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De bons souvenirs...

Fascinant la chronique « Seulement à Vanier... » de Denis Gratton sur l’hôtel Riverside d’Eastview et de ses fameux « Playboy bunnies » des années 1960 (Le Droit, 15 novembre). Je m’en souviens assez bien ayant passé plusieurs bonnes soirées à fêter au Rib. À ma mémoire, il y avait le Riverside Steak House au rez-de-chaussée et le club de nuit « Upstairs at the Rib », avec ses jolies « bunnies », à l’étage. En 1967-1968, on dansait au son de Bobby Brown & The Currios !

Guy Carisse, Ottawa

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Les feuilles de vigne

L’interdiction de la nudité dans les vestiaires de la Ville de Brossard est une nouvelle étape dans l’obsession envers tout ce qui touche à la sexualité. C’est le retour des émules du pape Pie V, qui considérait que la nudité était indécente et qui ordonna en 1566 de la masquer dans les œuvres d’art. Avant cela, la nudité était fréquente, car Adam et Ève étaient nus jusqu’au péché originel, et ce que les chrétiens condamnaient, c’était le péché et non le corps. Dans les pays d’inspiration protestante, la nudité est restée banale. Dans la plupart des écoles aux Pays-Bas, garçons et filles prennent la douche ensemble après une activité sportive. La nudité est autorisée presque partout. 

Dans tous les pays nordiques, hommes et femmes vont au sauna ensemble et complètement nus. La conséquence en est que les relations entre hommes et femmes sont plus respectueuses que chez nous et que le nombre de viols est nettement plus petit que dans les pays catholiques. Cette aversion de la nudité est nuisible, car génératrice d’idées malsaines !

Roland Madou, Ottawa

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Chasser l’écureuil ?

J’aimerais indiquer mon dégoût à penser qu’un animal de la grosseur d’un écureuil soit chassé. C’est une excuse pour certains de tirer sur tout ce qui bouge. Une autre façon d’abuser de Dame nature. Ce n’est pas un écureuil qui produira des retombées économiques en attirant des touristes américains à venir en faire la chasse au Québec. Une fois tiré, le panache n’est pas très gros ! Sommes-nous prêts à manger de l’écureuil ? Sinon, alors pourquoi les chasser ? Je dis non. Si on permet la chasse à l’écureuil, quel animal sera le prochain sur la mire ?

Martin Hébert, via Internet

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«Right fiers»: la francophonie en slogans

Personne n’est resté indifférent au slogan que les jeunes francophones ont choisi pour exprimer leur fierté à l’occasion des Jeux de la Francophonie canadienne tenus à Moncton-Dieppe au Nouveau-Brunswick en juillet dernier.

Les jeunes se disaient « right fiers » exprimant leur attachement à la langue parlée localement. En contrepartie, des moins jeunes et des personnes attachées à la langue soignée trouvaient ces mots plutôt gauches.

En Acadie, les positions des uns et des autres étaient bien campées, voire irréconciliables. Les détracteurs semblaient soulagés que l’événement ait pris fin.

Mais voilà que d’autres intervenants de la francophonie canadienne, par l’entremise des réseaux sociaux, ravivent le débat en s’appropriant « right fiers ». Ces mots réapparaissent ça et là. Les uns crient victoire et les autres se crispent davantage.

Pour mieux comprendre, il est important de contextualiser. 

Le rapport à la langue française, pour de jeunes acadiens et francophones en milieu minoritaire, est très complexe. Il s’apparente à une relation d’amour-haine. S’opposent ainsi l’identité culturelle reçue en héritage des parents et la volonté individuelle du jeune d’exprimer sa propre identité comme bon lui semble.

Certains ont du mal à saisir que le slogan est revendicateur. Il est même affirmatif pour des jeunes dont l’identité francophone, contexte fortement minoritaire oblige, est presque minutée. Cette identité s’exprime en public au compte-gouttes et risque de s’aplatir sous la pression d’un milieu anglicisant. Les jeunes s’approprient le français à leur façon, dans une langue qu’ils parlent entre eux. Ces mots expriment même la résilience identitaire de certains milieux.

Par contre, le slogan est source d’inquiétude s’il en vient à déborder l’Acadie du sud-est ou l’affirmation de la jeunesse. Ces mots semblent mal adaptés à représenter toute la diversité, la complexité et la richesse linguistique de la francophonie canadienne. Les francophones peuvent être solidaires des jeunes sans vouloir niveler par le bas ou céder le pas à l’anglais.

Quelque part au milieu

Comment dénouer l’impasse ? Un espace mitoyen se situe quelque part dans l’atténuation des positions de chacun.

D’une part, les opposants du « right fier » doivent savoir que les positions rigides ou autoritaires risquent d’avoir un effet pernicieux : celui de faire fuir les jeunes dont la francophonie a grand besoin. N’y aurait-il pas différentes façons d’exprimer ou de mousser la fierté ? L’ouverture d’esprit à l’égard de ce slogan peut se justifier si elle s’inscrit dans un élan inclusif qui rejoint les jeunes et les invite à raviver la francophonie.

D’autre part, les jeunes doivent comprendre qu’ils sont les produits d’une culture qui les précède et les englobe. Il y a eu des combats générationnels épiques pour préserver la langue et les écoles qu’ils fréquentent. Les jeunes peuvent bien sûr développer un projet à leur image. Cette mouvance doit cependant s’accrocher à celui de l’ensemble de la communauté. Les jeunes n’ont pas intérêt à faire fi du passé ou à renier leur francité.

Les projets d’affirmation identitaire requièrent de solides assises linguistiques. Les francophones veulent créer des espaces de vie en français et contrer l’assimilation. En pareille circonstance, ne pourrait-on pas se dire : franco fiers, franchement fiers ou franco-frénétiques ?

D’autres slogans pourraient tout aussi bien exprimer la fierté française en Atlantique : l’Acadie insulaire d’aller ; em-Brayons ; c’est Clare comme l’eau de roche. Ailleurs au Canada on pourrait se rallier en disant : Franco-Ténois et vous font nous ; Franco-Manitobain : de Riel à aujourd’hui ; gardons le franco-fil des idées.

Quel slogan adopterait votre communauté ?

L'auteur est Ricky G. Richard, Collaboration spéciale

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L’acharnement d’une communauté

Le dépôt du projet de loi 177 devant l’Assemblée législative de l’Ontario est la démonstration d’une communauté qui s’est pris en main et a su utiliser le pouvoir politique afin de se faire reconnaître et surtout de prendre sa place en Ontario. Dans un projet de loi omnibus sur les perspectives économiques, le gouvernement inclut la création d’une université franco-ontarienne, la reconnaissance du caractère bilingue de la Ville d’Ottawa et donne la gouvernance francophone du Centre Jules-Léger d’Ottawa pour les étudiants malentendants.

Le projet de loi comporte des dispositions sur l’équilibre budgétaire, des soins de longue durée, de contrôle de loyers, et du salaire minimum incluant les dispositions sur la gestion d’institutions par les francophones pour les francophones. La beauté de la démarche législative est que le projet de loi est un vote de confiance du gouvernement et s’il est défait, des élections anticipées doivent être tenues.

Par conséquent, le gouvernement utilisera sa majorité afin de faire adopter le projet de loi tenant compte des autres composantes importantes inscrites dans la démarche législative. 

Le projet de loi omnibus est une belle façon d’inscrire les droits des francophones dans une démarche plus globale afin d’éviter des démarches procédurales qui retarderaient l’adoption des projets de loi portant uniquement sur les Franco-ontariens. 

Des moyens financiers sont déjà en place pour l’université franco-ontarienne au sein du carrefour francophone le long du lac Ontario à l’est de Toronto.

La démarche législative est une victoire de la détermination et l’engagement tant du gouvernement que des francophones afin qu’ils puissent vivre de plus en plus à égalité avec le groupe majoritaire. Qui aurait pensé il y a 30 ans que le caractère bilingue d’Ottawa serait affirmé, ou même la création d’une nouvelle université de langue française en Ontario ?

Ce qui compte au départ est la cohésion sociale des francophones envers la démarche législative. Certes, il existe des imperfections pour certains francophones qui pourront critiquer les manquements des projets de loi et qui auraient souhaité des ajouts. 

Toutefois, il faut se rappeler que l’étapisme législatif et juridique a été la norme de progression des droits et revendications des francophones ontariens et ceci va continuer.

Une fois cette démarche législative adoptée, les modifications à la Loi sur les services en français sont de mise. Il faut la revoir dans un contexte où il est nécessaire d’y inclure les droits rattachés aux relations privées dont le droit au contrat d’emploi dans sa langue en passant par l’obtention de documents en français dans les transactions immobilières et les documents bancaires.

Ultimement, les francophones recherchent l’enchâssement constitutionnel de leur place au sein de l’Ontario et ceci viendra un jour. Ils ne doivent pas baisser les bras et surtout continuer le débat au sein de la communauté, du monde politique et des médias. En effet, le bruit médiatique est tellement puissant aujourd’hui qu’il influence grandement les acteurs politiques dans leurs démarches législatives.

Il ne faut pas avoir peur de tenir les débats publics sur le devenir des francophones et leur place en Ontario. Il est toutefois nécessaire de dégager un consensus social sur les grands enjeux franco-ontariens car la pire des situations est la division entre francophones. Une communauté unie peut faire des revendications politiques plus puissantes car il existe très peu de fractions entre francophones pour contester la démarche législative. L’avenir est à ceux qui luttent, comme le proclame la devise du quotidien Le Droit et voilà ce qu’ont réussi à faire les Franco-ontariens : se prendre en main et lutter pour un devenir collectif la tête haute avec l’espoir que demain sera garant d’une égalité avec le groupe majoritaire.

L'auteur est Gilles LeVasseur, Avocat et professeur à l'Université d’Ottawa.

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Langues officielles: Ottawa a répondu... et répondra

Je tiens à remercier les auteurs de l’article « Qui défend les langues officielles au fédéral ? » (Le Droit, 9 novembre) concernant la défense des langues officielles parmi les élus au Parlement. Leurs idées servent à alimenter une réflexion continue de notre part et soutiennent nos efforts visant à garder les langues officielles au premier plan du programme politique. J’aimerais poursuivre la discussion en partageant mes pensées sur certains points qui ont été soulevés dans l’article et souligner les réussites de notre gouvernement dans ce dossier des plus importants.

Allons d’abord au cœur de l’article, c’est-à-dire le résultat du vote sur le projet de loi C-203 — Loi modifiant la Loi sur la Cour suprême (compréhension des langues officielles). 

Ce projet de loi était parrainé par mon collègue François Choquette avec qui je siège au Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes. Vous avez noté que le vote francophone au sein du Parti libéral a été divisé sur ce projet. Or, si certains défenseurs des langues officielles étaient en conflit avec le C-203, c’était, à mon avis, plutôt sur la méthode que l’objectif. L’année dernière, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la mise en place d’un mécanisme pour assurer la nomination de juges bilingues à la Cour suprême du Canada. Clairement, nous considérons que le bilinguisme est une condition de nomination primordiale. Comme gouvernement, on s’acharne à trouver la meilleure façon de solidifier ce gain et le transposer dans un projet de loi. Ce dossier est loin d’être clos.

L’approche horizontale en matière de langues officielles au niveau du Cabinet que notre gouvernement privilégie a l’avantage d’offrir à un grand nombre des membres du Cabinet qui ont des responsabilités envers les langues officielles la possibilité d’exercer plus d’influence sur divers projets de loi. De plus, à titre de président du caucus libéral des communautés de langue officielle en situation minoritaire, j’organise des réunions bihebdomadaires lors desquelles les ministres viennent discuter de leurs enjeux et priorités en matière de langues officielles ainsi que des efforts qui sont faits pour favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Les ministres doivent ensuite assurer un suivi pour que le caucus puisse mesurer leur progrès.

Je veux aussi souligner le travail important du Comité permanent des langues officielles auquel je siège, de même celui de Denis Paradis, notre président, ainsi que celui des membres de chaque parti qui participent aux travaux. Notre comité fonctionne par consensus dans un esprit ouvert. Les dossiers importants sur lesquels nous nous sommes penchés incluent le Bureau de la traduction, le dénombrement des ayants droit, le prochain plan d’action pour les langues officielles et la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles à Air Canada. Le Comité a produit des rapports de façon indépendante avec des recommandations qui ont, selon moi, plus de mordant qu’on a vu dans le passé.

À mon avis, notre gouvernement a déjà remporté d’importantes victoires pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Notons, entre autres :

  • La mise en place d’un moratoire qui — d’ici à ce que la révision du Règlement sur les langues officielles soit complétée et qu’un règlement plus moderne et représentatif de la réalité des communautés linguistiques soit élaboré — a protégé l’offre de services bilingues dans plus de 250 bureaux fédéraux ;
  • La modification d’une politique à la Gendarmerie Royale du Canada pour assurer l’embauche exclusive d’agents bilingues sur la Colline parlementaire ;
  • La réinstauration du Programme de contestation judiciaire ;
  • Le dévoilement d’un plan d’action pour améliorer la capacité bilingue des cours de juridiction fédérale ;
  • La mise en œuvre d’une série de mesures importantes pour assurer la pérennité du Bureau de la traduction ; et
  • La signature d’une entente multilatérale historique avec les provinces et les territoires pour un programme national de garderies qui reconnaît les besoins particuliers des communautés francophones et anglophones en situation minoritaire.

De surcroît, cet été la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a signé une entente stratégique historique en matière d’éducation avec les organismes nationaux francophones. Cette entente garantit que les priorités des conseils scolaires feront partie des consultations avec les provinces et les territoires leur donnent plus d’influence quant à la détermination des priorités pour l’enseignement dans les écoles de langue française.

Malgré le progrès qu’on a fait comme gouvernement, j’estime qu’il nous reste encore beaucoup de travail à faire pour assurer la vitalité et la pérennité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Après une décennie perdue sous le précédent gouvernement, les communautés s’impatientent et veulent être entendues à Ottawa. Avec un plan d’action sur les langues officielles qui sera déposé bientôt et une révision de la Loi sur les langues officielles qui reste à être complétée, j’ai confiance que le travail que nous avons entrepris aura l’impact et les résultats voulus.

L'auteur est Darrell Samson, Député de Sackville-Preston-Chezzetcook et Président du caucus libéral des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

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Vous avez dit neutralité religieuse?

Au Québec, la neutralité religieuse de l’État n’est pas toujours allée de soi. Elle a commencé timidement au milieu des années 1950 car, jusque-là, le Québec était chrétien depuis sa fondation. Avec la Révolution tranquille, son implantation s’est accélérée. Aujourd’hui, elle est solidement établie, de sorte qu’elle ne tolère aucune entorse à son intégrité. Y toucher soulève des débats passionnés. Un cas très houleux a été la prière que faisait le maire de Saguenay, Jean Tremblay, avant les séances du Conseil municipal. Par un jugement de la Cour suprême, il a dû y renoncer.

Les signes religieux comme le crucifix et le voile sont particulièrement sous haute surveillance. Dès qu’ils paraissent dans les services dispensés par l’État, on s’agite fébrilement, les percevant comme des menaces à la neutralité de l’Institution.

Comme tout le monde, j’ai adhéré à la neutralité religieuse de l’État. Je ne l’ai jamais remise en question, une fois devenue loi, malgré mes réserves antérieures. Mais, il y a quelques semaines, je suis tombé par hasard sur un passage du livre du philosophe Paul Valadier, «La part des choses». Ç’a été un choc. Il y qualifie la neutralité religieuse de l’État de « tabou qui ne résiste pas à l’analyse ; il suppose que cette institution complexe qu’est l’État soit à égale distance de toutes les oppositions et divergences sociales (y compris les religieuses), qu’il ne prend pas parti, comme l’exige l’idée même de la neutralité […] Il s’agit d’une position intenable et purement fictive, car l’État, tout État, prend parti et il ne peut faire autrement. Ainsi, quand dans le corpus de nos lois, l’État laïque s’engage à faire respecter la liberté des cultes, il n’est nullement neutre1. » 

Garantissant la pratique religieuse, il sort de la neutralité.

L’un des philosophes qui a le plus contribué à l’émergence de l’État laïque, Spinoza (1632-1677), lui que toute l’Europe intellectuelle de son temps a tant admiré, était sans équivoque à ce sujet. Il a prôné « l’édification d’un État laïque, rappelle Frédéric Lenoir, qui garantisse la liberté de l’expression religieuse et politique ». Encore aujourd’hui, ce philosophe juif est une telle référence que Bergson disait que tout philosophe a deux philosophies : la sienne et celle de Spinoza.

Garant de la liberté religieuse, l’État n’est pas neutre : il ne se tient pas au-dessus ou au-dessous de la planète religion. Ainsi, le Québec n’a pas été neutre dans les débats entourant le cimetière musulman près de Québec : il a pris parti en sa faveur. Lors de l’attentat à la grande mosquée de Québec, en janvier dernier, le Québec ne s’est pas contenté d’une opération policière et judiciaire, il a fait preuve de solidarité avec l’Islam qui prie. Il n’a pas été neutre.

Mais, il faut le reconnaître, nous vivons au Québec, comme en France, dans un environnement plutôt hostile au discours chrétien. 

« On le moque sans retenue, note Louis Cornellier, on plaide pour son confinement dans l’espace privé, on se fait souvent une gloire de s’en ficher. » C’est ainsi, déplore Jean-Claude Guillebaud, que « dans les médias, nombre d’invités dans des émissions littéraires, politiques, économiques ou scientifiques se croient tenus de glisser à un moment ou un autre : Moi, je suis athée ».

Aujourd’hui, il faut beaucoup de courage pour défendre la liberté de proclamer sa foi, ce que n’a pas l’homme politique chaque fois qu’il a plein la bouche la neutralité religieuse de l’État. Il est comme Pilate : il s’en lave les mains.

Si l’État laïque doit veiller à garantir la libre manifestation religieuse, et non seulement à la tolérer, c’est toujours à l’intérieur d’un cadre où toutes les religions sont jugées égales, où aucune n’est meilleure qu’une autre. Cela a comme conséquence que l’État ne peut permettre à ses fonctionnaires les plus près de son autorité de porter un signe religieux comme une croix.

Pour être cohérent, l’État laïque s’abstient de privilégier une religion mais, pour être honnête, il doit reconnaître que l’une d’elles a largement contribué à fonder le Québec, d’où la pérennité, je l’espère, du crucifix à l’Assemblée nationale. C’est tout à l’honneur de la laïcité que d’affirmer que ce crucifix-là, c’est sacré. Comme ce l’est encore de presser les élus d’oublier la neutralité religieuse et de s’engager, de se mouiller, de prendre parti pour garantir la liberté religieuse. Un exercice qui est une négociation permanente avec principes, normes et valeurs et qui mène à un compromis à mettre sans cesse à jour, à la satisfaction de toutes les parties.

Les débats autour de la libre manifestation de la foi nous concernent particulièrement, nous les catholiques. Nous devons nous y engager, pratiquant bien sûr la neutralité partisane. Si Pie X défendait aux catholiques de se mêler de politique, le pape François, au contraire, nous demande de nous y investir, donnant lui-même l’exemple. Comme les grands prophètes en Israël, François interpelle, critique, approuve ou désapprouve les pouvoirs politiques à la lumière de l’Évangile.


L'auteur du texte est Gérard Marier, prêtre à Victoriaville.

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Autour de la loi 62

La présentation et le vote d’une mauvaise loi sur la neutralité religieuse de l’État au Québec ressuscitent un débat qui aurait dû se régler il y a 10 ans. Cela soulève quelques questions...

Toute religion qui oblige la ségrégation des sexes ne pratique-t-elle pas une forme de discrimination? Est-ce normal que les municipalités perdent des dollars en impôts fonciers en exemptant les communautés religieuses et lieux de culte? 

Si on répugne à refuser le transport en commun à une femme portant burqa ou niqab, pourquoi le faire à un sans-abri légèrement vêtu par -40 degrés parce qu’il ne peut payer son titre de transport ? 

Relativisme, quand tu nous tiens!

Claude Morisset, Gatineau


Une deuxième chance!

Que Daniel Séguin soit nommé ambassadeur pour l’organisation Opération Nez rouge est une excellente nouvelle. J’appuie les initiatives qui donnent une deuxième chance! 

« Que celui ou celle qui est sans péché, jette la première pierre. » Ensemble pour une société où l’on sait faire miséricorde! Bonne chance, M. Séguin.

Monique Beauchemin, Ottawa


Arrogance d’une néophyte ?

La nouvelle élue dans le secteur Aylmer, Audrey Bureau, affiche un sans gêne et une arrogance peu souhaitables à la suite de son élection. Son 77 % d’approbation est en grande partie redevable au fait que la majorité des gens de son secteur est réfractaire a un parti municipal et non à ses capacités de les représenter. Seul l’avenir dira si elle mérite ce poste.

Mme Bureau a un nom (NDLR: elle est la fille de l’ex-maire Marc Bureau), elle aura à se faire un prénom. La défaite de Richard Bégin, reconnu pour son intelligence politique, créera un vide au conseil municipal.

Nos concitoyens d’Aylmer ont voté pour Maxime Pedneaud-Jobin, tout en ne voulant pas de parti politique ; j’avoue ne pas comprendre leur raisonnement. Heureusement que certains des « indépendants » réfléchiront avant de s’opposer systématiquement aux propositions du maire ; belle sagesse et possibilité d’entente. Les citoyens ne veulent pas subir des guerres intestines ne servant qu’à l’opposition pour de l’opposition. Ce serait très contreproductif.

N. Massicotte, Gatineau

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Les faits «évolutifs» et la religion

« Nous sommes encore en train de débattre et de nous demander si la vie résulte d’une intervention divine ou si elle est le fruit d’un processus naturel », a déclaré la gouverneure générale Julie Payette lors d’une conférence scientifique. Le premier ministre Justin Trudeau a fait l’éloge de ses propos.

« Il est extrêmement décevant que le premier ministre ne soutienne pas les peuples autochtones, les musulmans, les juifs, les sikhs, les chrétiens et d’autres groupes religieux qui croient à la vérité de leur religion », a cependant affirmé le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer.

Selon le sondeur Angus Reid, les deux tiers des Canadiens croient en Dieu mais ils n’adhèrent pas au créationnisme cher aux fondamentalistes américains. 

La religion est jugée importante pour plus de 90 % des personnes provenant des Philippines, de l’Inde et de la Syrie, qui ont été les trois principaux pays sources d’immigrants au Canada en 2016. Tant qu’ils ne violent pas le droit canadien, nous devrions respecter leurs croyances.

La validité de certains enseignements religieux ne peut être discréditée simplement parce qu’ils sont intangibles et non mesurables selon la technologie aujourd’hui.

En 2005, j’ai visité le Colisée de Rome. Probablement bien des touristes, je me suis projeté près de 2 000 ans en arrière et je me suis imaginé comment il avait pu être construit à l’aide des équipements disponibles. Les gens intelligents de l’époque avaient l’impression de vivre en des temps « modernes ». Pourtant, ils ignoraient que la Terre était ronde ou qu’elle tournait autour du soleil. Ils ne pouvaient pas concevoir des choses telles que l’électricité, ni qu’un jour il y aurait des automobiles, des avions et des fusées. Ils n’avaient pas prévu la radio, ni la télévision, ni Internet, ni les ordinateurs tenant dans la paume d’une main. Ils ne pouvaient pas sortir de leurs sentiers battus. On peut en déduire ceci : combien de technologies, que nous ne pouvons même pas concevoir, nos petits-enfants tiendront-ils pour acquises?

J’ai obtenu mon diplôme de la Johns Hopkins School of Medicine en 1970 et, encore une fois, j’avais l’impression de vivre dans des temps « modernes ». Je croyais naïvement que toutes les maladies graves avaient été identifiées. Il ne nous restait qu’à mettre au point de nouveaux remèdes, ou encore découvrir de nouvelles procédures diagnostiques.

Pourtant, les médicaments bêta-bloquants étaient totalement contre-indiqués sur les patients souffrant d’insuffisance cardiaque congestive. Pourtant, dans les années 1990, on a découvert que de faibles doses de ces médicaments étaient bénéfiques aux patients. De nombreuses maladies infectieuses n’avaient jamais été découvertes quand j’ai obtenu mon diplôme. On y retrouve la maladie de Lyme, découverte au Connecticut en 1975, la maladie du légionnaire et le virus Ebola, dont les symptômes ont été décrits en 1976, le SIDA, observé pour la première fois aux États-Unis en 1981, le SRAS en 2002 et le Zika en 2013.

Les étudiants en médecine doivent se préparer à effectuer un virage à 180 degrés et mettre aux oubliettes une bonne partie des connaissances qu’ils ont déjà acquises.

Comme l’impact d’ondes électromagnétiques émises par les téléphones cellulaires, les télévisions, etc. qu’une personne primitive dénierait leur existence, car elles sont invisibles et inaudibles.

Nous devons être prudents face à ce qui est « politiquement correct ». Les « faits » scientifiques sont en constante évolution, parfois rapidement, parfois lentement. Les ondes gravitationnelles prévues par Einstein en 1916 n’ont pu être observées avant... 2016. Et encore, comme décrit ci-dessus, parfois les « faits » en médecine ou dans d’autres branches de la science peuvent être soumis à d’énormes changements en à peine quelques années.

Nous devrions respecter les Canadiens ayant des croyances religieuses, et non nous en moquer. Nos scientifiques et nos politiciens font preuve d’arrogance quand ils balayaient ce qui ne peut être observé, touché ou mesuré par la technologie présente.

Comme le Dr Thomas Sowell l’a affirmé : « Cela prend des connaissances exceptionnelles uniquement pour saisir toute la portée de notre ignorance ».

L'auteur du texte est Charles Shaver d'Ottawa.

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Un travail collégial

Aux indépendants au Conseil,

En prenant connaissance de vos intentions en regard d’Action Gatineau, et ce, avant même la tenue de la première réunion, je me suis raidi dans ma chaise. Je suis le plus grand partisan d’un parti politique municipal, mais je considère que les indépendants et les membres d’Action Gatineau ont l’obligation de réussites et de résultats. Au-delà des luttes de pouvoir et d’égos surdimensionnés, les citoyens vous demandent de travailler pour tous les Gatinois. 

Ayez en tête que vous avez été élus pour travailler pour le bien-être et le mieux-vivre de vos commettants, c’est là votre seule et unique raison d’être.

Paul Peterson, Gatineau


Des coquelicots partout

Vétéran de 23 années dans la police et 10 dans l’armée, je trouve ridicule la promotion du coquelicot. On se croirait en Russie ou en Chine avec 100 % des gens qui le portent. Ça sent la directive du Politburo. 

On ne va pas à la guerre pour protéger seulement des suiveux, mais pour protéger aussi les anti-conformistes. Pas surprenant que la majorité des gens libres ne portent pas le coquelicot.

Robert Joly, Gatineau


Près d’une autre guerre

Merci au quotidien Le Droit pour son éditorial « Au-delà du devoir, le défi de mémoire » (11 novembre), lors du jour du Souvenir.

Je suis inquiet, car nous n’avons jamais été aussi près de la Troisième Guerre mondiale, avec, notamment, le dictateur de la Corée du Nord, celui de la Russie et, maintenant, le tweeteur en chef. On nous dit que ce n’est pas vrai, que tout va bien et que personne n’est assez fou pour en arriver là. Hé bien deux mois avant l’assassinat de l’archiduc d’Autriche, en 1914, c’était les mêmes arguments erronés qui étaient majoritaires partout, sur toutes les tribunes et dans les journaux.

L’amnésie collective mondiale n’est définitivement pas encore guérie, et ce jour ne semble pas en vue...

Christian Laroche, Gatineau

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Un cours d’éducation sexuelle qui ne résoudra rien

Le docteur Réjean Thomas a rappelé la montée fulgurante des maladies transmissibles sexuellement lors d’une entrevue à l’émission Les Francs-tireurs, sur les ondes de Télé-Québec, le 1er novembre dernier. À son avis, cela est dû en grande partie à l’absence de cours d’éducation sexuelle dans nos écoles. Et ce dernier d’ajouter que ce qui le choquait le plus, c’était l’opposition de groupes de parents à la mise en place de ce cours.

Également, avec les scandales sexuels rapportés dans les médias ces dernières semaines, plusieurs ont évoqué l’importance de ce cours comme panacée miracle, que le ministère de l’Éducation aimerait imposer à toutes les écoles du Québec, de la première année du primaire au 5e secondaire.

Je doute que le Dr Thomas connaisse quelques-unes des raisons pour lesquelles les parents s’opposent à ce cours. Les parents ne s’opposent pas à l’éducation sexuelle en soi. Au contraire. Mais ils ne veulent pas que l’on impose un cours de « carriérisme » sexuel (comme le dénommait une sexologue avec fierté) comme étant de l’éducation à l’amour et à la sexualité humaine.

Dans la mouture actuelle, on ne trouve aucune référence à la fidélité et à la responsabilité nécessaire pour former un couple et fonder une famille. Or, l’un des rêves les plus importants des enfants partout à travers le monde, c’est d’avoir une famille. On ne trouvera aucun outil préparant à l’établissement d’une famille durable dans ce cours. Parce que la capacité pour un amour mature, responsable, permettant de respecter la personne de l’autre, de s’engager dans un amour véritable et fidèle, demande une préparation du cœur et de l’intelligence totalement absente de ce cours incitant à de multiples expériences sexuelles.

Certains avanceront que nos jeunes vivent déjà une carrière sexuelle, ce qui est plutôt faux, la majeure partie des jeunes n’ayant pas eu de relations sexuelles avant le cégep.

Enfin, nous sommes choqués de voir que l’on ne respecte pas la responsabilité première des parents qui, mieux que quiconque, connaissent et aiment leurs enfants, et seront sensibles au rythme de chacun de leurs enfants dans leur éveil à l’amour et à la sexualité. Un cours donné sans aucune attention à ce rythme de l’enfant est une forme d’agression sexuelle et psychologique.

Si l’on juge que les parents n’ont pas toutes les connaissances nécessaires pour bien outiller leurs enfants, ceux-ci peuvent acquérir les notions qui correspondent à leurs valeurs, qu’ils dispenseront à chacun de leurs enfants, dans le respect de leur développement et de leur enfance, de leur curiosité. Laissons les enfants être des enfants!

Mais nous ne voyons rien dans le cours actuel qui permet d’affirmer que l’on apportera ici une éducation à l’amour et à la sexualité. Apprendre à coucher en se protégeant et en ayant au moins le consentement de l’autre est très loin d’une éducation à l’amour véritable et à une sexualité fondée sur le respect et la responsabilité.

Une « carrière sexuelle » pour nos enfants? Ce n’est pas leur rêve, ni le nôtre pour eux. Nous avons trop souffert de nos échecs familiaux pour leur souhaiter de vivre eux aussi la souffrance des familles divisées et des pertes affectives énormes qui en résultent. Parce que nous les aimons, forts de notre expérience de familles brisées, mais aussi de familles qui sont restées unies pour la vie, donnons à nos enfants ce qu’il y a de meilleur et croyons aussi à leur rêve d’une famille unie, pour la vie. Pour qu’ils aillent jusqu’au bout de leur rêve, soutenons-les.

L'auteur est Jean-Léon Laffitte, Président de l'Association des parents catholiques du Québec.

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Le monde change vite, les élus... pas toujours !

À la suite de la crise des inondations du printemps 2017, on aurait pu penser à juste titre que la classe politique et la population seraient sensibilisées sur la problématique de gestion des eaux de pluie. Pourtant, ce n’est pas nécessairement le cas actuellement.

Les changements climatiques sont aujourd’hui une réalité qui influence concrètement nos vies. La récurrence des événements météorologiques extrêmes liés aux changements climatiques ne va qu’augmenter et des inondations telles que celles du printemps dernier ou celles de cette semaine seront de plus en plus fréquentes.

Au dernier conseil municipal à Gatineau, plusieurs conseillers indépendants se sont prononcés en faveur d’un changement de zonage permettant entre autres à une entreprise de construire un nouveau commerce dans une zone inondable de niveau 0-20 ans. Lors d’un des débats à la mairie, par deux reprises, il a été reproché au maire sortant de nuire à l’économie après avoir voulu limiter la construction en zone inondable.

Sachant que les inondations seront plus fréquentes, ce type de décision du conseil n’est plus admissible aujourd’hui. En permettant ce changement de zonage, c’est comme si les événements du printemps passé n’avaient jamais eu lieu.

Il est toujours bon de s’inspirer des leaders de la région qui présentent une vision d’un développement adapté à la réalité des changements climatiques. Dans ce sens, il est bon de souligner la vision de Caryl Green, mairesse réélue de la municipalité de Chelsea, qui se démarque par le développement respectueux de sa municipalité. 

Les nouveaux quartiers qui se développent à Chelsea respectent plusieurs critères du développement durable. Ces nouveaux quartiers intègrent les notions de densification à échelle humaine, de transport actif, de transport en commun et de conservation de la nature. 

De tous les élus de la région, au cours des quatre dernières années, elle s’est démarquée comme la plus verte en Outaouais.

Si l’on revient à Gatineau, plusieurs élus indépendants du dernier conseil ne semblent pas comprendre la réalité d’un monde qui change. En ce sens, nous souhaitons que les nouveaux conseillers élus le 5 novembre dernier soient plus sensibilisés aux impacts des changements climatiques. L’Union des municipalités du Québec et plusieurs autres organisations offrent diverses formations aux élus afin de mieux les outiller dans leurs prises de décision. Nous espérons que le nouveau conseil ira chercher cette expertise. Qu’il s’agisse du refus de s’adapter au changement climatique, ou encore d’oser demander une dérogation pour un stationnement en surface sur une voie pourtant dédiée au Rapibus, ce n’est pas un supposé manque d’information des élus qui doit être blâmé. Trop souvent le conseil municipal de Gatineau de 2013 à 2017 a été embourbé un mauvais - et faux - paradigme, en oubliant que croissance et protection de l’environnement ne sont pas concurrentes, mais au contraire interdépendantes.

Nous ne pouvons pas travailler contre la nature, elle reprend toujours ses droits comme nous l’avons vu tout récemment avec les cours d’eau qui sont sortis de leur lit à plusieurs endroits. Il n’est plus possible de développer nos municipalités comme par le passé.

L'auteur est Benoit Delage, Directeur général au Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais.