux seuls 23 % de la capacité totale des 40 plus grands ports du monde, soit presque toute la capacité mondiale.

Afin d’assurer les assises de son commerce international, la Chine continuera à miser sur son économie maritime, mais cette fois en investissant en dehors du pays. Le projet appelé «Les nouvelles routes de la soie ou The Belt and Road Initiative (BRI)» a été révélé en 2013 par Xi Jinping. Il consiste à développer un immense projet d’infrastructures sur mer et sur terre reliant plusieurs continents. Au total, le gouvernement chinois entend dépenser plus de 1000 milliards $US dans cet immense chantier. On considère que déjà la Chine contrôle près de 10 % des capacités portuaires de l’Europe, à la suite notamment des investissements dans le port du Pirée, à quelques kilomètres d’Athènes et de la concession du port de Trieste près de Venise.

Controverse politique

Les enjeux demeurent considérables. Selon le Conseil européen des Affaires étrangères, la zone couverte par le projet (terre et mer) des routes de la soie couvre 55 % du PNB mondial, 70 % de la population mondiale et 75 % des réserves d’énergie connue.

Malgré l’attrait des investissements, ce projet a suscité une véritable controverse dans les pays démocratiques, notamment en Europe. On s’interroge notamment sur les normes, les standards et les règles d’une coopération concernant les projets d’infrastructures maritimes.

Certains accusent la Chine de vouloir assurer son hégémonie par ses investissements massifs et de les monnayer contre des appuis à ses politiques intérieures auprès des instances internationales. On ne voudrait pas, en autorisant ces investissements, être complices d’un régime répressif qui restreint la liberté de presse et qui ne considère pas les droits de la personne. L’Allemagne et la France ont refusé de signer le protocole d’entente concernant les routes de la soie, protocole que la Chine cherche à signer en bilatéral avec plusieurs pays. La Commission européenne, une institution de l’Union européenne, a pour sa part entrepris des travaux visant à expliciter les règles du jeu de l’Union européenne concernant les projets d’infrastructures avec des partenariats étrangers.

En conclusion, le succès de la Chine sur le plan économique et de ses grandes réformes devrait susciter l’avènement de la démocratie et de la liberté de presse en Chine : un peu comme si, de façon naturelle, les quatre grandes modernisations avaient pavé la voie à la cinquième. Dans le but de rassurer ses partenaires économiques sur ses intentions réelles, elle devrait démontrer dès maintenant une telle ouverture, sans quoi son projet de routes de la soie demeurera grandement compromis.