Reconnaissance du drapeau franco-ontarien: Et maintenant?

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Reconnaissance du drapeau franco-ontarien: Et maintenant?

À vous la parole
À vous la parole
L’Assemblée législative de l’Ontario a adopté à l’unanimité, le 21 septembre 2020, un projet de loi d’intérêt privé reconnaissant le drapeau franco-ontarien comme un emblème officiel de la province.

Les réactions à cette adoption divergent, mais une observation s’impose: la discussion publique qui en découle n’est pas celle que nous devrions avoir. Et maintenant que cette reconnaissance existe, comment en tirer profit?

La mobilité durable pour plus de «Fabriqué au Québec»

Point de vue

La mobilité durable pour plus de «Fabriqué au Québec»

Étienne Grandmont
Directeur général d'Accès transports viables
POINT DE  VUE / La mobilité durable pour plus de «Fabriqué au Québec». Tel a été le message lancé par le premier ministre du Québec au début du mois de septembre. Selon François Legault, stimuler la production et l’achat de produits fabriqués au Québec présente de nombreuses retombées positives : réduction de notre déficit commercial, reprise du contrôle de notre économie, augmentation des retombées fiscales au Québec, maintien et création d’emplois de qualité, etc.

Les bonnes raisons d’appuyer cette idée ne manquent donc pas. D’ailleurs, nous appuyons ce principe, et pas que pour des raisons économiques. Une production plus locale peut aider le Québec à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre en réduisant les distances parcourues par les biens, notamment.

Plusieurs commentateurs ont émis des réserves quant à la capacité du gouvernement du Québec à intervenir davantage dans une économie intégrée et réglementée à l’échelle internationale. Ils n’ont pas tort : le Québec ne peut pas faire du protectionnisme sa nouvelle politique économique sans se frotter aux contraintes des accords internationaux.

Le gouvernement peut quand même agir en utilisant des cartes qu’il a déjà en main, par exemple en mettant en application des politiques existantes comme la Politique québécoise de mobilité durable.

Éviter de jeter de l’argent par les fenêtres

En 2018, les importations totales du Québec se chiffraient à 102,9 milliards $ et les exportations, à 92,3 milliards $. Nous avions donc un déficit commercial de 10,6 milliards $.

Les importations liées à l’industrie automobile seulement (pétrole, camions, VUS et automobiles) s’élevaient à 18,1 milliards $, soit 17,6 % de nos importations. Pour faire image, si les Québécois achetaient la moitié moins de véhicules personnels, nous éliminerions pour ainsi dire notre déficit commercial.

Qu’on se comprenne bien : des dépenses gouvernementales dans le secteur de l’automobile génèrent aussi des retombées économiques pour le Québec. Cependant, le transport en commun a un impact positif sur l’économie québécoise près de trois fois supérieur à celui du transport privé par automobile en matière d’emploi, de recettes pour les gouvernements et de création de valeur ajoutée, selon une étude menée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en 2010.

Le Québec ne produit pas d’automobiles, ni de pétrole. Notre force se situe dans la production de vélos, de trains, de métros, d’autobus et d’électricité. Dans ce contexte, comment notre gouvernement peut-il stimuler l’achat de ces biens produits ici au Québec et, en même temps, désinciter l’achat de biens importés qui creusent le déficit commercial?

La demande induite: «If you build it, they will come»

La demande induite est un phénomène économique par lequel une plus grande quantité d’un bien est consommée lorsque son offre augmente. Appliquée au transport des personnes, cette règle permet de prédire qu’une augmentation de la capacité routière résultera en une croissance du parc automobile et une augmentation du nombre de kilomètres parcourus. Des projets majeurs d’infrastructures routières provoquent donc des effets cumulatifs qui vont à l’encontre du «Fabriqué au Québec».

Bonne nouvelle cependant : la demande induite s’applique aussi aux transports collectifs et actifs! Par exemple, déployer des aménagements cyclables fera augmenter le nombre de cyclistes. Nous avons d’ailleurs pu le vérifier depuis que la Ville de Québec a recommencé à développer son réseau cyclable en 2016 : le nombre de cyclistes a grimpé en flèche.

De la même façon, mettre en oeuvre le Réseau structurant de transport en commun et son tramway stimuleront la demande, mettant en place des conditions qui justifieront des investissements dans des phases subséquentes. Le secteur des transports collectifs, qui produira en plus d’ici quelques années uniquement des véhicules électrifiés, représente une opportunité de stimuler grandement l’économie d’ici.

En résumé, vouloir davantage de «Fabriqué au Québec» peut et doit passer par des projets d’infrastructures de transports collectifs et actifs qui viendront stimuler des secteurs d’activités dans lesquels nous sommes en position de force. Le plus beau, c’est que des projets sont prêts à être lancés : nous parlons donc d’impacts qui aideront à relancer l’économie du Québec. Sur le long terme, cette orientation stratégique permettra aussi d’offrir une réponse structurelle beaucoup plus complète à plusieurs enjeux environnementaux et sociaux.

Apprenons progressivement à nous défaire de notre dépendance à l’automobile : elle profite bien davantage à nos fournisseurs qu’à nous-mêmes.

Rentrée scolaire 2020: un recul de vingt ans pour les femmes!

Point de vue

Rentrée scolaire 2020: un recul de vingt ans pour les femmes!

Annik Chalifour
Annik Chalifour
Toronto
POINT DE VUE / Mardi 8 septembre, mon deuxième petit-fils (10 ans) débutait l’année scolaire graduellement, deux jours par semaine (mardi et mercredi) à compter de 9h15. Ma fille l’a conduit à l’école ce premier matin de la rentrée, tandis que je gardais ses deux plus jeunes (4 et 7 ans). Ils débutaient l’école virtuelle à la maison ce vendredi 11 septembre de 9h à 14h30.

Elle est revenue penaude à la maison. Son fils n’est pas inscrit sur la liste des élèves prenant l’autobus scolaire tel qu’elle l’avait demandé. Une erreur inexpliquée, inexplicable… Cela compliquera la logistique familiale.

Comment fera-t-elle pour assurer le transport quotidien de son fils, alors qu’elle doit en même temps être chez elle pour encadrer ses deux petits apprenants devant l’ordinateur? Leur papa, entrepreneur, doit quitter la maison très tôt, travail oblige!

Elle et son conjoint ont décidé de renvoyer leurs deux plus vieux à l’école et de garder les deux plus jeunes à domicile. Décision pas facile!

Finalement, on apprend que son fils aura une place dans l’autobus scolaire vers la troisième semaine de septembre…

Transport exigeant

L’aîné (12 ans) a lui aussi démarré l’école graduellement (mercredi et vendredi). Il doit quitter la maison vers 6h45 pour prendre l’autobus scolaire qui passe au coin de la rue à 6h50. L’école commence dès 8h15. Il sera le premier passager et le dernier passager du parcours en bus.

Exceptionnellement, mercredi dernier, ma fille quittait la maison à 7h pour aller reconduire son aîné et l’un de ses amis : leur premier jour de 7e année dans une nouvelle école. Son deuxième fils faisait aussi partie de la tournée. Leurs écoles respectives sont situées aux antipodes de la ville où ils habitent.

Trois heures plus tard, elle terminait sa virée… J’étais chez elle avec les deux cadets… Vers 15h, je pars chercher mon deuxième petit-fils (en panne temporaire de transport scolaire).

«C’est fatigant de garder le masque toute la journée. Il y a beaucoup de règles, des shields (séparateurs) entre tout l’monde. C’est la période du lunch – on mange dans la classe – que j’ai le plus aimé. Le prof était un peu plate, mais j’ai retrouvé mon meilleur ami», m’avouait-il sur le chemin du retour.

Jeudi 10 septembre, une pause bien méritée. Pas d’école pour aucun des quatre!

Stress et anxiété

On était crevés! En plus d’une logistique exigeante, il y a aussi le stress sous-jacent – à ne pas sous-estimer – associé à l’anxiété de renvoyer ses enfants à l’école en plein cœur d’une pandémie.

Car la question n’est pas de savoir s’il y aura une deuxième vague, mais plutôt quand frappera-t-elle et qui frappera-t-elle?

Vendredi 11 septembre, toute la famille debout à 6h. L’aîné retourne à l’école par autobus scolaire. Les deux petits démarrent leurs apprentissages en ligne à la maison. Le deuxième fils est en congé. Ouf!

Lundi 14 septembre, on recommencera.

Recul économique

«C’est particulièrement difficile et exigeant parce que nous (les mamans) cette année, on n’a pas vraiment eu de pause à cause de la pandémie», témoigne ma fille.

«On a enchaîné avec l’école virtuelle à la maison – dans mon cas avec quatre enfants – puis les vacances estivales ont suivi, pas comme les autres. Les enfants confinés chez nous, sans cours de natation ni camps de sports.»

«Malgré toutes ces turbulences, on doit s’efforcer de maintenir le mieux possible une routine quotidienne pour le bien-être de nos enfants.»

Ainsi, nombre de mamans doivent réduire leurs heures de travail ou suspendre temporairement leur vie professionnelle pour gérer la situation familiale en raison de la crise sanitaire.

Solutions durables

Un frein évident au redressement de notre économie. Un recul d’au moins vingt ans pour les femmes. Un retour à la case départ où notre société ne valorise aucunement le labeur des mères au foyer.

Notre plan de relance doit inclure des solutions durables (garderies, garantie d’emploi, compensations financières pour les mères) afin de freiner le sort évident de nombreuses femmes devenues victimes économiques de la pandémie.

Une question de justice et d’équité pour toutes celles qui soutiennent notre société!

J’ai choisi le Québec pour la laïcité

Opinions

J’ai choisi le Québec pour la laïcité

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Nouvelliste
OPINIONS / Lyne Jubinville, présidente par intérim de Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), a regroupé dans cette lettre les témoignages de personnes qui ont choisi le Québec pour la laïcité.

Plusieurs se questionnent encore la pertinence de la Loi sur la laïcité de l’État, or c’est cet espace laïque que sont venus chercher plusieurs néo-Québécoises et néo-Québécois en immigrant au Québec. Voici quelques-uns de leurs témoignages, confiés dans le cadre de l’adoption de la loi. Ces réponses apportent une perspective différente alors que des représentants plus orthodoxes de groupes religieux contestent la loi en Cour supérieure.

Le télétravail, une alternative à long terme?

Points de vue

Le télétravail, une alternative à long terme?

Nicole Lévesque
Nicole Lévesque
Ex-directrice des ressources humaines de la fonction publique
POINT DE VUE / En complément à la chronique «La lune de miel du télétravail» de Brigitte Breton, parue le 3 septembre.

En tout respect des apologies d’ordre environnemental et économique déjà soutenues par différents pro-moteurs du télétravail, d’emblée je salue la chronique de Mme Breton qui aborde ce sujet sous l’angle des droits, obligations et enjeux pour les travailleurs eu égard aux différentes et complexes bases légales, conventions tous azimuts et facteurs de risques qu’il représente. Une étape cruciale et incontournable, il va sans dire! C’est d’ailleurs dans cette même optique que Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, s’est engagé à assurer une meilleure protection aux employeurs et travailleurs en bonifiant d’ici peu, les lois encadrant les relations de travail, du moins par le biais d’amendements jugés essentiels.

À LIRE AUSSI : «La lune de miel du télétravail»

Cela étant, le télétravail est loin d’être un phénomène nouveau. «Le tiers de la main-d’œuvre mondiale le pratique» selon Éric Brunelle, qui enseigne l’exercice du leadership en contexte de télétravail, à l’école de gestion HEC Montréal. Le contexte pandémique dans lequel évoluent actuellement les employeurs et les travailleurs de tout horizon en intensifie la nécessité et génère de nouveaux enjeux d’ordre législatif, or-ganisationnel et de gestion. D’autant plus que la facilité d’accès aux nouvelles technologies que sont l’Internet, les collecticiels et les systèmes de communication mobile, leur simplicité d’utilisation, de même que leurs coûts relativement abordables contribuent à rendre inévitable à long terme ce mode d’organisation du travail.

Modèle hybride

C’est donc en prévision d’un modèle de travail hybride, qui se profile sur la table à dessin du ministre Boulet, que j’ai recueilli de sources anonymes quelques préoccupations de gestionnaires et employés de la fonction publique québécoise, officiellement parachutés dans le télétravail ces derniers mois, sur une base plus ou moins volontaire. D’où le besoin d’une définition renouvelée de la notion de télétravail afin d’éviter tout désengagement professionnel.

Bien qu’à présent tout un chacun soit en période d’apprentissage et d’adaptation, on serait porté à croire que ce sont surtout les gestionnaires ayant le moins d’expérience qui manifestent le plus d’appréhensions. Cela est compréhensible considérant que la gestion à distance représente un défi de taille pour les ges-tionnaires sur qui repose essentiellement la responsabilité de ce nouveau métier à apprendre. Apprendre à créer une synergie d’équipe favorisant la participation, la coopération, la solidarité et la confiance. Bien qu’en y regardant de plus près, force est de constater que parfois même les plus expérimentés peinent à y arriver. Une difficulté s’il en est, exacerbée d’autant par la coordination des travaux d’équipes dispersées et la protection des informations sensibles.

Isolement et reconnaissance des acquis

Du côté des employés, quelques jeunes recrues craignent l’absence d’appartenance, l’isolement, d’être tenu à l’écart des décisions, de ne pas avoir accès à toutes les ressources organisationnelles, de ne pouvoir satisfaire les attentes, et de voir se transformer ou modifier leurs conditions de travail et sécurité d’emploi.

Pour certains gestionnaires et employés d’expérience, les préoccupations professionnelles semblent da-vantage associées à la reconnaissance de leurs acquis, à leur progression de carrière, à l’exploitation de leur plein potentiel, au respect de leur vie personnelle et familiale, à l’ouverture aux modalités du travail flexibles, au droit à la déconnexion lors des congés ou en dehors des horaires de travail, et aux investisse-ments reliés à l’aménagement d’un nouvel environnement de travail.

Sans être exhaustifs, la plupart de ces constats ne représentent pas d’obstacles insurmontables, bien qu’ils puissent nécessiter une transformation des rôles et des pratiques de gestion actuelles, indispen-sables au succès de l’implantation d’un programme de télétravail durable, jumelée à une formation préa-lable et complète des intéressés.

Dans cette perspective, peut-être bien qu’il faille revisiter le «Référentiel de compétences du gestion-naire-leader de la fonction publique québécoise» afin de l’adapter à la gestion d’équipes virtuelles, sollici-tant du coup d’autres savoir-faire et habiletés interpersonnelles permettant de continuer d’offrir aux ci-toyens des services rapides, soutenus par une transformation numérique innovante, efficace, transparente et sécuritaire. Par exemple, la plupart des télégestionnaires gagnent déjà à délaisser le contrôle des ab-sences et des comportements au profit d’une plus grande flexibilité, de l’adaptabilité, de l’établissement d’un climat de confiance, de la responsabilisation, du partage des décisions organisationnelles, de l’établissement et du suivi des plans de carrière, du mentorat, de la formation, de la reconnaissance des performances, du développement de réseaux de communication professionnelle, permettant aux téléem-ployés de développer leur autonomie, leur proactivité et leur assurance.

À temps partiel

De plus, afin que la relation de supervision opère, il importe que la haute direction des organisations pu-bliques (notamment les présidents et sous-ministres) envoie un message clair en appui au télétravail, pour éviter qu’il soit considéré, entre autres, comme un privilège aux yeux de collègues dont la nature des tâches ne s’y prête pas ou dont la situation personnelle ne leur permet pas. Considérant la probabilité d’implantation de ce nouveau mode d’organisation du travail, la plupart des ministères et organismes privi-légient déjà la présence du personnel à leur milieu de travail habituel, à raison d’une à trois journées par semaine, notamment afin de maintenir les rapports sociaux et les échanges avec leur gestionnaire et col-lègues.

D’autant plus que les recherches démontrent que le télétravail, bien géré, engendre généralement une augmentation de la productivité et une réduction du taux d’absentéisme, une diminution du taux de rou-lement, des gains de temps et d’espaces de bureaux, de véritables atouts pour l’employeur.

Enfin, lorsque les pratiques du télétravail seront rendues adéquates, à l’instar de quelques ministères qui ont déjà consulté l’ensemble de leur personnel sur leurs craintes, leurs besoins, leurs attentes, etc., et mis à la disposition de chacun une boîte à outils (répertoires de res-sources, articles, formations, conseils de gestion, ergonomie, santé, etc.), les gestionnaires comme les employés pourront vivre le télétravail comme une occasion incontournable de créer un meilleur équilibre entre leur vie privée et professionnelle, une alternative à long terme, que ce soit à la maison, au bureau ou dans un tiers lieu.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La grande peste de Londres de 1665-1666

opinions

La grande peste de Londres de 1665-1666

CHRONIQUE / L’épidémie qui ravagea Londres en 1665-1666 fut causée par la même bactérie qui avait été à l’origine de la peste justinienne de 541 et de la peste noire de 1347. Cette bactérie, le Yersinia pestis, se propagea par des rats contaminés.

Depuis un siècle, Londres était périodiquement touché par des épidémies de peste. Par exemple, celle de 1625 fit plus de 40 000 victimes. La particularité de la grande peste de 1665-1666 fut d’être la plus dévastatrice, mais aussi la dernière épidémie de peste à frapper les Londoniens.

Les historiens estiment que la peste bubonique arriva à Londres à la fin de 1664 en provenance d’Amsterdam. Cette dernière avait subi une telle épidémie en 1663-1664, qui avait fait 50 000 morts. Or, les premiers décès à Londres furent répertoriés sur les quais du port. Enregistrés d’abord comme suspects, ce ne fut que lorsque la peste s’étendit au reste de Londres que les autorités comprirent qu’elles étaient confrontées à une épidémie de peste.

La peste débuta au printemps 1665. L’épidémie tuait à la fin juin 1000 personnes par semaine. En septembre 1665, le taux officiel de mortalité atteignait même 7000 victimes par semaine, nombre considéré comme largement inférieur au taux réel. Tout le monde savait alors que la ville était frappée par une épidémie de peste. Aussi, dès juillet 1665, le roi Charles II choisit de fuir Londres avec sa sœur. Ils n’y revinrent qu’en février 1666. Entre-temps, le parlement tint une courte session à Oxford.

À l’instar de la cour royale, les riches marchands de Londres fuirent la ville pour échapper à la peste en allant s’établir dans leurs maisons de campagne. Des postes de contrôle furent installés tout autour de la ville pour s’assurer que seulement des personnes disposant d’un certificat de bonne santé quittaient la ville. Ces certificats devaient porter la signature du maire et devenaient donc très difficiles à obtenir. Les personnes sans certificat étaient systématiquement refoulées. Le gouvernement royal ne voulait pas que l’épidémie s’étende au reste du royaume.

En 1665, on estimait la population de Londres à 460 000 habitants. Or, les archives de la ville enregistrèrent la mort de 68 596 personnes pendant l’épidémie de 1665-1666. Toutefois, comme beaucoup de personnes n’étaient pas comptées, les historiens estiment que le nombre de morts survenu durant l’épidémie se situait davantage autour de 100 000. D’ailleurs, les observateurs contemporains tels que Daniel Defoe, qui décrivit le sort horrible des Londoniens, estiment que la peste tua près du quart de la population de la ville.

Conditions insalubres

Durant les années 1660, la population londonienne vivait dans des conditions insalubres. Les rues étaient étroites. Les maisons étaient petites, souvent humides et non ventilées. Les carcasses d’animaux, les ordures ménagères et les eaux usées étaient simplement jetées dans la rue. La ville ne possédait aucune méthode généralisée de collecte et d’élimination des déchets. Dans cet environnement sale et nauséabond, les mouches et les rats régnaient en maîtres.

Aussi, les maladies contagieuses étaient alors monnaie courante à Londres. Certains quartiers pauvres situés en périphérie de la ville, tels que Stepney, Shoreditch, Clerkenwell, Cripplegate et Westminster, étaient très surpeuplés et furent particulièrement ravagés. Ces quartiers pauvres et surpeuplés se transformèrent ainsi en foyers de contagion. 

Dans ces quartiers, il était difficile de ne pas être en contact avec les rats et les individus ayant été infectés. La maladie en vint à terrifier la population de ces quartiers, d’autant plus que l’on peignait des croix rouges sur les portes des maisons où se trouvait une personne infectée. Dans ce dernier cas, toute la famille de l’individu était forcée de rester enfermée chez elle pendant 40 jours. Seules des « infirmières » locales sans formation étaient autorisées à y entrer.

Des « chercheurs » de morts étaient payés pour ramasser les cadavres, les transporter sur une charrette et aller les déposer dans une fosse commune. D’ailleurs, Defoe raconte que beaucoup de victimes étaient mortes « en tas et ont été enterrés en tas; c’est-à-dire sans être comptées ». Dans une telle atmosphère, la panique et le désordre régnaient. Des preuves archéologiques découvertes en 2018 à Crossrail, soutenues par des tests d’ADN, confirmèrent l’importance de ces charniers.

Durant l’hiver 1665-1666, le nombre de morts chuta drastiquement avec l’arrivée du froid. Mais l’épidémie reprit au printemps 1666. Elle se poursuivit jusqu’en septembre, alors que la ville subissait un autre cataclysme. Ce fut le Grand incendie de Londres, qui détruisit 13 000 bâtiments, soit le quart de la ville, et qui laissa plus de 100 000 personnes sans abri.

Paradoxalement, l’incendie aurait mis fin aussi à la peste en chassant les rats qui peuplaient la ville. L’Angleterre n’allait plus connaître de grande épidémie de peste. Toutefois, pour certains historiens, cela est un mythe. Les rats auraient pu simplement se réfugier dans les autres quartiers non incendiés. Il semble en fait que le roi ait cherché à tourner le Grand incendie en victoire politique. Ce mythe n’aurait ainsi été qu’un simple jeu de propagande. 

En fait, les historiens ont de la difficulté à expliquer la disparition de la peste et que cette dernière ne soit pas revenue. Bien sûr, le Grand incendie amena graduellement un renforcement des codes du bâtiment poussant à recourir à la brique au lieu du bois. Mais les améliorations sanitaires et hygiéniques, ainsi que les mesures de quarantaine, ne survinrent que des décennies plus tard.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Le Panier Bleu en quête d’une raison d’être

Opinions

Le Panier Bleu en quête d’une raison d’être

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Nouvelliste
OPINIONS / En plein pandémie, le gouvernement et plus spécifiquement le ministre Pierre Fitzgibbon annonçait le Panier Bleu.

Avec pour principal objectif de favoriser l’achat local, ce site web devait devenir à la fois un portail qui donne accès aux produits et services du Québec et une alternative au géant américain du web. Le projet a initialement soulevé la curiosité des gens et l’intérêt du milieu bien qu’aucune véritable définition de l’initiative du gouvernement n’ait été mentionnée lors de la présentation.

Ce que la science du climat dit aux ingénieurs

Votre opinion

Ce que la science du climat dit aux ingénieurs

À vous la parole
À vous la parole
Nous sommes ingénieurs. Nous sommes des spécialistes des sciences appliquées. Nous les utilisons à tous les jours pour réaliser différents projets et pour contribuer à façonner la société de demain. Notre travail consiste, entre autres, à appliquer les recommandations contenues dans des rapports, qu’ils soient rédigés par des ingénieurs ou par d’autres scientifiques.

C’est l’application de cette science, par exemple, qui nous pousse à fermer un pont qui risque de s’effondrer. Conscients des impacts sur la circulation, mais soucieux de garantir la sécurité des usagers, nos collègues n’ont pas hésité un instant à fermer partiellement l’ancien pont Champlain en pleine heure de pointe en novembre 2013. Les décisions prises dans de telles situations suscitent beaucoup d’insatisfaction, mais la sécurité du public est fort heureusement la priorité absolue qui guide l’exercice de nos fonctions.

Tous les poulets du Québec face au colonel Sanders d’Ottawa

La Voix des Lecteurs

Tous les poulets du Québec face au colonel Sanders d’Ottawa

LA VOIX DES LECTEURS / Le premier débat à la chefferie du Parti québécois s’est tenu à Granby le 26 août presque dans la clandestinité, COVID oblige. Les quelques commentaires de journalistes qui ont suivi, pour rendre compte de l’actualité, ont fait état à la fois des positions respectives des quatre candidats quant à la tenue d’un prochain référendum sur l’indépendance, mais aussi d’une certaine atmosphère de chicane due à des attaques personnelles que les uns ont réservées aux autres.

Ces positions, qui auraient dû être centrales et bénéficier d’une certaine hauteur démocratique, sont à l’effet que Paul St-Pierre Plamondon, Sylvain Gaudreault et Guy Nantel s’engagent, une fois le Parti québécois élu, à tenir un référendum dans un premier mandat, mais chacun selon des modalités un peu différentes.

Et que pour sa part, Frédéric Bastien tenterait plutôt de forcer l’ouverture de la Constitution canadienne afin de protéger la loi 21 pour « éviter une job de bras » comme ce fut le cas pour la loi 101, a-t-il dit, et obtenir des pouvoirs supplémentaires en immigration, réservant donc le référendum pour un 2e mandat seulement, s’il est élu chef du Parti québécois.

Les réseaux «asociaux»

Carrefour des lecteurs

Les réseaux «asociaux»

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Soleil
Les réseaux sociaux incarnent aujourd’hui sans contredit le canal de communication privilégié, notamment chez les jeunes. Les messages qu’on y lit oscillent régulièrement entre mensonge et vérité au grand dam des utilisateurs qui se retrouvent très souvent en position de déséquilibre malsain.

S’ensuit un mouvement d’agitation intense, un maelstrom qui entraîne les internautes irrésistiblement. Les esprits sont gonflés à bloc par un message qui, très souvent, traduit un malaise social duquel on doit se défaire pour aspirer au «bonheur quasi extatique».

Et, dans ce monde sublimé, les utilisateurs ont la certitude que les réseaux «asociaux» représentent la porte d’entrée du savoir, communiquée par des gourous qui se délectent de l’idolâtrie dont on les encense. Les réseaux «asociaux» sont devenus aussi des tribunaux du peuple, lesquels accusent, condamnent et surtout détruisent des innocents, impuissants à affronter les barbares dépendants d’une technologie envahissante.

Les réseaux «asociaux» sont de plus des instruments malicieux qui exercent sur leurs ouailles une influence perverse. Imbus de la puissance de leur diffusion interplanétaire, ils transforment leurs victimes en robots serviles. Enfin, les réseaux «asociaux» sont des porte-voix qui claironnent la haine et la vengeance, les plus dévoyés se complaisant à emberlificoter les plus vulnérables.

En cette période de pandémie, nombreux sont ceux qui sont sous le joug de la fragilité et de la dépendance, un contexte des plus favorables, hélas, pour les «rois et maîtres» des réseaux «asociaux»!

Henri Marineau, Québec

Nous sommes les héritiers d’une violence fondatrice commune

Point de vue

Nous sommes les héritiers d’une violence fondatrice commune

Amadou Sadjo Barry
Amadou Sadjo Barry
Professeur de philosophie au Cégep de St-Hyacinthe
POINT DE VUE / Il n’est pas certain que les pratiques de déboulonnement de statues puissent traduire raisonnablement les exigences de justice et d’égalité liées à la lutte antiraciste.

Car les changements institutionnels et comportementaux que supposent le combat contre le racisme ne sont pas causalement liés à la façon dont la mémoire collective s’incarne dans l’espace public : les injustices systémiques liées à la différence de couleur ou à l’origine ethnoculturelle n’ont, a priori, rien à voir avec la statue de John A. Macdonald à la Place du Canada. 

Ce sont même deux problématiques complètement distinctes, bien qu’on puisse les inclure dans une réflexion plus large qui consisterait à traiter des rapports entre la justice politique et la justice mémorielle. De même, il semble y avoir une contradiction à bénéficier des protections que confère la citoyenneté canadienne et à refuser la présence dans l’espace collectif de ceux qui ont bâti le Canada dans sa configuration politique et institutionnelle actuelle.

Être Canadien, c’est quelque part accepter d’être l’héritier de l’histoire canadienne à la fois dans sa dimension positive et négative. Certes, l’État canadien, comme tout État, est le produit des rapports historiques de domination; et il est inacceptable et injuste que certains de nos concitoyens continuent d’être dans des positions de vulnérabilité extrême sous l’effet de cette part négative de notre histoire. 

Toutefois, exiger que cette détestable situation change ne devrait pas prendre la forme d’un rejet de ceux qui ont été, entre autres, les acteurs de ce passé violent et criminel. Ce serait s’amputer d’une part importante de notre identité comme communauté politique. Surtout pour les minorités historiquement dominées, cela reviendrait à invisibiliser la trace traumatique qui les singularise comme être historique. Être Afro-Américain ou Autochtone vivant au Canada, c’est être au confluent d’une identité historique et politique contradictoire, parfois très difficile à assumer, mais qu’il est possible de transformer en un lieu où la violence du passé permet d’ériger des solidarités capables de prévenir les barbaries à venir. 

En ce sens, les statues des personnages comme Jonh Macdonald dans l’espace public, loin d’être interprétées comme le produit indéracinable d’un racisme systémique, pourraient être le miroir de ce que nous avons été de meilleur et de pire. Et la conscience de ce passé paradoxal, exploitée à des fins pédagogiques, pourrait nous engager à refonder le devenir de notre communauté politique sur les promesses d’un humanisme plus équitable et juste. Celui qui nous permettra de partager un espace commun sans pour autant nous tenir pour indifféremment interchangeable. Un humanisme de la diversité, pour reprendre l’expression du philosophe Alain Renaut.

L’idée ici n’est pas de délégitimer, sous couvert d’humanisme, les demandes de reconnaissance politique que formulent les minorités. J’entends et partage les revendications liées à un espace public et institutionnel représentatif de la diversité de la population. Cette exigence, contrairement à ce que pensent certains critiques, est loin d’être l’expression d’une logique diversitaire devenue tyrannique. De même, je conçois tout à fait que la statue de Macdonald puisse infliger une violence symbolique aux descendants des Premières Nations. Ma conviction toutefois est de lier les exigences de justice à la possibilité de construire et de conserver un monde commun avec les descendants des peuples européens. Car notre présent est fils de la même histoire. Sans le vouloir, nous sommes les héritiers d’une violence fondatrice commune. Il dépendra de nous que les leçons de cette histoire deviennent le point de départ d’un engagement collectif visant à réaliser les promesses de l’égalité démocratique, ou que ce passé commun nourrisse d’interminables tensions improductives qui prédisposeront les esprits à la fabrique de la haine, du ressentiment et du rejet mutuel. 

C’est parce que les pratiques de déboulonnement des monuments historiques risquent de nous engager dans la seconde voie d’un rapport non constructif à l’histoire et à son impact sur notre devenir commun que j’estime plus raisonnable d’inscrire la lutte contre le racisme dans une réflexion collective sur l’organisation institutionnelle et les structures de pouvoir capables de relever les défis éthiques et politiques liés à la diversité sociale.

Les enseignantes enceintes pénalisées par la pandémie

Opinions

Les enseignantes enceintes pénalisées par la pandémie

Le Quotidien
Le Quotidien
Ce texte a été rédigé par Stéphane Allaire, professeur au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi.

POINT DE VUE / On entend abondamment parler des incohérences dans la gestion du retour à l’école dans le contexte de la COVID-19. Toutefois, le traitement différencié réservé aux enseignantes enceintes d’un centre de service scolaire (CSS) à l’autre est en train de passer sous silence. Une situation qui touche de jeunes enseignantes au statut précaire.

Le diable dans les détails

Point de vue

Le diable dans les détails

Sylvia Pelletier-Gravel
Sylvia Pelletier-Gravel
Gatineau
Au risque de me fourvoyer, je me fais l’avocate du diable. Le premier ministre du Canada, malgré l’énorme déficit qui nous accable, délie encore les cordons de la bourse pour, présumément, assurer la rentrée harmonieuse des écoliers dans les écoles du pays.

Le diable étant dans les détails et même si cela peut être perçu comme un geste de solidarité, il reste qu’à la veille de la lecture du Discours du trône et afin d’éloigner le spectre d’un vote de non-confiance suite au scandale ambiant, le premier ministre semble en voie d’acheter l’approbation des provinces et de tenter de repousser aux calendes grecques une élection qui risque de sonner le glas de sa carrière au sommet du pays. 

Pour en ajouter, après avoir distribué la première tranche de ces milliards et que les provinces auront confessé l’usage du premier dépôt mettant sur pause leur besoin d’indépendance et que, sagement, elles auront assuré le maintien de son séjour au trône, elles pourront mériter la portion manquante des sommes alléchantes promises.

Dites-moi que je me trompe.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La dissémination des Amérindiens en Nouvelle-France aux 16e et 17e siècles

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La dissémination des Amérindiens en Nouvelle-France aux 16e et 17e siècles

CHRONIQUE / À la suite de la « découverte » des Amériques, les épidémies furent sans doute le facteur déterminant dans la prise de contrôle rapide du continent. En plus d’être confrontés à des Européens mieux armés, les Amérindiens devaient faire face à un ennemi encore plus sournois, les épidémies. Le monde assista alors à une des plus grandes dépopulations de l’Histoire.

Dans les Antilles, au Mexique et au Pérou, environ 90 % des Amérindiens périrent lors d’épidémies en moins d’un siècle. Le même phénomène survint, plus ou moins à retardement, en Amérique du Nord. Les Hollandais, puis les Anglais et les Français bénéficièrent largement aussi du concours des épidémies pour assurer leur mainmise sur de vastes territoires.

Lors de ses voyages d’exploration au Canada, Jacques Cartier rencontra plusieurs communautés iroquoiennes très peuplées le long du Saint-Laurent ayant d’importants établissements notamment à Québec, Trois-Rivières, Sorel, Montréal. On doit distinguer ces communautés des Iroquois des Cinq-Nations, étant culturellement plus proches des Hurons. 

Cartier visita de grands villages comme Stadacona (Québec) et plusieurs bourgades à Hochelaga, sur l’île de Montréal. Nombre de ces villages fortifiés de palissades comptaient 2000 habitants. Un village du Mont-Royal aurait compté 3000 habitants. En 1535-1536, Cartier constata que les Iroquoiens de Stadacona mouraient en grand nombre d’une maladie contre laquelle ses hommes étaient immunisés. 

Il s’agit de la plus ancienne épidémie documentée qui survint dans la vallée du Saint-Laurent. Les historiens établiront plus tard que les Iroquoiens furent alors victimes d’une épidémie de variole propagée par les hommes de Cartier. Lorsque Champlain vint en Nouvelle-France, 65 ans plus tard, Stadacona et Hochelaga étaient devenus des villages fantômes et les Iroquoiens avaient disparu de la vallée du Saint-Laurent.

Cette disparition demeure une énigme pour beaucoup de spécialistes. Il est difficile d’établir le rôle des épidémies dans leur disparition à partir de 1540. Les peuplades amérindiennes entraient aussi régulièrement en guerre entre elles. La rivalité entre Algonquins et Iroquoiens était séculaire. Ces deux peuples étaient des ennemis jurés. Plusieurs historiens et anthropologues estiment que cette disparition doit être d’abord imputée aux Hurons. Non seulement ces derniers entretenaient des relations tendues avec les Iroquoiens, mais les deux groupes nourrissaient une forte rivalité pour le contrôle du commerce des fourrures. En ce sens, les Iroquoiens auraient étaient victimes de deux catastrophes survenant presque simultanément.

L’archéologie démontre néanmoins que les Iroquoiens avaient cessé d’habiter leurs villages dans la vallée du Saint-Laurent vers 1580. Aujourd’hui, les Hurons et les Mohawks revendiquent une filiation culturelle avec les Iroquoiens. Toutefois, plusieurs anthropologues estiment qu’ils se seraient réfugiés au sein de différentes tribus, notamment les Hurons-Wendats, les Montagnais et les Abénaquis, dans lesquelles ils auraient été assimilés.

En plus des épidémies propagées par les Français, il semblerait que la région des Grands Lacs aurait vécu des épidémies en provenance du sud-est des États-Unis causées par l’expédition de Harnando de Soto, qui remonta jusqu’au Tennessee et au Kansas, et qui se serait peut-être rendu jusqu’au lac Michigan. Champlain rapporte d’ailleurs en 1610 une visite d’Amérindiens de Floride dans la vallée du Saint-Laurent. Les Amérindiens de l’Ontario semblent avoir été disséminés par des épidémies que l’expédition de Soto aurait entraînées avant même l’arrivée de Champlain.

Quoi qu’il en soit la répartition des peuples amérindiens était très différente au début du 17e siècle de ce qu’elle était lors des voyages de Cartier. Les Algonquins, encore semi-nomades, occupaient désormais la rive nord de la partie québécoise de la vallée du Saint-Laurent. Cette situation va amener Champlain à forger en 1609 une alliance avec ceux-ci et les Hurons contre les Iroquois qui vivaient largement dans un territoire composant aujourd’hui les États de New York et de Pennsylvanie. 

La dissémination des Algonquins au 17e siècle est documentée de manière sommaire. Il n’y a pas d’étude approfondie sur la question. Néanmoins, les jésuites rapportèrent en 1611 que beaucoup d’Algonquins de la vallée de l’Outaouais étaient emportés par une fièvre mortelle. Ils constatèrent de nouveau pendant l’hiver 1623-1624 la mort de nombreux Algonquins due à cette contagion. Par ailleurs, les Algonquins subirent une importante épidémie autour du poste de Trois-Rivières en 1634.

La Huronie était située dans l’Ontario d’aujourd’hui. Comme prolongement du Saint-Laurent, elle se trouvait au cœur du lucratif commerce des fourrures. En 1615-1616, Champlain évalua sa population à 30 000 habitants, avec 18 villages, et disposant de 2000 guerriers. En 1632, il réduisit sa population à 20 000. Les jésuites, pour leur part, estimaient la population de la Huronie en 1634 à 30 000 habitants vivant dans une vingtaine de villages.

Une lettre de Champlain datée de 1608 mentionne la mort de plusieurs Amérindiens des suites de la dysenterie. En 1611, les jésuites notèrent une augmentation du nombre de morts dans les communautés amérindiennes depuis l’arrivée des Français. Par ailleurs, l’archéologue Robert Larocque soulève l’hypothèse de plusieurs épidémies d’influenza touchant la Huronie entre 1609 et 1634.

En tenant compte de ces chiffres, il est possible de prendre acte de l’ampleur de la chute démographique causée par les trois épidémies successives qui frappèrent la Huronie entre 1634 et 1640. Les jésuites effectuèrent un recensement exhaustif dans la Huronie en 1640, en se promenant de campement en campement, de village en village. Ils comptèrent ainsi la présence de cinq missions, 32 villages, 700 grandes maisons, 2000 feux (tentes) et un total de 12 000 habitants.

Selon l’anthropologue Denis Delage, les maladies propagées par les contacts avec les Européens, telles que la rougeole, la grippe et la variole, ont considérablement affaibli les Iroquoiens et autres peuplades amérindiennes. Lorsque les colons européens s’installèrent au 17e siècle, ils trouvèrent une terre en partie inoccupée. Et cela ne marqua que le début de la dissémination des Amérindiens dans la vallée du Saint-Laurent.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke

En mémoire d’une grande féministe québécoise

La Voix des Lecteurs

En mémoire d’une grande féministe québécoise

LA VOIX DES LECTEURS / Présidente de Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), Diane Guilbault est décédée à son domicile, le 21 août 2020, à l’âge de 65 ans.

Merci, Mme Guilbault, d’avoir défendu avec autant de sensibilité et d’intelligence la dignité et les droits des femmes de toutes origines au Québec.

Le projet Havre Lucerne : favoriser la densification

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Le projet Havre Lucerne : favoriser la densification

À vous la parole
À vous la parole
L’équipe Brigil n’attend que l’aval du conseil municipal de Gatineau pour lancer officiellement et avec une grande fierté le projet de construction Le Havre Lucerne, dans le secteur Aylmer.

Ce projet, qui s’inscrit dans une perspective de développement durable, respecte et s’appuie sur trois grands principes de la mise en valeur du mobilier urbain moderne.

Geneviève Tellier
Collaboration spéciale
Geneviève Tellier
Le message de Justin Trudeau

Geneviève Tellier

Le message de Justin Trudeau

CHRONIQUE / L’histoire est connue, mais sans doute oubliée par plusieurs, car ça s’est passé il y a longtemps maintenant : en 1978, alors que l’inflation augmente rapidement et malmène les finances publiques, Pierre Elliott Trudeau surprend tout le monde en annonçant des coupes budgétaires de 2 milliards de dollars (c’est beaucoup à l’époque). Jean Chrétien, alors ministre des Finances, est au nombre des personnes surprises par cette nouvelle : il n’avait pas été consulté au préalable. Jean Chrétien racontera plus tard qu’il avait pensé démissionner à ce moment-là, jugeant qu’il n’avait plus la confiance de son premier ministre. Mais en bon soldat, il demeura en poste.

On ne peut s’empêcher de dresser un parallèle entre cet événement et la démission de Bill Morneau. On apprenait la semaine dernière que Justin Trudeau avait demandé à Mark Carney, ancien gouvernement de la Banque du Canada, de le conseiller quant à la relance de l’économie. Une décision prise, semble-t-il, sans avoir consulté ni même informé le ministre des Finances. Un tel geste est suffisant pour amener n’importe qui à réfléchir sérieusement son avenir. Ce qu’a fait Bill Morneau. Contrairement à Jean Chrétien, il a préféré démissionner.

Le lac Meech : un lac public

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Le lac Meech : un lac public

À vous la parole
À vous la parole
Je suis un utilisateur quotidien du parc de la Gatineau que ce soit en vélo, ski de fond ou kayak.

Les dirigeants ont eu à prendre plusieurs décisions importantes suite à la pandémie. Certaines de ces décisions ne furent pas populaires auprès des utilisateurs du parc de la Gatineau, mais elles étaient primordiales pour assurer la sécurité des utilisateurs ainsi que du personnel y travaillant. Fermeture prématurée des sentiers de ski de fond, gestion des sentiers et aire publique lors de la réouverture du Parc, limitation de la circulation au transport actif sur les promenades Champlain, Fortune et de la Gatineau. Toutes ces décisions étaient fondées sur la sécurité de tous et elles étaient justifiées.

Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La diphtérie : une maladie infantile hautement contagieuse

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La diphtérie : une maladie infantile hautement contagieuse

CHRONIQUE / La diphtérie est une maladie infectieuse aiguë existant depuis au moins 3500 ans. Hippocrate en fit la toute première description au 5e siècle avant notre ère. Arétée de Cappadoce, qui vécut au 1er siècle, fut le premier à fournir une description détaillée de cette maladie. Il précisa que la victime souffre d’ulcères des amygdales accompagnés de sécrétions épaisses et d’une voix rauque. Il ajouta qu’après avoir subi une extinction de voix, le patient peut mourir suffoqué.

Au Moyen-Âge, cette infection semble avoir disparu en Europe. Elle semble ne réapparaître, dans la foulée des grandes explorations, qu’au 16e siècle. C’est alors que des médecins espagnols observèrent l’apparition d’une épidémie de diphtérie en Espagne en 1613. Ensuite, des médecins italiens rapportèrent l’apparition de graves épidémies touchant particulièrement les enfants au début du 17e siècle.

Avec l’expansion mondiale du commerce, la diphtérie devint pandémique au 18e siècle. Non seulement toutes les provinces de la France furent touchées par celle-ci, mais on la retrouva aussi en Allemagne, dans les îles britanniques et en Amérique du Nord. En effet, une telle épidémie balaya la Nouvelle-Angleterre en 1735. On la décrivit alors en France comme une inflammation des amygdales et une sorte d’angine gangréneuse.  

Francis Home, un médecin écossais, attribua en 1765 le nom populaire de « croup » à cette maladie. Il voulait ainsi signifier que la forme suffocante de la maladie ressemblait au croassement du corbeau. Toutefois, si Home ne fit pas le lien entre la diphtérie et les épidémies d’angine, Samuel Bard, un médecin de New York, établit l’existence d’un rapport entre la croupdiphtérique et les différentes variétés d’angine en 1771.

À partir du 16e siècle, la diphtérie devint l’une des maladies infectieuses infantiles les plus redoutées de l’Histoire. Lors de l’éclosion d’épidémies, le taux de mortalité pouvait atteindre 40 % des enfants infectés, faisant de cette maladie une des principales causes de mortalité infantile jusqu’à la mise au point d’un vaccin DTP au début du 20e siècle. 

Comme la grippe ou le coronavirus, la contamination d’une personne à une autre survient par un contact direct ou par voie aérienne en toussant ou en éternuant. L’infection peut également se propager à partir d’objets contaminés. Par ailleurs, à l’instar du coronavirus, les personnes porteuses de la bactérie peuvent transmettre celle-ci à d’autres sans pour autant présenter de symptômes de la maladie. Pire encore, les personnes n’acquièrent pas d’immunité à long terme. Une infection antérieure n’assure donc pas une protection contre une infection future.

Cette maladie est causée par une bactérie dont les premiers symptômes apparaissent de deux à cinq jours après une exposition. Ces derniers comportent une fièvre élevée, des frissons, de la fatigue, de la toux, une voix enrouée, une céphalée, une coloration bleuâtre de la peau et une irritation de la gorge. 

Deux ou trois jours suivant l’apparition des symptômes, la diphtérie provoque souvent une destruction des tissus sains du système respiratoire. Les tissus morts forment alors une sorte d’épaisse membrane grise qui recouvre les tissus de la gorge, du nez, des amygdales et des cordes vocales. Le patient a alors non seulement de la difficulté à respirer, mais il a aussi du mal à avaler et souffre d’un écoulement nasal nauséabond.

La maladie peut dégénérer encore plus et présenter des symptômes plus graves marqués par l’apparition de taches grises ou blanches dans la gorge. Les voies respiratoires peuvent alors s’obstruer et créer une toux similaire aux aboiements, comme dans la diphtérie ou la laryngite. Le malade est alors victime d’un gonflement du cou résultant de l’élargissement des ganglions lymphatiques. La maladie peut affecter aussi la peau, les yeux et les organes génitaux.

Lorsque la diphtérie se complique, le malade peut subir une inflammation du muscle cardiaque, de l’angine, de la fibrillation cardiaque, des douleurs neurologiques, des problèmes rénaux et des saignements dus à une dysfonction de la coagulation. La diphtérie peut alors entraîner une paralysie.

La bactérie responsable de la diphtérie fut identifiée en 1882 par Edwin Klebs. Deux ans plus tard, Friedrich Löeffler réussit à cultiver la bactérie et à démontrer que celle-ci est une toxine produite par la C. diphtheriae. Dès 1897, les tests standardisés pour détecter l’antitoxine diphtérique étaient développés. Ce fut une étape importante vers la création d’un vaccin. 

Finalement, le développement du test de Schick par le Dr Béla Schick en 1911, permettant de détecter l’immunité préexistante à la diphtérie chez une personne exposée, conduisit à la mise au point d’un vaccin en 1924. Dès lors, le nombre de victimes chuta dramatiquement. La diphtérie sembla être en voie de disparition avec l’administration d’un vaccin fournissant une immunité protectrice.

Plus encore, les épidémiologistes ont validé que les vaccins à base d’anatoxine pouvant simultanément protéger contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche durant les années 1940. Ces vaccins sont administrés en trois ou quatre doses. 

Aujourd’hui, la diphtérie n’est mortelle que dans 5 % à 10 % des cas. Toutefois, le taux de mortalité peut atteindre 20 % chez les enfants en bas de cinq ans et les adultes dépassant 40 ans. La maladie ne représente que des cas isolés dans les pays développés. On la retrouve surtout dans les pays en développement. Et même là-bas, elle est en voie d’éradication.

En 1980, l’OMS rapportait plus de 100 000 cas de diphtérie dans le monde, avec 8000 décès. Sa campagne d’éradication a réduit le nombre de cas en 2015 à moins de 4500. Cette éradication, comme celle de la variole, marque une victoire de la médecine contemporaine.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Enseignement supérieur: mais où est donc la ministre Danielle McCann? 

Point de vue

Enseignement supérieur: mais où est donc la ministre Danielle McCann? 

Caroline Quesnel
Présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN)
POINT DE VUE / Madame Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur,

Soixante jours bien comptés se sont écoulés depuis votre nomination au ministère de l’Enseignement supérieur. Tous les gens du milieu, dont les 34 000 membres de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), se sont réjouis de la création de votre poste. Mais depuis, rien! Pas une seule déclaration, pas un seul mot! Les plus critiques affirmeront que ce silence est à l’image du vide politique de votre gouvernement en matière d’éducation supérieure depuis son élection. 

En contrepartie, nous sommes au rendez-vous! Comme toutes les travailleuses et tous les travailleurs du Québec, celles et ceux du milieu de l’enseignement supérieur doivent apprendre à s’acclimater à une époque inédite qui force, encore une fois, au dépassement et à l’adaptation. Ici, aucun compromis. Quand il s’agit de la qualité de l’enseignement et du développement des connaissances de nos cégépiennes, cégépiens et universitaires, nos membres, présents dans toutes les régions du Québec, ne ménagent aucun effort. Vous le savez, c’est une question de professionnalisme, d’engagement, mais aussi de passion. Sans délai, en pleine pandémie et confinés, nous avons innové et su modifier nos méthodes d’enseignement dans un contexte de sous-financement, bien documenté avant même la COVID-19. Nous avons sauvé les meubles, pour ainsi dire. 

Cependant, permettez-nous d’exprimer une inquiétude répétée de nombreuses fois ces derniers mois par celles et ceux qui défrichent désormais le «terrain virtuel» de l’enseignement supérieur au Québec. Nous faisons face plus que jamais à une «cannibalisation» de l’enseignement à distance au détriment des cours en présence. Bien avant le coronavirus, le discours ambiant, au nom de «la révolution numérique incontournable» dans un monde «globalisé», exerçait des pressions pour déloger l’enseignement en mode présentiel. La crise actuelle accentue ce phénomène. 

Vous le savez comme nous, madame McCann, qu’un enseignement à distance efficace nécessite une préparation méticuleuse et coûteuse, ainsi que toute une équipe autonome travaillant en étroite collaboration. Ce type d’enseignement n’est pas nécessairement reconnu pour être adapté aux besoins de toutes les étudiantes et tous les étudiants. C’est sans compter les inégalités sociales qu’il provoque, liées aux problèmes d’accessibilité et de manque de connaissances numériques de plusieurs. Aussi, les risques de décrochage sont bien réels et nous préoccupent grandement.

Nous ne sommes pas opposés à l’enseignement à distance. Toutefois, nous devons souligner ses défis et ses limites quand il est imposé intégralement à l’improviste. Cette transmission du savoir doit demeurer un complément fortement encadré aux études en présence. Depuis la mi-mars, nous assistons davantage à un enseignement «palliatif» en mode non présentiel qu’à un enseignement à distance bien balisé et conforme aux règles de l’art. Il ne doit surtout pas servir de modèle ni perdurer. Nous souhaitons, de toute urgence, connaître vos intentions et votre vision à ce sujet. 

Par ailleurs, depuis une cinquantaine d’années, les cégeps et les universités sont des vecteurs économiques essentiels non seulement à la vitalité des grands centres, mais à celle de toutes les régions du Québec. Ils attirent en leur sol cerveaux, étudiantes et étudiants d’ici et d’ailleurs, assurent l’accessibilité d’un très large éventail de programmes aux quatre coins de la province et jouent un rôle de rétention des jeunes. Y a-t-il lieu de craindre pour cette vitalité économique et cette vivacité du savoir dans un monde où l’enseignement à distance deviendrait la norme ? Poser la question, c’est y répondre. À quoi bon s’imprégner d’un milieu de vie riche en relations humaines et en connaissances quand on peut s’isoler devant son écran? 

À quelques jours de la rentrée, nous réclamons, madame McCann, votre présence et une prise de position claire sur ces enjeux afin de soutenir les actrices et les acteurs du terrain. Nous vous demandons de résister aux pressions insistantes de l’enseignement à distance improvisé systématisé. Résistez au nom de la qualité de l’enseignement supérieur. Résistez au nom de la vitalité économique des régions du Québec, que nous représentons toutes. 

Du hockey accessible en français

Carrefour des lecteurs

Du hockey accessible en français

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Soleil
En ces temps où les Québécois semblent revenir à leur amour pour le Canadien, je me demande comment il se fait que la diffusion des parties de hockey soit gratuite en anglais et payante en français?

C’est incompréhensible qu’une compagnie québécoise comme celle de M. Péladeau favorise ainsi la langue anglaise au détriment du français.

Vous me direz, comme la fille des relations publiques de Vidéotron, que TVA charge un montant à la compagnie pour qu’elle ait accès aux joutes en français et qu’on peut s’abonner à TVA Sports pour 2,50 $ par mois. Mais est-il nécessaire, quand on parle de l’accessibilité du français au Québec, que ce soit toujours «money talk».

Si quelqu’un connaît bien M. Péladeau et peut lui transmettre ma préoccupation, je serais très heureux d’avoir son point de vue étant donné qu’une opération financière simple entre ses deux compagnies réglerait la question.

Guy Roy, Lévis

La somme des efforts communs

Opinions

La somme des efforts communs

L’auteure de cette lettre d’opinion est Caroline Duchaine, professeure titulaire au département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de l’Université Laval.

OPINIONS / Le port du masque communautaire est un sujet chaud, qui enflamme les esprits et met en exergue les peurs et craintes de certains membres des communautés face à un contrôle abusif des autorités gouvernementales. Les débats font émerger autant d’hypothèses, de croyances, de craintes et de suspicion qu’il y a de courants de pensées disponibles sur les médias. Et chacun y va de son interprétation, nourrit la bête des amalgames et fait naître dans certains groupes une crainte exprimée sur fond de révolte. Mais qu’en est-il du fameux masque communautaire ? Quelles preuves scientifiques supportent ce choix de porter le couvre-visage en communauté ? Est-ce vraiment un outil significativement puissant contre la COVID-19 pour que nous acceptions de nous attirailler de la sorte ? Je joins ma voix à celle de Trisha Greenhalgh, professeure britannique de soins de santé primaire et chercheure à l’Institut National de recherche en Santé. Cette chercheure, membre du Center for Evidence-Based Medicine, a publié plusieurs articles, depuis le début de la pandémie de COVID-19. Elle a écrit plusieurs articles scientifiques et éditoriaux qui ont permis de forger mon opinion sur cet épineux sujet. Un de ces articles s’intitule (traduction libre) : «Nous ne pouvons pas être sûrs à 100 % que les masques faciaux fonctionnent - mais cela ne devrait pas nous empêcher de les porter».

Elle, eux et moi!

Point de vue

Elle, eux et moi!

Marie-Hélène Soucy
Marie-Hélène Soucy
Québec
POINT DE VUE / Je suis une professionnelle de la fonction publique. Je travaillais de chez moi, en télétravail, bien paisiblement dans mon bureau à la maison, quand j’ai entendu l’appel à la mobilisation lancé par M. Legault auprès de ses ministres afin que les fonctionnaires qui le désiraient, volontairement, puissent aller prêter main forte aux CHSLD situés en zones chaudes.

J’ai levé la main. J’ai travaillé à titre d’aide de services pour seconder, surtout, les préposées et préposés aux bénéficiaires (je reviendrai plus tard sur ce terme). Pour alléger le texte, je les appellerai ici «préposés». Après avoir suivi une formation d’une journée et après avoir indiqué au directeur du CIUSSS, responsable de l’opérationnalisation de ma mission, vouloir travailler dans les zones rouges (zones où presque la totalité des résidentes et des résidents ont contracté la COVID), me voilà visièrée, jaquettée, masquée et gantée, prête pour aider et très motivée. 

Toute organisation est perfectible et dans toutes les organisations, il y a des travailleuses et des travailleurs qui sont efficaces et d’autres qui le sont moins. Je n’étais pas là pour faire un diagnostic organisationnel ni pour juger, mais bien pour aider et répondre aux besoins des personnes résidentes. C’est pendant cette expérience que j’ai rencontré Mme Sourire, une préposée aux bénéficiaires (je déteste toujours ce titre) qui occupe cet emploi dans un CHSLD depuis cinq ans. 

Je ne voyais pas son sourire, puisque masquée elle aussi, mais je voyais ses yeux rieurs. Mme Sourire parlait beaucoup aux résidentes et aux résidents pendant les soins, les repas et les manipulations. Elle était très attentive à ce qu’elles et ils disaient et à leurs nombreux besoins. Il faut dire qu’en CHSLD, plusieurs «bénéficiaires» souffrent de pertes cognitives, étant affectés à divers niveaux, certaines et certains ne parlent même plus. Ma collègue les regardait dans les yeux, leur flattait les mains et, surtout, leur expliquait ce qu’elle faisait. Si une résidente ou un résident résistait, elle utilisait l’humour ou s’organisait pour lui parler de ses intérêts, de ses enfants et petits-enfants (plusieurs ont des photos d’eux dans leur chambre). Elle leur chantait même de vieilles chansons et avait appris des mots, dans leur langue maternelle, pour mieux communiquer avec eux : grec, italien, anglais, arabe. Elle baragouinait quelques mots dans toutes ces langues. Ces gestes, elle les fait toujours, Mme Sourire: la bienveillante! 

Au-delà de diverses techniques que doivent maîtriser les préposés pour soulever, asseoir, déplacer, nourrir ces résidentes et ces résidents, en perte d’autonomie souvent et à mobilité réduite pour plusieurs, il y a toutes les réponses à des besoins de base comme donner le bain, faire une toilette partielle au lit, nourrir pendant les repas et collations (plusieurs ne mangent pas seuls ou ont besoin d’encadrement), s’assurer que toutes et tous sont bien hydratés, c’est très important, changer les culottes d’incontinence (ce ne sont pas des couches), etc. Mais il y a aussi toutes les attitudes requises pour être rassurant et soutenir le sentiment de sécurité, établir et maintenir une relation de confiance, encourager l’autonomie à la hauteur des capacités et des conditions de chacune et de chacun. C’est ce que Mme Sourire s’efforçait de faire chaque jour. Ce sont ces attitudes qui, je crois, font la différence entre une personne qui fait son travail et une excellente préposée aux bénéficiaires! C’est une différence marquante pour le bien-être des résidentes et des résidents.

Imaginez le défi parfois de garder le sourire, faire preuve de patience, d’empathie et de douceur quand, soudainement et sans raison apparente, une résidente ou un résident devient agressif, se désorganise et commet des actes de violence envers les membres du personnel (j’ai moi-même reçu des coups de poing, on a tenté de me mordre, on a craché à mon visage. Vivement la visière. Et je me suis même fait attaquer à coups de marchette!). 

Cela fait partie aussi du quotidien des préposés. En contrepartie, il y a des victoires, des joies et des éclats de rire entre les membres du personnel et ces personnes résidentes. Ces moments où ils sont heureux de nous partager des souvenirs, des expressions dans leur langue, des blagues qu’elles nous racontent, parfois à répétition, mais bon! Des mots de tendresse échangés aussi, de beaux mercis en paroles, en sourires ou avec les yeux. Ce sont ces moments que je retiens, qui me font encore parfois pleurer, mais surtout sourire et qui remplissent mon cœur de joie. 

Je souhaite que ces personnes, les préposées et préposés aux bénéficiaires, soient mieux reconnues et respectées dans les fonctions importantes qu’elles et qu’ils occupent et qui exigent la manifestation de plusieurs attitudes, la mise en œuvre de diverses aptitudes et la maîtrise de nombreuses compétences. 

En tout, j’aurai accordé à cette mission trois semaines de travail et deux semaines de déconfinement à mon retour (alors qu’ici, à Québec, le déconfinement était commencé). Je considère cette expérience comme l’une des plus enrichissantes et révélatrices de ma vie. 

D’abord, je me suis découvert des capacités à communiquer avec les personnes âgées que j’ignorais. Ensuite, j’ai réaffirmé un grand intérêt en ce qui a trait au réseau de la santé (jeune, je désirais être médecin). 

Enfin, j’ai comblé mon besoin de faire une différence dans la vie de ces personnes, des êtres humains qui étaient bien esseulés, contexte de la COVID oblige. 

Finalement, j’aurai aussi démystifié la mort, car j’ai été en contact avec la dame en noire plusieurs fois au cours de cette expérience (au moins une dizaine de fois). Je n’ai plus peur maintenant! J’avais besoin d’écrire ce texte pour reconnaître toute ta valeur, Mme Sourire, pour me souvenir de toi, Mme G, que j’ai flatté et réchauffé, la veille et l’avant-veille de ce dimanche de mai, de la fête des Mères, où tu as rendu l’âme, et aussi pour proposer un nouveau titre, en remplacement à ce nom archaïque de préposées et préposés aux bénéficiaires, celui d’aides de bienveillance.

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Jean Isabelle
Peut-être que le temps d’écran est important, finalement

Points de vue

Peut-être que le temps d’écran est important, finalement

Alexandre Lepage
Alexandre Lepage
Étudiant au doctorat en éducation à l’Université de Montréal
POINTS DE VUE / Depuis quelques années, je défends l’idée que le temps passé à utiliser des «écrans» dans une journée est un paramètre futile. Cela ne nous dit rien de ce qui est fait avec l’écran, c’est-à-dire comment ce temps est utilisé. Sur ce dernier point, je ne change pas d’idée : on peut utiliser un écran de façon très passive, pour visionner des vidéos qui ne nous transformeront guère, qui ne feront pas de nous une meilleure personne, on peut jouer à des jeux répétitifs pour passer le temps, on peut lire des nouvelles insolites pour le plaisir. Qu’on le fasse 30 minutes par jour ou 8 heures par jour, ces usages nous laissent passifs devant le numérique.

Par contre, à l’aide du numérique, on peut créer toutes sortes de choses : programmer, créer des vidéos, scénariser des histoires à l’aide d’outils de visualisation, écrire un roman ou bien participer à des communautés. Ces usages, beaucoup plus engageants, nous placent dans une position très active. Lorsqu’il est question de parler du temps d’écran, à l’école par exemple, il est beaucoup plus utile de viser des usages engageants comme ceux-ci, pour que chaque seconde passée derrière un écran soit profitable soit pour réaliser des apprentissages scolaires ou tout simplement, apprendre à socialiser avec les autres.
Bref, on ne peut pas considérer que le temps d’écran est un indice garant de la qualité de l’utilisation du numérique que l’on en fait. Pensons à ces journalistes qui utilisent leur ordinateur quotidiennement pour rechercher et communiquer, aux auteurs et autrices qui utilisent des traitements de textes pour entrer leurs brouillons, à nous tous et toutes qui depuis le début de la pandémie comptons beaucoup sur le numérique pour maintenir des liens sociaux (avez-vous déjà imaginé, une seconde, à quoi aurait ressemblé cette même pandémie en 1995 ?).

Ma conviction que le temps d’écran est futile se nuance depuis le 13 mars 2020, date où le ton du confinement a été donné. Depuis, des choses qui n’ont rien de similaire m’apparaissent identiques. Tout est pareil. Participer à un colloque? Derrière un écran, caméra et micro. Regarder une pièce de théâtre ? Derrière un écran. Une rencontre avec des collègues? Derrière un écran, caméra et micro. Un anniversaire ? Derrière un écran, caméra et micro. La fête des Mères? Derrière un écran, caméra et micro. Suivre un cours ? Vous avez deviné. Des événements qui n’ont rien en commun partagent désormais des modalités de diffusion et de communication identiques, chose que l’on ne prenait pas le temps de constater lorsqu’il était question de les vivre en présence (après tout, parler à quelqu’un, ça reste parler à quelqu’un). Par contre, comme c’est le cas en formation à distance, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication implique toujours une grande préparation et, conséquence inévitable, une certaine rigidité. Mais pourquoi a-t-on l’impression que ces technologies, aussi sophistiquées soient-elles, ne seront jamais la même chose?

Au colloque, il manque les rencontres entre les ateliers, les kiosques des exposants, les retrouvailles de personnes que l’on a croisées l’année d’avant, le souper informel en soirée.

Au théâtre, il manque les bruits des spectateurs et spectatrices qui toussent (dans leur coude), la file à l’entrée où l’on croise un ancien collègue, la discussion sur la rue, sous la pluie, en retournant prendre le bus.

À la rencontre avec des collègues, il manque les prises de parole spontanées, les questions ou discussions chuchotées à l’oreille, et une bonne partie du langage non verbal.

À l’anniversaire ou à la fête des Mères, il manque la présence des autres que l’on peut serrer dans nos bras, tout simplement.

Au cours en ligne, il manque le bavassage entre étudiants et étudiantes, l’enseignant ou l’enseignante qui répond à une question attrapée au vol ou bien qui circule dans la classe pour savoir si tout va bien.
Ces choses, peut-être ne les avons-nous jamais évaluées à leur juste valeur. Peut-être devrions-nous cesser de les considérer comme des bénéfices marginaux. Peut-être sont-elles la véritable raison d’être des colloques, du théâtre, des rencontres, des anniversaires, de la fête des mères et des cours. Ces choses, elles font de nous des humains et non des machines.

Pour toutes ces raisons, oui, peut-être devrions-nous nous assurer que l’écran demeure une fenêtre et non une barrière. Peut-être que le temps d’écran est important à considérer, mais ce n’est certainement pas le seul et ça ne doit pas devenir un dogme limitatif qui empêche de faire des usages créatifs du numérique ou d’améliorer des expériences humaines.

Vaut-il la peine de préciser que cet argumentaire ne vise pas à militer pour un assouplissement des mesures sanitaires? Au contraire, continuons à profiter de ce temps d’arrêt pour chercher à mettre des mots sur ce qui est si différent quand tout est en ligne. Cela nous permettra, une fois que nous pourrons retrouver le contact humain, d’apprécier pleinement ces moments en face à face tout en se rappelant de ce que le numérique peut nous apporter.

Julie Payette, superstar désenchantée de l’astronomie?

Point de vue

Julie Payette, superstar désenchantée de l’astronomie?

Yvan Giguère
Yvan Giguère
Saguenay
POINT DE VUE / Dans le tohu-bohu de l’atmosphère toxique qui règne, semble-t-il à Rideau Hall, plusieurs observateurs croient que la solution toute désignée pour atténuer l’ambiance de terreur- pour régler cette impasse- qui prévaut entre la Gouverneure générale du Canada et ses employés, serait que Justin Trudeau rencontre Julie Payette pour faire le point sur cette affaire. 

Je précise ici que j’ai toujours eu une grande admiration et un grand respect pour la femme qu’est Julie Payette. Son parcours parfait dans le monde de l’astronomie-ce monde d’hommes m’a toujours paru remarquable. Mais voici que cette femme fait les frais depuis quelques semaines d’un véritable roman-savon de très bas étage. Qui croire? Sur qui jeter son dévolu?

Aux nombres faramineux des travers de madame Payette qui semblent lui être reprochés par ses proches collaborateurs à Ottawa, on déplore le fait que madame la gouverneure rabaisse continuellement ses employés en leur sermonnant qu’ils ne font pas bien leur travail, bref qu’ils sont incompétents dans leurs fonctions respectives. D’ailleurs Julie Payette ne se gênerait pas (semble-t-il encore) pour que cela se sache chez le plus grand nombre.

Si tout cela est vrai, Julie Payette devrait démissionner sur-le-champ. Je me dirai alors tout bas qu’elle n’était pas faite pour ce rôle décoratif et accessoire qu’est celui de représente de la reine au Canada. Un poste qui n’est pas digne ni à la hauteur de l’intelligence de cette femme érudite qui a marqué l’histoire de l’astronomie canadienne.

Mais alors, dans les circonstances présumées, est-ce une bonne idée que Justin rencontre à tout prix Julie, lui qui nage en pleins soupçons de scandales et lui qui baigne dans les insinuations de toutes sortes à son égard. Pas une bonne idée sûrement, puisque Julie Payette risquerait de sermonner le premier ministre en lui attribuant tous les défauts du monde et en le traitant lui aussi d’incompétent. Que voulez-vous ce serait sans doute plus fort qu’elle et au-delà même de sa bonne volonté, enfin si j’en crois les rumeurs qui courent sur elle au sujet de son soi-disant caractère intempestif. Enfin voilà, et cela dit, si je peux me permettre de verser en une pareille ironie.

Car j’espère que la mauvaise réputation qu’on attribue présentement à Julie Payette s’avère exagérée ou même fausse et que cette affaire s’envole en fumée prochainement bien loin dans l’espace intersidéral.

Le port du masque obligatoire n’est pas inconstitutionnel

Points de vue

Le port du masque obligatoire n’est pas inconstitutionnel

Nicolas Rioux, juriste
Nicolas Rioux, juriste
POINT DE VUE / Le 18 juillet entrait en vigueur l’obligation de porter le masque au Québec dans une grande variété de lieux publics. Les contestataires de cette mesure furent très rapides à invoquer la Charte canadienne des droits et libertés au motif que cette obligation imposée par le gouvernement violerait leur droit à la liberté et qu’elle serait de ce fait inconstitutionnelle. Qu’en est-il vraiment ?

Il importe de préciser d’entrée de jeu que la Charte n’est pas un instrument politique. Il s’agit d’un texte constitutionnel qui garantit des droits et libertés fondamentaux aux Canadiens. On ne peut donc l’utiliser au seul motif qu’on désapprouve une mesure gouvernementale ou qu’on aurait une meilleure solution à un problème social. Pour qu’une mesure soit considérée comme inconstitutionnelle, elle doit non seulement violer un droit prévu dans la Charte, mais également le faire d’une manière déraisonnable qui ne puisse se justifier dans le cadre d’une société libre et démocratique. C’est donc dire que le droit à la liberté invoqué par les contestataires du port du masque n’est pas un droit absolu. Ce même droit entre d’ailleurs en jeu chaque fois qu’une personne reconnue coupable d’une infraction criminelle est condamnée à une peine d’emprisonnement. Et pourtant, dans bien des cas, cet emprisonnement peut se justifier en appliquant le test développé par la jurisprudence. Analysons le cas du port du masque au regard de la jurisprudence.

En premier lieu, il faut se demander si l’obligation de porter un masque viole véritablement le droit à la liberté prévu à l’article 7 de la Charte. La question se pose, car le droit à la liberté n’est pas si facile à invoquer. Par exemple, la liberté de conduire un véhicule n’est pas protégée par l’article 74. On a aussi déjà essayé de faire valoir devant la Cour suprême que la liberté de fumer du cannabis était protégée par cet article, et ce, sans succès. Suivant les enseignements de la Cour suprême, l’article 7 protège les «choix fondamentaux participant de l’essence même de ce que signifie la jouissance de la dignité et de l’indépendance individuelles».

À mon humble avis, devoir porter un masque lorsqu’on se trouve dans certains lieux (et parfois pour l’ensemble d’un quart de travail) constitue un choix fondamental qui fait intervenir le droit à la liberté. Un masque cache le visage, coupe un peu la portée de la voix et peut donner chaud. Il doit être retiré chaque fois qu’un individu désire boire ou manger et peut par exemple dissimuler des bijoux comme des piercings qui font partie de l’identité d’une personne. Il peut également rendre la respiration plus laborieuse. Il s’agirait à mon sens d’un élément assez intrusif pour limiter la jouissance de la dignité et de l’indépendance de l’individu au sens où l’entend la jurisprudence.

Une fois qu’il est démontré qu’une mesure gouvernementale atteint le droit à la liberté de l’individu, il faut se demander si cette atteinte est conforme aux principes de justice fondamentale. Deux principes m’apparaissent pertinents ici, soit celui du caractère arbitraire et celui de la disproportion totale.

En vertu du principe du caractère arbitraire, la mesure gouvernementale ne sera justifiée que s’il existe un lien direct (ou rationnel) entre l’objectif derrière l’obligation du port du masque et l’effet de cette obligation sur l’individu. Nous pourrions généralement dire que l’obligation du port du masque dans les lieux publics a comme objectif de protéger la santé publique des citoyens en limitant la transmission de la COVID-19 pour ultimement l’éradiquer. Il faut donc se demander si le port du masque limite la transmission de la COVID-19. Il n’est pas nécessaire ici de se demander si le port du masque est infaillible ou s’il vaincra magiquement à lui seul la COVID-19 : la question est plutôt de savoir s’il contribue à l’objectif ne serait-ce qu’un peu, s’il y a un lien entre les deux.

Une étude publiée il y a quelques semaines dans la revue scientifique The Lancet s’est attardée à 172 études observationnelles portant sur l’efficacité des différentes mesures de prévention contre la COVID-19. Les conclusions sont sans équivoque : «Across 29 unadjusted studies and ten adjusted studies, the use of both N95 or similar respirators or face masks (eg, disposable surgical masks or similar reusable 12–16-layer cotton masks) by those exposed to infected individuals was associated with a large reduction in risk of infection». Il est donc clair que bien que l’efficacité véritable du masque fasse toujours l’objet d’un large débat, il permet assurément de limiter la transmission de la COVID-19. La mesure gouvernementale est donc rationnelle et conforme au principe de justice fondamentale du caractère arbitraire puisqu’il y a un lien direct entre le port du masque et la limitation de la transmission de la COVID-19.

Il ne reste plus qu’à vérifier la conformité de la mesure au deuxième principe dont nous avons fait mention : la disproportion totale. Selon ce principe, il faut se demander si le port obligatoire du masque a des effets sur la liberté de l’individu qui «sont si totalement disproportionnés à ses objectifs qu’[il] ne [peut] avoir d’assise rationnelle. La règle qui exclut la disproportion totale ne s’applique que dans les cas extrêmes où la gravité de l’atteinte [devoir porter un masque] est sans rapport aucun avec l’objectif de la mesure [limiter la transmission de la COVID-19]. Pour illustrer cette idée, prenons l’hypothèse d’une loi qui, dans le but d’assurer la propreté des rues, infligerait une peine d’emprisonnement à perpétuité à quiconque cracherait sur le trottoir. Le lien entre les répercussions draconiennes et l’objet doit déborder complètement le cadre des normes reconnues dans notre société libre et démocratique».

L’argument que beaucoup invoquent est que la COVID-19 «ne serait qu’une grosse grippe». Certains utilisent les statistiques pour affirmer que le nombre de décès reliés à la COVID-19 est relativement minime et donc, que le port du masque obligatoire est une mesure disproportionnée.

Premièrement, ces statistiques sont fortement biaisées du fait que le gouvernement du Québec a pris les grands moyens afin de limiter les dégâts du virus. Il est normal que les effets de la pandémie dans la province puissent sembler comparables à d’autres causes de mortalité compte tenu de la fermeture quasi complète pendant plusieurs mois, de la mise en place de mesures de distanciation sociale et d’interdictions de rassemblements. Banaliser la COVID-19 après le confinement serait comparable à affirmer que les accidents de voiture ne constituent pas un enjeu sérieux après avoir fermé l’ensemble des routes. Il est bien certain qu’en fermant les routes, le bilan des accidents de la route paraîtrait exemplaire. Or, la communauté scientifique est unanime à reconnaître que la COVID-19 est un virus beaucoup plus dangereux qu’une simple grippe.

Deuxièmement, le fameux «aplatissement de la courbe» a également permis de limiter les dégâts et le port du masque y contribue désormais. Le meilleur exemple qui démontre l’efficacité de ce concept nous provient de l’Italie. À un moment critique de la crise où le système de santé italien (assez comparable à celui du Québec) est devenu complètement débordé, le taux de mortalité de la COVID-19 est monté jusqu’à près de 9 %. Ainsi, l’objectif de santé publique visant à anéantir un virus susceptible d’être aussi mortel à l’échelle mondiale est dramatiquement important comparativement aux quelques inconvénients de l’obligation de porter un masque qui, d’ailleurs, n’est applicable que dans des lieux où le risque de transmission est fort élevé et à des personnes qui n’ont pas de conditions médicales qui les en empêchent. Bref, il est difficile de voir comment l’atteinte au droit à la liberté causée par le port obligatoire du masque pourrait être totalement disproportionnée à l’objectif impérieux de santé publique qu’il vise. Il apparaît donc que la mesure du port obligatoire du masque viole peut-être le droit à la liberté prévu à l’article 7 de la Charte, mais le fait d’une façon conforme aux principes de justice fondamentale que nous avons mis à l’épreuve, soit le caractère arbitraire et la disproportion totale. Au regard de la jurisprudence, il semble donc apparent que le port obligatoire du masque respecte la Charte canadienne et soit de ce fait parfaitement constitutionnel.

Comme je l’ai déjà exposé, on peut comme citoyen critiquer l’efficacité du masque, proposer d’autres solutions politiques au problème ou encore souligner les contradictions du gouvernement du Québec dans certaines mesures qu’il adopte. Il s’agit là d’un sain exercice de notre liberté d’expression dans une démocratie libre. Toutefois, invoquer la Charte à outrance m’apparaît être une erreur. Ne mélangeons pas inutilement droit et politique.

Jean-François Dugas
Le Droit
Jean-François Dugas
Des idées plein la tête pour le Lab

Opinions

Des idées plein la tête pour le Lab

CHRONIQUE / Et voilà, c’est parti. Malgré les circonstances particulières que nous connaissons tous, le Lab Le Droit à La Cité a officiellement pris son envol cette semaine. 

D’emblée, laissez-moi vous dire à quel point je suis enthousiaste à l’idée de retrouver l’équipe après une absence de cinq ans. Je vous assure, mon profond attachement au Droit, aux Franco-Ontariens, n’a jamais bronché. Pas pour une seconde.

Ceux qui me connaissent bien savent à quel point j’accorde une importance de premier plan au fait français en Ontario. J’ai toujours milité pour inclure les réalités de la communauté franco-ontarienne dans nos pages — en papier ou virtuelles — comme journaliste pendant ma carrière de dix ans au Droit. Cette volonté reste inébranlable comme coordonnateur du Lab. 

Plusieurs doivent se demander à quoi ressemblera cette nouvelle « bibitte ». Les mauvaises langues avanceront même que cette initiative est un écran de fumée en réponse au déménagement des bureaux du Droit sur la rive outaouaise. Je vous entends, fiers Franco-Ontariens. Petite confidence : j’ai eu ce même pas de recul en apprenant la nouvelle. 

Par contre, j’ai compris les réalités économiques qui ont motivé cette décision. Il s’agissait véritablement d’une question de vie ou de mort du journal. Il a fallu s’ajuster pour continuer d’exister.

J’ai rapidement compris aussi que le Lab, conceptualisé par l’ancien président et éditeur du Droit, Pierre-Paul Noreau, se voulait bien plus qu’un pied-à-terre en Ontario. Ce moteur important de transformation servirait de lieu d’encadrement, d’apprentissages et d’innovation. Pas pour « paraître », mais pour être, bien vivant, dans la francophonie ontarienne. Et ce, pour longtemps encore.

Grâce au soutien de La Cité, un pilier franco-ontarien, j’y vois une véritable occasion d’attirer de nouvelles générations de lecteurs ; de parler davantage des nouveaux arrivants francophones ; de développer de nouveaux modèles pour assurer la pérennité d’une presse en pleine évolution. Bref, de s’ancrer davantage dans l’Ontario français. 

Comment ? En offrant la chance aux étudiants de la grande famille des communications du collège de participer au contenu franco-ontarien du Droit. De là la raison d’être de mon rôle de mentorat, pour superviser cette production dans sa phase finale et assurer le lien entre la salle de rédaction du Droit et les ressources d’enseignement de La Cité. 

Qui plus est, les journalistes en devenir et leurs homologues en photographie, en design graphique, en publicité et même en relations publiques apporteront leurs propres idées pour mieux cibler notre travail. Nous serons à l’écoute. 

Il faut l’admettre : nous ne savons pas comment parler efficacement aux jeunes d’aujourd’hui. Le Lab permettra d’expérimenter, d’aborder leurs enjeux et, souhaitons-le, rectifier le tir.

Outre cette approche plurielle visant à mettre en lumière les francophones de la région de la capitale nationale, il y a également le désir d’être plus présent. Stages, conférences, consultations, événements, etc : tout est permis pour solidifier l’appartenance au Droit. Déjà, j’ai plein d’idées en ébullition pour le Lab ! 

Je termine en vous tendant la main, chers lecteurs franco-ontariens. Au fil des ans, plusieurs d’entre vous m’ont fait part de critiques quant à la couverture vous étant accordée. À mon avis, cette grogne masque surtout une fierté inébranlable en notre culture francophone en milieu minoritaire. Mais je comprends également qu’il est essentiel de se reconnaître dans votre, dans notre journal. 

Je vous promets d’investir tout mon trille et tout mon lys dans ce nouveau chapitre de la grande histoire du Droit, malgré les défis, COVID-19 ou non. 

« L’avenir est à ceux qui luttent », dit la devise du Droit. J’y crois depuis toujours. Vous aussi.

Se relever ensemble pour rebâtir

Opinions

Se relever ensemble pour rebâtir

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Nouvelliste
OPINIONS / L’auteur, Karl Blackburn, est président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec.

Le monde est secoué par une crise sans précédent et le Québec a été frappé de plein fouet, comme toutes les nations. Cette pandémie fulgurante a emporté avec elle un grand nombre de nos bâtisseurs et a secoué de grands piliers de notre économie. Au moment où le Québec se remet en marche graduellement, nous avons collectivement le devoir de nous unir pour opérer une relance sécuritaire et durable. Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a d’ailleurs rendu public une feuille de route en ce sens, et les employeurs que nous représentons sont déjà à pied d’œuvre pour assurer le succès de cette relance.