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Des opinions...

Je veux appuyer le conseiller gatinois Cédric Tessier dans sa sortie contre Louise Boudrias. Je suis tout à fait d’accord lorsqu’il dit qu’elle ne fait que critiquer sans raison. Elle n’est jamais d’accord avec quoique ce soit. Avis à ceux qui l’ont élu.

Ensuite, Le Droit critique sans vergogne Justin Trudeau. Que les Québécois se le tiennent pour dit, nous ne voulons aucunement revoir un second Stephen Harper (ou pire encore) au pouvoir.  

Louise Morin, via Internet

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Pour des universités qui répondent aux besoins

OPINION / Dans sa lettre intitulée « La nouvelle cannibalisation de l’université québécoise », le vice-président aux communications du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec en Outaouais, Nicolas Harvey, dénonce la formule de financement des universités québécoises. Il prétend qu’elle favorise une course aux clientèles qui nuirait à la mission de service public de l’institution universitaire, notamment par l’établissement de nouveaux campus.

Il devrait cependant éviter les généralisations et les préjugés.

Point de vue

Laïcité: seulement un (mais tout un) B- pour la CAQ

POINT DE VUE / D’abord les fleurs. François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette ont choisi le bon moment et le bon point d’équilibre pour cette loi historique qui fait franchir un pas important à la longue marche québécoise vers un État laïc.

D’abord le moment: il fallait le faire pendant le début du mandat. Pas pour «mettre cette affaire derrière nous» comme l’affirme le premier ministre, mais pour établir le socle politique et législatif de la volonté québécoise. Car le reste de cette affaire est devant nous: les contestations, l’attitude du fédéral, les jugements de Cour. On en a pour quelques années avant de savoir si, oui ou non, le régime canadien permettra au Québec de faire ce choix-là. L’adoption, en juin 2019, de la loi sur la laïcité permettra de connaître ces réponses avant le rendez-vous électoral de 2022, ce qui est essentiel.

Ensuite, le point d’équilibre. Il y avait plusieurs configurations possibles dans l’interdiction des signes. Une fois établi que les agents de l’État ne doivent pas signaler leurs convictions pendant leurs heures de travail, un principe soutenu par une grande majorité de Québécois, on peut penser qu’il devrait s’appliquer à la totalité des employés de l’État. C’était la bouchée, maximaliste, de la Charte des valeurs du gouvernement Marois (dont je faisais partie).

Mais l’histoire de l’implantation de la laïcité au Québec est marquée par une approche graduelle. François Legault avait fait son lit assez tôt sur son périmètre : agents coercitifs plus enseignants du primaire et du secondaire. Il aurait pu ajouter les membres de la fonction publique proprement dite en contact avec le public. Lorsque l’inspecteur des viandes, du revenu ou du travail passe chez vous, il est en situation d’autorité.

Mais compte tenu de la difficulté d’application — et des résistances prévisibles, y compris, c’est certain, des manifestations de désobéissance civile, comme on en a vécu après la loi 101 — la dose retenue était à peu près la bonne.

Chapeau aux députés de la CAQ

Bravo aussi aux députés de la CAQ d’avoir accepté deux compromis essentiels. D’abord, la protection des droits acquis des membres du personnel enseignant qui portent déjà des signes religieux. Ils sont peu nombreux. Ils méritent le respect et la reconnaissance de l’État pour leur travail. Les soustraire de l’application de la loi a également un impact important pour la phase d’application/contestation. Les opposants au projet auraient transformé ces personnes en autant de «martyrs» de leur cause. En acceptant d’appliquer la clause de droits acquis — contre la volonté de la majorité des Québécois — les membres du caucus caquiste ont fait preuve de jugement.

Le cas du crucifix au Parlement était aussi intéressant. Là encore, la majorité des Québécois en souhaitait le maintien. Cependant, il posait un réel problème de cohérence laïc, constamment soulevé avec raison par les opposants au projet de loi.

En décidant de le retirer au moment de la sanction de la loi, François Legault a posé un geste de compromis important, mais politiquement peu coûteux. On peut penser que les électeurs catholiques les plus conservateurs votent déjà pour la CAQ. Si cette décision les heurte, comme c’est probable, ils n’ont pour ainsi dire nulle part où aller. (On utilise souvent l’expression : Seul Richard Nixon pouvait aller en Chine. À l’époque la reconnaissance du régime communiste chinois était un énorme tabou aux États-Unis et un président démocrate aurait payé cher ce qui aurait été vu comme une abdication face aux communistes. Nixon, un républicain alors jugé conservateur, pouvait mécontenter sa base en posant ce geste. Ils n’avaient nulle part où aller. Idem pour François Legault.)

Les bémols

1) une occasion manquée

Le gouvernement a décidé de présenter simultanément le projet sur les signes religieux et celui sur l’immigration. Il aurait pu saisir cette occasion pour équilibrer son message face à la différence. Il a fait le contraire.

Modifier des règles du vivre ensemble qui auront un impact chez des membres de minorités au Québec (la loi sur les signes) aurait dû être équilibré par des mesures qui font reculer la discrimination et le racisme. Le projet de loi sur l’immigration aurait été le véhicule pour le faire.

Le chef du Parti Québécois, Pascal Bérubé, a tenté de convaincre le ministre Jolin-Barrette d’introduire des mesures en ce sens: projets de CV anonymes, fin de l’exigence de travail préalable au Québec pour l’embauche d’immigrants, accès à l’égalité des membres de la diversité sur les CA de l’État et dans la fonction publique.

Le gouvernement avait à sa disposition un bouquet de mesures pour démontrer concrètement qu’il pouvait, en même temps, faire reculer la discrimination et faire avancer la laïcité. 

Cette action aurait aussi donné des arguments précieux aux membres de la diversité québécoise, notamment plusieurs femmes d’origine nord-africaines, qui sont ses alliés dans le combat de la laïcité. Le ministre a été sourd à chacune de ces demandes.

Force est de constater que cette action contre la discrimination ne fait pas partie de l’univers mental caquiste. Pire, en mettant à la déchiqueteuse 18 000 dossiers d’immigration, le gouvernement se montre froid et insensible aux immigrants. C’est donc une occasion manquée. Il pouvait mettre du baume sur la plaie, il y a mis du sel.

2) le problème du bâillon

On compare avec raison cette loi à la loi 101. Dans les deux cas, il s’agit d’une audace folle de la part d’une nation qui ne contrôle ni sa constitution, ni son appareil judiciaire. Dans les deux cas, les libéraux, fédéraux et provinciaux, ont freiné des quatre fers et annoncé des jours sombres.

René Lévesque avait fait le choix de ne pas imposer le bâillon, en fin de session, pour l’adoption de la loi 101. L’opposition libérale n’était pas moins coriace dans son obstruction. Mais Lévesque a prolongé les débats jusqu’à la fin de l’été avant d’y mettre un terme. (Dans ce cas, seuls le ministre et les membres de la commission parlementaire sont privés de vacances, pas toute l’Assemblée, sauf le jour du vote.)

Cela change peu de choses sur le fond. Bâillon ou non, l’opposition s’opposera. Mais s’étant montré modéré dans la conception du projet, le gouvernement Legault se serait montré patient dans son adoption. Aussi, compte tenu de son appui dans l’opinion publique, les prolongations des lamentations libérales et solidaires pendant l’été auraient été mis à leur débit à eux.

Il n’y a pas de doute que l’utilisation combinée de la clause dérogatoire (bonne décision) et du bâillon (mauvaise décision) sera utilisée politiquement par le gouvernement Trudeau, juridiquement par les contestataires et, qui sait, par la Cour suprême au moment de son jugement. En ayant fait preuve de plus de patience, le gouvernement aurait retiré un argument supplémentaire à ses adversaires.

3) pourquoi ne pas additionner

Au moment de la loi 101, le ministre Camil Laurin avait évidemment repoussé des dizaines d’amendements libéraux et de l’Union nationale d’alors qui avaient pour but d’édenter son projet. Cependant, il avait accepté quelques amendements de l’Union nationale et, au final, deux amendements du Parti libéral. Sur des points mineurs, certes. Mais cela lui permettait de montrer qu’il n’était pas, toujours et en tous points, fermé à la critique.

En mettant fin à la discussion en commission parlementaire dès l’article 6 de son projet de loi, la CAQ n’a pas réussi à identifier un seul amendement des autres partis qu’elle aurait pu reprendre à son compte. C’est dommage.

Dans un débat aussi serré, tous les arguments comptent. Il est particulièrement utile de s’attacher le plus solidement possible à ses alliés. Pourquoi ? Parce qu’il y aura des embûches à venir et qu’on souhaite, dans la tempête, ne pas se retrouver seul, critiqué de toutes parts.

François Legault avait calculé qu’en additionnant les voix obtenues en octobre dernier par la CAQ et le PQ, la loi allait être votée par des députés représentant 54 % des voix exprimées (reflétant 70% d’appui dans les sondages). Ce n’est pas anodin. La CAQ ayant bien estimé que le PQ n’aurait d’autre choix que d’appuyer le projet de loi, elle n’a pas tenté de l’impliquer concrètement dans le processus.

Le PQ a déposé plusieurs amendements qui auraient changé le périmètre d’application du projet de loi : y inclure les écoles privées et les éducatrices de garderies installées. Il réclamait aussi le retrait du cours Éthique et culture religieuse.

On comprend la CAQ d’avoir voulu rester sur ses propres rails. Pascal Bérubé n’a réussi à obtenir qu’un engagement verbal du premier ministre pour «modifier» le cours ECR «dans le mandat». C’est peu et c’est vague.

Mais le premier ministre, et son ministre, n’ont aucunement tenté de trouver un amendement significatif qui aurait ajouté à la loi une signature péquiste. C’était pourtant facile, dans deux cas. Il suffisait de faire un compromis en convenant avec le PQ d’assujettir les services de garde en milieu scolaire dans les écoles publiques à l’interdiction des signes. Il y avait là une cohérence sur le lieu d’application.

Le programme du PQ demandait aussi que soit intégré dans la formation éthique existante de l’ensemble des employés de l’État, publics et parapublics, un encouragement au devoir de réserve religieux sur les heures de travail. Pas de coercition ou de calendrier, seulement un encouragement.

Avec ces deux amendements, le PQ aurait eu une raison de plus de s’estimer cosignataire de la loi, donc de se solidariser avec la CAQ pour les étapes à venir. (Le PQ était aussi, avec raison, contre le bâillon). 

Le cas de Québec solidaire est encore plus intéressant. Comme l’a bien souligné le ministre Jolin-Barrette, les députés de QS se sont fait élire sur un programme prônant l’interdiction des signes chez les juges, policiers et gardiens de prison. Une fois élu, ils ont changé d’avis et ont jugé «scandaleux» ce qu’ils trouvaient raisonnable et rassembleur la veille. Ayant ainsi trompé leurs électeurs sur la marchandise, ils ont perdu toute légitimité.

Ils avaient cependant une idée sur la laïcité: cesser de subventionner les écoles religieuses. Il y a généralement confusion à ce sujet. La quasi-totalité des anciennes écoles religieuses sont désormais laïques. Il ne doit y avoir en ce moment au Québec pas plus d’une dizaine d’écoles subventionnées qui obligent les élèves à suivre un enseignement religieux dans leur programme régulier. (Les écoles juives non-orthodoxes, par exemple, offrent l’enseignement religieux en option non-obligatoire.)

Il aurait été habile de concevoir avec QS un amendement qui aurait créé un groupe de travail chargé de recenser rigoureusement le financement public de l’enseignement religieux et de produire des recommandations pour son élimination.

Le premier ministre aurait pu brandir cet amendement comme un signe supplémentaire de sa capacité d’écoute, chaque fois que Manon Massé lui poserait une question au sujet de la laïcité.

Finalement, les libéraux souhaitaient avec raison que l’interdiction ne s’applique qu’aux signes et objets religieux «visibles», ce que ne précise pas la loi. On comprend qu’il n’y aura pas de fouille, comme l’a dit le ministre. Mais permettre légalement et clairement aux salariés de mettre leurs signes dans leur poche ou sac à main en entrant au travail aurait été simple, concret, et aurait permis de dire que même un amendement libéral a été accepté.

Bien, mais peux mieux faire

Bref, je réagis à l’oeuvre du gouvernement Legault en matière de laïcité comme lorsqu’on sort d’une représentation qui était très bonne, mais à laquelle il manquait quelques petits ajustements pour atteindre l’excellence.

En ce cas,  je donne la note B-. Ce n’est pas A+, non. Mais c’est déjà mieux, en matière de laïcité, que tous les gouvernements québécois depuis le début du siècle.

Alors chapeau !

* L’auteur présente ici le texte de sa dernière balado hebdomadaire, disponible sur abonnement à laboitealisee.com

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À n’y rien comprendre

Opinions

Une commission d’enquête pour plus de transparence

M. le ministre des Transports Marc Garneau,

Le 4 juin dernier, des membres de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, entourés de deux auteurs de livres d’enquête sur la tragédie ferroviaire, sont venus sur la colline pour la troisième fois en trois ans demander une commission d’enquête publique sur la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013.

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Célébrons les 50 ans de la Loi sur les langues officielles en l’améliorant

OPINION / Il est temps de moderniser la Loi sur les langues officielles et de lui donner du mordant. Pour ce faire, le gouvernement fédéral doit centraliser l’application de la Loi, préciser qui est responsable de sa mise en œuvre, créer un tribunal administratif et restructurer le rôle du commissaire aux langues officielles.

La Loi est essentielle à la promotion de la dualité linguistique et du bilinguisme au Canada. 

En 50 ans, elle n’a fait l’objet que d’une seule mise à jour importante, c’était en 1988. 

Il est temps que le gouvernement la mette à jour pour tenir compte de la réalité : la Loi, dans sa forme actuelle, ne donne pas nécessairement les résultats attendus.

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Vitesse excessive à Gatineau: un résident en a assez

OPINION / Les deux pas trop brillants jeunes conducteurs se reconnaîtront.

Voici les constats de la personne qui vous a interpellé à l’intersection des rues de la Forteresse et Trois-moulins, vendredi le 14 juin 2019 à 15 h 30. 

L’un de vous deux conduisait derrière son ami sur de la Forteresse à l’heure que les classes se terminent à l’école primaire Quatre-vents et que les autobus jaunes sont sur la route.

Un de ces autobus scolaires est même passé à nos côtés peu de temps après vos prouesses. 

À croire que ton ami ne roulait pas déjà assez vite pour toi? 

Pourtant, ce dernier m’affirmait n’avoir roulé qu’à 50 km/h lors de ton dépassement...

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Le Bloome, absolument dans notre cour

OPINION / Le chroniqueur Patrick Duquette a publié un texte sur l’affaire Bloome («Un affreux terrain vague», Le Droit, 14 juin). Selon lui, les opposants au projet ont le syndrome du «pas dans ma cour». Il n’en est rien.

Depuis le début, l’entrepreneur Kevlar a décidé d’agir seul. Il a commencé par bâtir une structure sans les permis nécessaires. La Ville de Gatineau l’a forcé à démolir. Puis il a soumis un projet de trois tours de 11, 17 et 30 étages alors que le zonage ne permet que 10 étages. Alors qu’il savait que la question de la hauteur des immeubles pouvait être légalement soumise à un référendum, il n’a jamais informé ni consulté les voisins qui seraient affectés à part une séance convoquée par Gatineau lors de laquelle un représentant de Kevlar a indiqué que le projet devait être approuvé sans modification sinon il ne bâtirait pas. 

Le promoteur aurait pu demander à rencontrer les résidents de l’édifice Blackburn avant le dépôt de la demande d’ouverture du registre puisque lors de l’assemblée de consultation du 7 mai, il s’est rendu compte qu’il y aurait de l’opposition à son projet. Son intransigeance n’a fait que multiplier les oppositions.

À LIRE AUSSI :

Un affreux terrain vague

Le projet immobilier Bloome en danger

La séance de «consultation» organisée par la Ville de Gatineau a eu lieu le 7 mai alors que le Comité consultatif d’urbanisme s’était prononcé en faveur du projet le 18 mars. Le conseiller du quartier, Cédric Tessier, avait fait de même toujours sans consulter les zones avoisinantes.

L’entrepreneur prétend que les opposants à son projet le font pour que leur vue de la fontaine du casino ne soit pas bloquée. Cela est inexact et insultant de faire reposer l’opposition à ce projet sur une blague faite lors de la consultation publique.

Les opposants — et pas seulement ceux du Blackburn — croient que bâtir trois tours pour un total de 368 appartements et condos causera des problèmes importants de circulation dans les rues étroites entourant ce projet. Il y aura également un problème pour le stationnement des résidents de ces tours ou de leurs visiteurs. Le tout causant un risque accru à la sécurité. Il est à noter que ce projet va de l’avant sans étude d’impact sur la circulation.

Faire porter le blâme à ceux qui s’opposent légalement au projet plutôt qu’à ceux qui désirent construire sans respecter les règlements municipaux est injuste.

On a beau être pour la densification des zones urbaines, 368 logements sur ce terrain, c’est trop.

L’opposition légitime à la hauteur des bâtiments en découle.

Les auteurs sont Monique Bourgon, Pierrette Dupont-Rousse, Pierre-André Laporte, tous résidants de l’édifice Blackburn, à Gatineau.

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La rectitude politique au Canada

OPINION / Vivre en démocratie est un privilège extraordinaire. La liberté de parole et le respect mutuel des droits font en sorte que ce privilège vaut des éloges et bien des discours. Cependant tout régime démocratique doit se prémunir contre une contagion, qui s’appelle le conformisme.

Des pays autocratiques comme la Chine et d’autres dictatures de la même trempe n’ont pas à se soucier de telles notions. Le conformisme fait déjà partie intégrante du pouvoir alors qu’en pays démocratique, il ne peut en aller ainsi. Ceci étant dit, le conformisme peut s’illustrer sous différentes formes et par différents véhicules tels les médias traditionnels et sociaux. Quel que ce soit sa forme, il est important que les citoyens luttent contre lui s’ils veulent garder leur privilège de libertés.

Au Québec, le conformisme peut faire surface sous forme d’un nationalisme dont l’essentiel vise en ce moment la pérennité d’une société où la langue et la culture françaises dominent. On pense au projet de loi sur la laïcité actuellement devant l’Assemblée nationale du Québec. Les mesures, qui s’y trouvent, ont été maintes fois débattues depuis des décennies. Jusqu’à maintenant, le débat a été caractérisé par un ton modéré. Cela est bien. 

Lors des élections d’octobre 2018, nous avons assisté à la montée fulgurante d’un nouvel parti politique urbain, qui, lui, représente le dogmatisme de la gauche idéologique et la rectitude politique. Quand le Parti libéral du Québec et Québec Solidaire s’entendent sur le multiculturalisme canadien et le port des signes religieux, en opposition au projet de loi sur la laïcité, ils s’opposent aux droits collectifs de la société française du Québec au nom de la liberté religieuse. Pas étonnant de voir la répartition de leurs appuis à travers la province et comment ils réagissent aux multiples démarches entreprises pour affirmer la culture et la langue françaises. On n’aurait pas tort de constater un ton moralisateur des dogmatiques appliqué aux débats sur le multiculturalisme et à d’autres questions telles le sexisme, l’économie du marché et ses avatars, l’immigration, la ferveur religieuse et tout proclamé sous la bannière de la certitude de l’unanimité inéluctable. Selon eux, l’universalité de ses valeurs est garante de leur certitude et profonde équité.

Au Canada

Entretemps, au Canada, il y a un grand débat au sujet de ce même multiculturalisme, dont un des vecteurs importants concerne le nombre d’immigrants reçus par ce pays ainsi que la manière dont celles-ci sont reçus. Si je comprends bien, ceux qui appuient la position du gouvernement du Parti libéral de Justin Trudeau s’illustrent par une foi absolue en la création d’une société multiculturelle. Ils disent souvent, et je crois avec raison, que la diversité fait notre force. Toutefois ils ne s’arrêtent pas là.

Ce qui est alarmant, c’est le traitement que l’on réserve à tous ceux qui ne partagent pas cette foi absolue. Par exemple, questionner la crédibilité de la politique d’immigration canadienne est interprété comme un acte de trahison et de racisme. La polarisation tant imputée aux Trump du monde est en réalité leur propre invention. Il s’agit de la gauche dogmatique et idéologique car le multiculturalisme, pour eux, est devenu un absolu, qui ne convient pas d’être critiqué sous peine de devenir aussitôt un délinquant social ou pire encore, un renégat de droite. Ce dogmatisme fait en sorte que de simples interrogations entourant cette notion absolutiste deviennent des actes de trahison morale.

Chez nos voisins du sud, les Démocrates commencent à s’insurger contre la rectitude politique car cela pourrait finir par arriver à faire réélire Donald Trump comme président en 2020. En un mot, un ressac politique, et l’on craigne que le dogmatisme de gauche fasse en sorte que les modérés votent pour Trump même s’ils opposent à lui, à son style puéril et à ses politiques irrationnelles et minables.

Il en va de même au Canada. Il est vrai que l’élection fédérale à venir ne nous laisse peu de choix. Par contre, si le Parti libéral continue à promouvoir sa démarche multiculturelle extrême, il y a fort à parier que le Parti conservateur pourrait former le prochain gouvernement. Pour ceux qui font partie de la gauche non dogmatique, ceci serait une tragédie pour le Canada dans le monde. Le cas échéant, il faudrait mettre au rencart nos espoirs en matière de politique étrangère indépendante ainsi que des mesures efficaces contre les changements climatiques. 

À l’étranger

La rectitude politique canadienne pratiquée par le Parti libéral a aussi enflammé nos relations extérieures avec différents pays. 

Il ne fait aucun doute que les provocations récentes du Canada envers l’Arabie saoudite et la Chine ont été faits pour un auditoire national lequel cherchait à assouvir sa foi en la règle de droit et les droits humains. Pourtant le revers de la médaille ne recèle pas de telles idées reluisantes mais plutôt un effort, à peine masqué, visant à assurer la pérennité des conceptions absolutistes sur la règle de droit, valeurs multiculturelles canadiennes, droits de la personne, droit des sexes, droits des gais et lesbiennes, la liberté de religion etc. Trop souvent la politique étrangère du Canada a été assujettie aux exigences de la politique intérieure – la marque d’un pays en manque d’une vision internationale. Certes, le ministère des Affaires globales ne manque pas de grandes visées – un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, un rôle clé afin de résoudre la crise au Venezuela, promouvoir les droits de la personne au Moyen Orient. Et ce toujours à partir du même prisme dogmatique de politique intérieure canadienne. Se pourrait-il que ce soit la raison qui explique nos difficultés actuelles avec la Chine ainsi que le torchon d’entente commerciale avec l’Oncle Sam – l’ALENA Deux.

L’intuition de la gauche non dogmatique est de taille dans cette démocratie teintée par des certitudes et vérités aussi intangibles qu’inaccessibles. Plus il y a de ces vues moralisatrices affichées sous le signe de la certitude, moins bien c’est pour les supposés bénéficiaires comme les minorités de tous ordres dans une société démocratique. S’imaginer que la gauche idéologique a les mains propres lors des excès contre les minorités, qu’ils sont supposés défendre, est faux. Encore pire, certains d’entre eux rêvent de voir le jour où il y a ce ressac politique car il pourrait rendre crédible leur dogmatisme idéologique aux yeux de leurs concitoyens.

Quant à moi, je n’ai nullement envie de vivre sous la botte d’une élite, qui passe son jugement sur mes pensées politiques. Le dogmatisme, quel que soit son visage béat, finit par frapper un mur ou un ressac dont les conséquences nous éloigneraient de nos privilèges démocratiques. Suivons le conseil d’Albert Camus, et demeurons là où la raison lucide constate ses limites.

L'auteur est Bruce Mabley, Ph.D, directeur et chercheur principal au Groupe Mackenzie-Papineau.

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Un autre flou...

Le ministre Simon Jolin-Barrette pourrait-il définir « raisonnablement » ? Un autre flou...

Alain Franchomme,  Gatineau

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Les engagements de Tessier

Sur le site d’Action Gatineau, on ne voit pas le prolongement des heures de fermeture des bars parmi les engagements de Cédric Tessier, mais on peut voir une promesse à respecter et à défendre le Plan particulier d’urbanisme. Rappelons à cet effet que lors des élections, le débat sur les tours de Brigil battait son plein. 

Dommage que le conseiller de Hull-Wright n’appuie pas les copropriétaires de l’édifice Blackburn qui s’opposent au projet Bloome qui ne respecte pas les hauteurs maximales prévues dans le PPU.

Bill Clennett, Gatineau

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La tour de Babel

Des résidents de l’édifice Blackburn veulent empêcher la construction des édifices Bloome, car ça bloquerait la vue de la fontaine du casino (« Bloome pourrait ne pas éclore », Le Droit, 13 juin). Quelle ironie ! Ça rappelle les conducteurs de VUS et de camionnettes qui justifient leur choix de gros véhicules avec l’argument qu’ils veulent voir au-dessus des autos en avant... mais ils ne se soucient pas qu’ils bloquent complètement la vision des gens derrière eux. Gens du Blackburn, votre tour bloque la vision et le ciel de bien des voisins.

Marc Rhéaume, Gatineau

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La biblio, j’y tiens !

La bibliothèque d’Aylmer, j’y tiens mordicus, peu importe le coût, car nous le méritons. Elle est un élément communautaire essentiel dans le secteur et Gatineau a le devoir de lui accorder autant d’importance que les bibliothèques des secteurs de Hull et de l’est de Gatineau.

Cela fait une trentaine d’années que notre bibliothèque est reléguée au dernier rang des priorités. Le conseil n’hésite pas à élaborer des projets de grande envergure ailleurs ; il est grand temps que le secteur Aylmer ait sa part du gâteau. Il ne faut pas se faire d’illusions, si ce projet de bibliothèque à Aylmer est rejeté par mesure d’économie, l’argent sera utilisé ailleurs.

Nicole Morin, Gatineau