Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois.
Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois.

65 ans et plus: un progrès très réel

POINT DE VUE / Confusion et crise font bien mauvais ménage, alors que les émotions sont exacerbées et l’anxiété à fleur de peau. Lorsque le gouvernement Trudeau, au premier chef le premier ministre lui-même et le ministre Jean-Yves Duclos, ont expliqué leur propre programme d’aide aux aînés de 65 ans et plus, il eût été préférable qu’ils la replacent adéquatement dans son contexte... À leur décharge, l’idée n’était pas d’eux. Nous ne lèverons pas le nez sur 2,5 milliards de dollars pour les retraités du Québec et du Canada pour autant.

Malheureusement et pour cette raison, ce qui aurait dû être reçu comme une excellente nouvelle a été accueilli avec une certaine incompréhension, faisant l’objet parfois de critiques diamétralement opposées les unes aux autres.

Expliquons le contexte: durant la campagne électorale, le Bloc québécois a sollicité une bonification de la pension de la Sécurité de la vieillesse à hauteur de 110 $ par mois, à compter de 65 ans, et bien sûr permanente. Certains groupes représentant des aînés nous ont alors trouvés audacieux avant toutefois de se rallier à notre demande. Nous proposions aussi une augmentation du Supplément de revenu garanti et plusieurs mesures complémentaires, dont la protection des régimes de retraite privés.

Lorsque la crise s’est déclarée, le Bloc québécois a sollicité que les mesures soient mises en place immédiatement, et s’il le fallait temporairement, afin que les Québécois (et les Canadiens) de plus de 65 ans, plus fragiles en termes sanitaires, économiques et d’isolement, puissent affronter la hausse du coût de la vie engendrée par la COVID-19. Le gouvernement s’y est refusé longtemps. Devant l’insistance du Bloc québécois qui ralliait un grand nombre de gens à cette idée d’équité et de compassion, le gouvernement a changé d’idée.

Pour éviter que la mesure ne suscite des attentes de permanence, le gouvernement a choisi d’émettre un seul chèque couvrant une première période de trois mois pour chacun des deux programmes. La perception de geste ponctuel s’avère grave: plutôt que de voir dans la mesure une hausse d’une pension déjà existante, bien des gens le jugent sévèrement parce qu’il est unique. En plus, comparé même à tort aux montants des autres programmes de crise, il fait bien pâle figure. 


« Cette maladresse des libéraux crée, à elle seule, beaucoup de confusion et d’amertume. »
Yves-François Blanchet

La question de la date à laquelle commence la période de trois mois n’est pas réglée, pas plus que l’enjeu de ce qu’il adviendra ensuite puisque, selon toute vraisemblance, les aînés seront encore confinés Également, nous n’en savons pas plus sur la possibilité que la hausse de la Pension de la sécurité de la vieillesse ne disqualifie des bénéficiaires du Supplément de revenu garanti avec pour résultat une perte de revenu, ou, sur l’enjeu du délai de perception de ces sommes dans un contexte d’urgence. Le Bloc québécois continuera d’exercer des pressions sur le gouvernement pour que les choix annoncés soient désormais les bons.

Enfin, pourquoi une somme qui semble si dérisoire si on la compare à la PCU ou à la PCU pour étudiants? Parce que les bénéficiaires des programmes de PCU n’ont aucun autre revenu ou un revenu tronqué alors que les aînés reçoivent déjà un montant de l’État qui part de trop bas, certes, mais qui est augmenté un peu par l’annonce de ce mardi.

À l’autre extrême, on pourrait croire que puisqu’ils ne perdent pas de revenu d’emploi, même ces 100 $ par mois ne sont pas justifiés pour les aînés. Or, outre qu’ils auraient dû leur être accordés bien avant la COVID-19, ces 25 $ par semaine couvrent tant bien que mal une augmentation du coût de la vie directement imputable au confinement.

Ces raisonnements simples justifient l’octroi d’une aide et en expliquent le montant. Ils s’ajoutent en effet à d’autres demandes que nous avons formulées et qui, pour l’instant, n’ont pas obtenu de réponses, de même qu’à la volonté d’assurer qu’au lendemain de la crise, des mesures de soutien aux aînés devront être considérées sur une base permanente. Il ne fait pas de doute que la perspective électorale favorisera les aînés, et ce, d’autant mieux que le Parti libéral semble avoir renoncé à l’idée saugrenue de créer une distinction entre les retraités âgés de 75 ans et moins et ceux qui sont plus âgés.

Ainsi, le Bloc québécois croit légitime de se réjouir de ce progrès très réel pour les aînés du Québec et du Canada, comme il l’est pour son rôle comparable et démontrable dans l’implantation du parlement virtuel, de la subvention salariale, de la PCU pour étudiants, de l’admissibilité pour les entreprises d’économie sociale ou auparavant, la protection de l’aluminium, et dans le futur, espère-t-on, le soutien aux industries et aux travailleurs saisonniers.