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Des francophones bien vivants et qui le disent

Alors que les propos de Denise Bombardier ont soulevé une vague d’indignation à travers le Canada depuis son passage à Tout le monde en parle le 21 octobre dernier, plusieurs voix s’élèvent autour d’un message commun : non, les francophones hors Québec ne sont pas morts.

La francophonie canadienne est décidément dans le feu des projecteurs ces derniers temps. Après la montée au créneau de Franco-Canadiens pour répondre à Mme Bombardier, c’est au tour d’un magazine montréalais de prendre la défense des communautés. 

Francos et fiers de l’être! Ainsi s’intitule l’édition du 15 novembre de L’Itinéraire, magazine bimensuel montréalais produit et vendu par des personnes en réinsertion. En sous-titre, on peut y lire « Le français bien vivant, coast to coast to coast », soit un joli clin d’œil à l’actualité. 

« Ça n’aurait pas pu mieux tomber », commente Josée Panet-Raymond, éditrice adjointe et rédactrice en chef précisant que le numéro était déjà en préparation lorsque Denise Bombardier a largué une bombe à propos de la disparition quasi totale des communautés francophones et acadiennes. 

Surfer sur la vague

Par une coïncidence fortuite, les propos de Denise Bombardier font écho au choix éditorial du numéro, incitant la rédactrice à peaufiner son édito dans les derniers instants du bouclage : « Hors du Québec point de salut? Détrompez-vous, Mme Bombardier! Il existe partout au Canada des communautés francophones dynamiques et extrêmement fières de vivre en français » signe-t-elle. 

Zachary Richard, l’un des « gardiens de la langue, de la culture et de l’héritage francophones », trône en couverture. « Il garde le français cajun en vie et le fait rayonner bien au-delà de sa Louisiane natale », souligne Josée Panet-Raymond. Aussi cite-t-elle tous ces francophones qui ont contribué à forger la culture et l’identité franco-canadiennes : Antonine Maillet, Daniel Lavoie, Chantal Hébert, Herménégilde Chiasson, Claude Julien, Roméo LeBlanc, Damien Robitaille, Véronic DiCaire, Katherine Levac, Louis Riel et Gabrielle Roy. 

Ils pensent autrement

Josée Panet-Raymond fait partie de ces Québécois qui ne partagent pas la vision des choses de Denise Bombardier. 

« J’ai sursauté quand elle a dit ça dans l’émission. Je me suis dit : “Mon dieu, elle est complètement à côté de la plaque”. Mais, quelque part, ça ne m’étonne pas. Beaucoup de Québécois ignorent. C’est une forme de mépris qui me dérange personnellement. » Née à Montréal mais élevée en milieu franco-ontarien, la rédactrice a attisé sa flamme pour la francophonie au-delà des frontières québécoises. « On vit à une époque où le français pourrait être menacé plus que jamais avec les Netflix et les réseaux sociaux. On devrait être solidaires », estime-t-elle. 

L’édition de L’Itinéraire comprend pour l’occasion une section inédite, « En français s.v.p.! », qui dresse le portrait de francophones épanouis en régions. On retrouve ainsi l’humoriste Katherine Levac, « une Franco-Ontarienne qui rit de son coin de pays », la productrice Janelle Wookey, « une Franco-Métisse qui produit des documentaires percutants », et la directrice de La Voix acadienne Marcia Enman, « une femme de tête à l’Île-du-Prince-Édouard ». 

« On voulait montrer la diversité des voix francophones. C’est important de montrer qu’il y a des francophones hors Québec qui travaillent, vivent, s’amusent, jouent, chantent en français, commente Josée Panet-Raymond. C’est pas toujours évident quand tu viens d’une petite communauté enclavée dans une majorité anglophone. Je leur lève mon chapeau. J’ai une grande admiration pour ces gens-là. Il faut que les gens réalisent ça. » 

Place aux régionalismes

Une place est même faite aux régionalismes, ces expressions fleuries qui bourgeonnent dans la francophonie canadienne : « Tooter d’la horn » pour klaxonner, « T’as fait un shittycoup! » pour faire un mauvais coup, « fourbir » pour laver le plancher, etc. Une autre façon de souligner la diversité linguistique au sein de la francophonie canadienne. 

Ces projecteurs braqués sur la francophonie canadienne aideront-ils à changer les perceptions? 

Quoi qu’il en soit, les Franco-Canadiens peuvent remercier Denise Bombardier : malgré elle, elle aura grandement aidé à faire parler d’eux. 

L'auteur du texte est Lucas Pilleri de Francopresse

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Est-ce que Google a jamais fait quelque chose pour nous ?

Même les critiques les plus féroces de Google utilisent ses technologies dans leurs recherches pour écrire leurs tirades enflammées contre cette entreprise ou, plus prosaïquement, pour trouver leur chemin dans une ville étrangère. Soyons honnêtes : la vie sans Google serait terriblement plus pénible dans maintes situations importantes. Mais ce n’est pas une bonne raison pour laisser tranquilles Google et les autres géants du high-tech. Au contraire, la nature et l’importance de leur contribution rend impératif le fait qu’ils soient placés sous contrôle démocratique - et pas seulement en raison du besoin bien reconnu de protéger la vie privée des individus.

Ces dernières années, les grandes entreprises de haute technologie ont fait l’objet d’un examen minutieux pour avoir perfectionné un art occulte, inventé par les journaux, la radio et la télévision publicitaires : capter et retenir notre attention, afin de vendre l’accès à nos sentiments à des annonceurs payants. Alors que les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs étaient des clients qui payaient pour un certain type de marchandise, les médias électroniques ont trouvé une manière de faire des transactions directement avec les fournisseurs tout en nous réduisant nous, ainsi que nos données, à l’état de marchandise passive au cœur de la transaction.

Google, Facebook et d’autres ont été en mesure de prendre possession de cet étrange processus de production, où notre attention est la marchandise échangée, à un autre niveau, grâce à leur extraordinaire capacité à personnaliser nos écrans. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils sont capables de capter l’attention de chacun de nous avec des attracteurs spécifiques à chaque personne (voire même à chaque humeur) particulière, avant de vendre au plus offrant à la fois l’accès à nos données et à nos sentiments.

Implicte à la réaction contre Big Tech a été le sentiment que nous sommes tous les utilisateurs de plus en plus prolétarisés. Dans les années 1970 et 1980, les chaînes commerciales nous ennuyaient en nous prenant au piège de leurs publicités quelques secondes avant la fin d’un film à suspense ou d’un match de basket-ball. À présent, nous ne sommes même plus capables de reconnaître les astuces utilisées en temps réel pour maintenir et vendre notre attention. Aliénés par un marché qui fait de nous des marchandises, nous sommes devenus les rouages d’un processus de production qui nous exclut totalement, sinon en tant que produits.

Les règlements sur la protection des données et de la vie privée ont pour but de nous faire recouvrer une partie de notre autonomie perdue à propos de ce que nous voyons, de ce qui guide nos choix et de qui sait ce que nous choisissons. Mais la régulation de Big Tech  pour protéger nos données et pour restaurer la « souveraineté du consommateur » n’est pas suffisante. Dans un contexte d’automatisation et de précarisation de la main d’œuvre, les profits monopolistiques de ces entreprises renforcent les inégalités, suscitent le mécontentement, minent la demande globale en biens et services et déstabilisent encore davantage le capitalisme.

Le problème est que les interventions des pouvoirs publics sont un exercice futile : la taxation de services gratuits est inutile. Taxer les robots pour financer les humains est aussi impossible qu’il est impossible de les définir. Et bien que taxer les profits de Big Tech soit essentiel, les gestionnaires qualifiés de ces firmes et leurs nombreuses opportunités de déplacer leurs profits vers des juridictions différentes rendent la chose difficile.

Une solution simple existe, si nous regardons au-delà de l’imposition de taxes. Mais il faut accepter que le capital ne soit plus produit de manière privée, du moins pas dans le cas de Google et al.

Lorsque James Watt a construit l’une de ses fameuses machines à vapeur, c’était sa création, son produit. Un acheteur qui a installé ce moteur pour travailler, disons, dans une usine de textile pourrait envisager ce filon profitable comme une juste récompense pour avoir pris le risque d’acheter la machine et pour l’innovation consistant à le coupler à une machine à filer ou à tisser.

En revanche, Google ne peut pas prétendre de façon crédible que le capital qui génère son filon profitable a été produit entièrement de manière privée. Chaque fois que vous utilisez le moteur de recherche de Google pour rechercher une expression, un concept, ou un produit, ou que vous visitez un endroit via Google Maps, vous enrichissez le capital de Google. Tandis que les serveurs et la conception de logiciels, par exemple, sont produits de manière capitaliste, une grande partie du capital de Google est produite par presque tout le monde. Chaque utilisateur a, en principe, une revendication légitime à être un actionnaire de facto.

Bien sûr, tandis qu’une partie substantielle du capital de Big Tech est produite par le public, il n’y a pas de bonne façon de calculer les contributions personnelles, ce qui rend impossible de calculer ce que devrait être le montant de nos actions individuelles. Mais cette impossibilité peut être transformée en vertu, par la création d’un fonds en fiducie public dans lequel les entreprises comme Google transfèreraient un pourcentage — disons de 10 % — de leurs actions. Soudain chaque enfant disposerait d’un fonds en fiducie, avec l’accumulation des dividendes fournissant un revenu de base universel qui augmenterait en proportion de l’automatisation et de manière à limiter les inégalités et à stabiliser la macro-économie.

Cette solution séduisante doit surmonter deux obstacles. Premièrement, nous avons tendance à concevoir la fiscalité comme une panacée. Mais un revenu de base universel financé par la fiscalité va déclencher à coup sûr une réaction chez les demandeurs d’emplois en difficulté qui ne comprendront pas la logique de subventionnement des oisifs, qu’ils soient riches ou pauvres. Deuxièmement, les actions sont généralement accordées seulement aux employés.

Certes il existe d’excellentes raisons pour imposer les bénéfices afin de financer les prestations pour les pauvres et pour les régimes d’actionnariat des travailleurs. Mais ce sont des questions distinctes de celle qui nous occupe : comment stabiliser la société en accordant des droits de propriété sur le capital de Google à tous ceux qui ont contribué à le créer, notamment les auxiliaires non-salariés, les emplois précaires et les laissés pour compte de la société.

Et puis, comme on peut s’y attendre, il y a l’illusion induite véhiculée par les défenseurs du statu quo. L’article Alphaville du Financial Times a récemment débouté le transfert d’un bloc d’actions de grandes sociétés de haute technologie, comme Google, à un fonds en fiducie public en présentant l’argument implicite comme une incapacité à reconnaître ce que Google fait pour nous. Pour rejeter les droits de propriété de la société sur les rendements du capital que nous, en tant qu’utilisateurs, avons créés, les défenseurs de Big Tech invoquent les importants surplus des consommateurs (la somme nous serions prêts à payer pour l’accès à des services gratuits tels que Gmail et Google Maps).

Ceci est un peu comme justifier la confiscation de vos actions dans une entreprise par l’argument selon lequel la société fournit des services précieux pour vous et pour les autres. En utilisant les services de Big Tech, nous fabriquons une partie de son capital en temps réel. Les droits de propriété sur cette partie - pour nous tous, plutôt que pour aucun d’entre nous - doit s’ensuivre.

L'auteur du texte est Yanis Varoufakis, ex-ministre des Finance de la Grèce et professeur d’économie à l'Université d’Athènes.

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Un orateur hors pair

Bernard Landry a été le péquiste qui m’a fait douter de ma ferveur fédéraliste. Acadien d’origine québécoise, il était un orateur hors pair, un homme persuadé et très convaincant avec sa grande connaissance de l’histoire. Il argumentait avec habileté. Le cousin québécois avait l’humilité de l’Acadien, un grand homme d’État, un géant de la politique qui a su mettre ses connaissances au service de ses électeurs du parti et de la patrie. C’était l’intégrité même : un de ces rares politiciens qui n’a jamais connu le scandale. 

Serge Landry, Gatineau


Une neige hâtive

Ce n’est pas la première année qu’il tombe de la neige au début de novembre. À l’automne 2011, il était tombé plus de 30 centimètres à la même époque. On se rappelle seulement des dernières années où novembre fut exceptionnellement chaud. Comme tous les chasseurs, nous suivons de proche la température. 

Afin de bien s’y préparer, le bois de chauffage est bien déjà cordé au mois de mai et prêt à servir dès les premiers froids ! 

Luc Chamberlain, Haute-Gatineau


Le programme à McGill

Ai-je mal lu ? Pour les jeunes diplômés les plus brillants du CÉGEP de l’Outaouais qui veulent s’inscrire en médecine, ils doivent aller étudier en anglais pendant un an à Montréal ? Pourquoi iraient-ils à Montréal, payer le transport, l’hébergement, la nourriture, au lieu de demeurer chez leurs parents en Outaouais et d’aller étudier la médecine en français à l’Université d’Ottawa ? C’est ce qui se fait depuis des décennies non ?

En vertu du soi-disant statut particulier de 20 millions $, on devrait dégager 300 000 $ pour les 20 étudiants de l’Outaouais. Chacun devrait recevoir une bourse non remboursable de 15 000 $ chacun, du ministère de la Santé du Québec, pour assumer les coûts de cette année d’étude obligatoire à Montréal. 

Antoine L. Normand, Gatineau

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Soigner excessivement est hélas possible

Selon la sagesse populaire, « plus » vaut mieux que « moins ». Et ainsi en est-il de la lourdeur et du nombre des traitements médicaux dont nous croyons avoir besoin. Car, inspirés par leurs lectures dans l’Internet, patients et familles s’attendent désormais à des batteries de tests et de traitements intensifs, à toutes les phases de la vie.

Cependant, l’excès des traitements peut causer plus de tort que de bien. Cela est vrai à tous les âges de la vie, mais en particulier chez les personnes âgées fragilisées. La probabilité est en effet beaucoup plus grande pour eux de subir des traitements présentant des risques importants.

Alors qu’elles sont pourtant beaucoup moins susceptibles de bénéficier des traitements de maintien de leurs fonctions vitales, les personnes âgées fragiles sont beaucoup plus susceptibles d’en recevoir.

Ainsi, des chercheurs ont pu récemment démontrer que l’acte médical fréquent dans les hôpitaux qui consiste à ventiler artificiellement les personnes âgées très malades, loin d’améliorer leurs chances de survie, les diminuait au contraire. 

Selon une autre étude, 31 % des patients âgés de 65 à 74 ans ayant subi une ventilation artificielle d’urgence recevaient leurs autorisations de sortie d’hôpital, comparativement à 19 % pour les personnes de 80 à 84 ans. Et, pour les patients de plus de 90 ans, ce pourcentage s’abaissait à 14 %. Cependant, ces chiffres atterrants ne disent pas tout.

Seul un faible pourcentage des personnes âgées qui survivent après une ventilation artificielle recouvrent le niveau de leurs fonctions vitales antérieur à leur maladie.

En revanche, le recours à des formes moins invasives de maintien des fonctions vitales, telle l’utilisation d’un masque respiratoire facial pour les patients qui refusent l’insertion d’un tube raccord dans leurs poumons, peut donner de bons résultats. Pourquoi? Le patient n’aura peut-être pas besoin d’être admis au service de soins intensifs — alors que cela serait nécessaire dans l’hypothèse de l’utilisation d’un tube raccord — il ne requerra peut-être pas une sédation importante, il pourra peut-être boire et parler avec les membres de sa famille et ses amis, améliorant ainsi sa qualité de vie.

En dépit de cela, bien que les traitements de maintien des fonctions vitales n’accroissent guère les chances d’un mieux-être dans la dernière phase de la vie, on les administre couramment, ce qui cause des souffrances inutiles et l’abaissement de la qualité de vie.

Également préoccupant est notamment le surtraitement des personnes âgées fragilisées atteintes de diabète. Un taux sanguin de sucre insuffisant peut provoquer évanouissements et chutes causant des blessures, l’immobilisation et, parfois, le placement en établissement. Quoique le contrôle du diabète chez les personnes plus jeunes soit nécessaire afin de prévenir les complications, les personnes âgées sont moins susceptibles de bénéficier d’un tel contrôle, car leur durée de vie restante pourrait être trop courte pour que des complications surviennent.

Le nombre croissant des médicaments pris par les personnes âgées constitue un autre motif d’inquiétude. On estime que près des deux tiers des personnes de plus de 65 ans reçoivent des ordonnances d’au moins cinq médicaments et, plus d’un quart, des ordonnances de dix médicaments, qui doivent souvent être pris plusieurs fois par jour. Les risques d’effets nocifs, d’interactions médicamenteuses, d’hospitalisation et de résultats d’ensemble médiocres augmentent avec le nombre des médicaments.

Selon certaines études, la réduction du nombre des médicaments qui ne sont plus appropriés pour la phase de la vie du patient ne provoque pas d’effets indésirables et, dans certains cas, donne de meilleurs résultats.

Par conséquent, que peut-on faire à propos du possible surtraitement des personnes âgées fragilisées?

Premièrement, il faut bien planifier les soins et discuter franchement de la fin de la vie avec nos êtres aimés fragiles. Il est crucial de connaître à l’avance leurs préférences, car de telles discussions peuvent devenir impossibles en état de crise.

La liste des médicaments devrait aussi être revue régulièrement. Les besoins de médicaments peuvent se modifier avec le temps et il faut donc les revoir pour déterminer s’ils conviennent encore, au regard de l’état de santé actuel.

En ce qui a trait aux politiques, il convient de prendre conscience que les interventions médicales ont leurs limites et que nos gouvernements doivent investir pour améliorer la qualité de la vie en bonifiant les soins à domicile, les soutiens sociaux et les options de soins palliatifs pour les Canadiens plus âgés souffrant d’affections chroniques et de fragilité. 

Comme notre population vieillit et que de nombreuses personnes vivent plus longtemps que jamais auparavant, faisons en sorte que les années qui nous sont données en plus soit de qualité. Et cessons de croire que « plus » vaut mieux en ce qui a trait aux interventions médicales chez les personnes âgées.

L'auteur du texte est John Muscedere, MD, directeur général du Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées et intensiviste au Centre des sciences de la santé de Kingston.

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Le vrai charisme

Jean Sans-Cartier est mort le 6 novembre, mais la flamme qu’il a allumée en moi brûlera pour toujours. Je remercie le Seigneur que nos chemins se soient croisés. Il a été parmi les premiers à m’accueillir en 1977, a marié nos enfants, a célébré notre anniversaire de mariage, a enterré mon papa et, de près mais plus souvent de loin, a été mon guide spirituel.  

Beaucoup parleront des grandes qualités de Jean comme imprésario de premier plan : concevoir, mener et animer avec succès plein de projets rassembleurs chrétiens. Combien d’entre nous avons répondu à son appel à l’aide ? Le vrai charisme de Jean Sans-Cartier, son don du ciel, c’était son habileté extraordinaire de rendre vivante, actuelle et pertinente la Parole de Dieu. À chaque messe, il a su par ses mots, ses analogies, sa profondeur, ses exemples, son humour, sa voix, son regard et ses gestes non seulement nous transmettre l’essence même des textes bibliques, mais il a réussi à nous donner la confiance de passer à l’action au nom du Christ. Alors que nos églises se vident, Jean, paradoxalement, a réussi à les remplir, attirant même de nouvelles conversions.  

À bien y penser, je ne crois pas que Jean lui-même n’est pleinement conscient de la soif des fidèles pour la Parole et du rôle critique qu’ils jouent pour nous aider à la comprendre. Que pouvons-nous apprendre de Jean Sans-Cartier ? Que nos prêtres s’en inspirent pour se recentrer sur leur rôle de pasteurs de la Parole.

Richard Rochefort, Cantley


Le démarrage de Zu

Guy Laliberté a réussi à convaincre deux ministères de lui verser 640 000 $ pour démarrer Zu, un « hub » créatif qui veut donner une aide à de jeunes entrepreneurs. C’est en juin que le ministère des Affaires municipales a approuvé une subvention de 500 000 $ sur deux ans à Zu. Aucun communiqué n’a été publié !

Et dire que le gouvernement à Québec, malgré ses nombreux élus du Parti libéral en Outaouais a été incapable d’accorder la moindre subvention pour sauver le Petit train de Wakefield (secteur Hull), pourtant un attrait touristique et une icône pour Gatineau. Aujourd’hui, les vestiges du Petit train, les wagons, ont été vendus pour 1000 $. Révoltant !

M. Renaud, Gatineau

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Flexitarisme au menu

Les véganes et les végétariens prennent de plus en plus de place sur le marché et non seulement sur les tablettes d’épiceries. En restauration, le secteur n’a vraiment plus le choix de s’adapter.

En restauration rapide, le succès du « Beyond Burger » chez A&W en a surpris plus d’un cet été. D’ailleurs, pendant un bon moment, les ventes du « Beyond Burger » surpassaient celles du produit vedette de la chaîne, le « Teen Burger ». Le « Beyond Burger » qui contient une galette à base de protéines végétales est un véritable coup de maître puisque le goût du produit en confond plusieurs. Il n’y a qu’une légère différence entre le goût d’une véritable galette de viande et celle du « Beyond Burger ».

C’est un peu la même chose ailleurs. Chez McDonalds, on peut commander un Big Mac sans viande, ne contenant aucune protéine. Les guichets libre-service de ses restaurants affichent même la photo d’un Big Mac sans viande, avec le pain, la laitue, la tomate, la sauce, et c’est tout. Une image qui frappe. Pendant des années, McDonalds se positionnait comme un ambassadeur important de la filière bovine canadienne. C’est un revirement des plus surprenants.

Il y a plus d’une décennie, plusieurs chaînes telles que Burger King et McDonalds avaient tenté leurs chances avec un « végé-burger »... au goût exécrable. Aujourd’hui, les entreprises tentent d’offrir un produit quasiment semblable, libre de protéine animale, sans nécessairement marginaliser l’exercice. L’achat d’un « Beyond Burger » devient pratiquement un geste populiste qui permet à plusieurs personnes de suivre une tendance, sans s’adresser uniquement à ceux qui rejettent la viande de leur assiette. Plusieurs carnivores invétérés se laissent même parfois tenter.

En effet, ces produits rejoignent un marché qui outrepasse le mouvement anti-viande. Bien sûr, ce mouvement est bien entamé au Canada, surtout chez les jeunes. Mais il s’accompagne aussi d’un autre mouvement important chez les moins jeunes : le flexitarisme. Le dictionnaire Robert n’a intégré ce mot que cette année seulement, même si le terme anglais s’utilisait depuis au moins 20 ans. Le flexitarisme est principalement un végétarien à temps partiel. Le flexitarisme permet à quiconque de suivre une pratique alimentaire flexible, selon les circonstances. Certains consommateurs se posent des questions sans vouloir changer leur mode de vie. Et selon un récent sondage de l’Université Dalhousie, pratiquement la moitié de ces derniers sont des baby-boomers, des carnivores sensibilisés par une panoplie de facteurs tels que l’environnement, le bien-être animal, le prix et la santé. Autrement dit, les baby-boomers commencent à penser à leur alimentation de manière différente. Mais surtout, ces derniers sortent souvent pour aller manger au restaurant, vivent et côtoient de plus en plus de végétariens ou de véganes.

Alors les restaurants s’adaptent, autant au niveau de la restauration rapide que de la fine cuisine. Partout au pays, on retrouve maintenant aisément des restaurants végétariens ou même véganes. Les menus de restaurants grand public osent aussi offrir des options végétariennes et véganes. Le même sondage dirigé par l’Université Dalhousie démontre que certains sont plus satisfaits que d’autres de l’offre en restauration.

Incontestablement, ceux n’ayant aucune préférence diététique semblent bien servis. Les végétariens et les flexitariens aussi jusqu’à un certain point. Les végétaliens semblent moins satisfaits que les autres. Au total, 31 % des végétaliens se disent satisfaits ou très satisfaits, comparativement à 77 % pour les consommateurs sans caprice en rapport à la viande ou aux produits animaliers. Une différence contrastante. Autrement dit, les véganes doivent visiter essentiellement des restaurants consacrés au véganisme pour trouver leur compte. Pas surprenant, puisque ce mode de vie n’accepte aucun compromis. Les flexitariens quant à eux, s’avèrent satisfaits à 71 %.

Près d’un Canadien sur cinq suit une diète tendant à réduire ou éliminer la viande. Donc au sein d’un groupe ou d’une famille de cinq, il y a de fortes chances de retrouver au moins une personne qui désire autre chose que de la protéine animale. Le calcul se fait donc facilement et les restaurants doivent miser sur l’inclusion. Pour séduire les flexitariens, ces options s’offrent comme des choix très ordinaires, sans tambour ni trompette. Ceux-ci représentent le pont entre la masse et ceux qui rejettent la protéine animale. Rassurez-vous, ces plats goûteront et ressembleront à ceux qui renferment des protéines animales, comme le « Beyond Burger » le fait si bien.

Les mouvements du végétarisme et du véganisme ne s’arrêteront pas de sitôt. Les jeunes de la génération Z et les milléniaux se mobilisent et imposent leurs préférences. Plus de 63 % des végétariens et véganes ont 38 ans ou moins présentement. La plupart des restaurants devront les écouter pour survivre tout en satisfaisant les flexitariens qui veulent de temps en temps suivre la parade des anti-viandes.

L'auteur est Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

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Francophonie: une histoire de chiffres et de réalités

Dans une lettre dans Le Droit («Mise au point sur la francophonie dans la foulée de l’affaire Bombardier», 7 novembre), François Charbonneau remet en cause l’utilisation, par notre organisme, du chiffre de 2,7 millions pour décrire le fait français dans les neuf provinces et trois territoires où se trouvent les communautés francophones et acadiennes que nous servons. Ce chiffre correspond à ceux et celles qui connaissent le français, qu’il s’agisse de leur langue maternelle ou non. La lettre de M. Charbonneau faisait écho au débat suscité par la mention de ces 2,7 millions à l’émission « Tout le monde en parle » dimanche dernier.

Dans ce débat, cette semaine, certains ont joint leur voix à celle de M. Charbonneau pour prôner des définitions plus restreintes de la francophonie. Il y en a même qui avancent que seuls ceux et celles qui ont le français comme langue maternelle, et ceux et celles qui parlent français le plus souvent à la maison, devraient figurer dans cette petite case statistique francophone.

À lire également : Mise au point sur la francophonie dans la foulée de l’affaire Bombardier

Or, selon cette définition, trois des employés et employées de la FCFA ne sont plus des francophones. Deux sont nés respectivement au Burundi et au Chili et ont une autre langue maternelle que le français ; le troisième parle à égalité le français et l’anglais à la maison. Trouvez l’erreur.

Nous sommes en 2018. La francophonie a changé. Près de 30 % des francophones de la Colombie-Britannique et 26 % de ceux et celles de l’Alberta ne sont pas nés au Canada. Un nombre croissant de personnes de langue anglaise vivent en partie en français à la maison parce que leur conjoint ou conjointe est francophone et leurs enfants fréquentent nos écoles.

Bien sûr que les 2,7 millions de personnes qui parlent le français ailleurs qu’au Québec ne s’identifient pas tous comme francophones. Mais ces parents de langue anglaise qui participent aux activités en français à l’école de leurs enfants, ces gens issus de l’immersion qui font la fête au Festival du Voyageur à Saint-Boniface, participent-ils à la vie de la communauté francophone? De plus en plus, la réponse est oui.

La question n’est pas de savoir s’ils sont francophones ou non. La question est de savoir si, peu importe comment ils s’identifient eux-mêmes, ils font partie de cette expérience quotidienne qui s’appelle la francophonie. Qui sommes-nous pour statuer sur leur appartenance? Qui sommes-nous pour trier qui se situe à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur?

Si on nous donne le choix entre deux statistiques foncièrement imparfaites pour dépeindre tout le spectre des façons de s’identifier à la francophonie ou d’y participer, nous ferons toujours le choix de la plus inclusive. C’est une question d’ouverture. Une question de non plus uniquement protéger la francophonie, mais aussi la partager.

Différentes statistiques dépeignent différentes facettes d’une réalité et sont utiles dans différents contextes. Autour du noyau dur formé de 1,1 million de personnes pour qui le français est la principale langue de communication, peu importe leur langue maternelle, il y a ce fruit de 1,6 million de personnes qui ont appris le français et l’utilisent beaucoup, modérément ou un peu dans la vie quotidienne. Le potentiel de croissance de la francophonie, il est là. Et dans le cas qui nous occupe, le public de Radio-Canada et de l’émission Tout le monde en parle – qui, à ce que l’on sache, n’ont pas comme mandat de s’adresser aux seuls francophones de langue maternelle – il est là.

Utiliser ce chiffre ne revient pas à nier le défi majeur de l’assimilation. Pas plus que de corriger les propos de Denise Bombardier sur la disparition de nos communautés ne revient à dire que tout va bien en francophonie. Trouver des solutions à ce défi majeur? Oui, absolument, et nous y travaillons à chaque jour. Continuer d’exclure systématiquement les immigrants et immigrantes qui ont choisi le français, les gens qui se battent à nos côtés et participent à nos communautés? Non, cent fois non.

Si notre francophonie existe toujours dans 40 ans, elle sera portée non plus seulement par les enfants qui sont présentement dans nos écoles, mais aussi par tous ceux et toutes celles qui ont choisi de vivre une partie de leur vie en français, peu importe leur origine ou leur langue maternelle.

Autant commencer à les inclure maintenant.

L'auteur est Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

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Honneur et liberté

Compagnon de route de René Lévesque, Bernard Landry a pris part à tous les combats des 50 dernières années. Il avait la vocation du service public au oint même de devenir premier ministre. Il a su durer dans le milieu ingrat de la politique parce qu’il a placé son existence sous le signe de la fidélité à un idéal qui mérite bien des sacrifices personnels.

Si le Québec a connu avec la Révolution tranquille un formidable élan, son histoire ne commence pas avec elle. Bernard Landry a toujours su que la souveraineté-association appartenait au peuple québécois.

Au-delà de la dimension économique, il a souvent rappelé que l’indépendance est en dernière instance une simple question d’honneur et de liberté. M. Landry était et demeure le représentant d’une conception essentielle du projet souverainiste. Il savait que l’aspiration à cette cause venait des profondeurs de notre passé même si elle s’est transformée en projet réalisable politiquement avec le Québec d’aujourd’hui.

Philippe Racine, Hull

***

La guerre, yes sir

Qu’ont-ils les hommes 

À tout détruire ?

À faire la guerre à tout propos

Plus gros canons, plus gros fusils

Après l’atome, le coquelicot

Tuer pour vivre

Vivre pour tuer

Femmes et enfants, 

Pères et aïeuls

Pour une colline, pour un caillou

Prendre le bien de son voisin

Se glorifier le torse bombé

Piqué d’étoiles et fière allure

Alors que l’autre sous la verdure

N’a plus de mots pour se défendre

Fini la vie, fini l’espoir

La guerre ? Yes sir !

Et allons boire.

Sylvia Pelletier Gravel, Gatineau

***

Le programme à McGill

Ai-je mal lu ? Pour les jeunes diplômés les plus brillants du CEGEP de l’Outaouais qui veulent s’inscrire en médecine, ils doivent aller étudier en anglais pendant un an à Montréal ? Pourquoi iraient-ils à Montréal, payer le transport, l’hébergement, la nourriture, au lieu de demeurer chez leurs parents en Outaouais et d’aller étudier la médecine en français à l’Université d’Ottawa ? C’est ce qui se fait depuis des décennies non ?

En vertu du soi-disant statut particulier de 20 millions $, on devrait dégager 300 000 $ pour les 20 étudiants de l’Outaouais. Chacun devrait recevoir une bourse non remboursable de 15 000 $ chacun, du ministère de la Santé du Québec, pour assumer les coûts de cette année d’étude obligatoire à Montréal. 

Antoine L. Normand, Gatineau

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Pourquoi McGill ?

L’idée d’implanter une faculté de médecine en Outaouais est justement de donner aux francophones la possibilité d’entreprendre des études en médecine en français en Outaouais et d’espérer qu’ils s’établissent ici après leurs études. Pourquoi l’Université McGill est-elle responsable de son implantation ? Ceci découle d’un partage du territoire québécois entre les universités québécoises pour ce qui est de l’offre de certains services. McGill aurait hérité de l’Outaouais. Alors c’est à McGill de s’adapter au milieu et non le contraire. Après bien des débats, McGill garantit maintenant l’enseignement en français à 100 % lorsque la faculté ouvrira ses portes. On leur demande tout simplement de faire de même pour l’année préparatoire et que celle-ci ait lieu en Outaouais plutôt qu’à Montréal. 

La correspondante Monique Dubois-Roy (« Question linguistique », Le Droit, 6 novembre) a tout à fait raison que de parler plusieurs langues est un atout, mais ici on parle de langue d’enseignement. Si on veut apprendre une autre langue, on suit les cours appropriés.

Gilles LeBlanc, Gatineau

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Merci à Bernard Landry

Il m’est arrivé, quand j’étais à l’ÉNAP (École nationale d’administration publique), d’avoir Bernard Landry comme professeur d’économie internationale. Il venait à Hull une fois par semaine pour donner ses trois heures de cours. Je ne suis sûrement pas le seul à me souvenir de M. Landry comme d’un maître brillant et convaincant. C’était aussi un homme de grande culture, de vision et de conviction. Un privilège pour moi de l’avoir connu.

Gilbert Troutet, Gatineau

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Merci au Droit !

Pour faire suite à une rencontre du comité des bâtisseurs du Monument de la francophonie Embrun et la région, le 7 novembre 2018, les membres voudraient remercier le journal Le Droit pour l’excellente couverture accordée à ce grand projet. De la première pelletée de terre le 25 septembre 2017, jusqu’à son inauguration officielle le 30 novembre dernier, vos journalistes ont su propager ce beau rêve communautaire et faire connaître chacune des étapes de sa réalisation. Particulièrement, merci à Martin Brunette et Émilie Pelletier pour leur collaboration et leurs couvertures médiatiques. Le Droit fait une différence à la promotion de notre francophonie et ce dans notre belle région de l’Est de l’Ontario.  

Au nom du Comité des bâtisseurs du Monument de la francophonie Embrun et la région, nous vous prions d’agréer l’expression de notre respectueuse reconnaissance.  

Daniel Pierre Bourdeau, Monument de la francophonie d’Embrun

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L’autre regard sur SLÀV

La controverse autour de SLÀV aura été le débat de société le plus marquant de l’été 2018. L’enjeu demeure la représentativité des peuples historiquement opprimés (l’esclavage des Noirs) dans les pièces de théâtre portant sur certains aspects de leurs souffrances. Dans le pluralisme culturel actuel de nos sociétés, la demande de visibilité et représentativité des artistes issus des communautés culturelles dans le monde des arts est irréversible. Elle ira en grandissant. Le débat sur SLÀV restera donc inachevé s’il ne débouche pas sur des solutions appropriées.

Dans le débat sur l’annulation de « l’odysée théâtrale à travers les chants d’esclaves » de Betty Bonifassi et de Robert Lepage, la plupart des auteurs s’accordent pour dire qu’il s’agit d’une « censure », une remise en cause de la liberté d’expression des artistes. Ce serait les conséquences de l’utilisation, par Collectif SLÀV Résistance d’artistes Noirs, du concept « flou » d’« appropriation culturelle ».

Mais à partir de cette affirmation, les interventions n’ont été que du sophisme de l’« appropriation culturelle » et du nihilisme de l’existence socio-historique des races, de la singularité de la barbarie de l’esclavage des Noirs. La « patate » d’Amérique introduite dans le repas de Louis XIV ou le partage entre Haïtiens et Québécois du « riz djon djon », de la tourtière et de la tarte au bleuet seraient de l’ « appropriation culturelle ». Il n’y aurait pas eu de « Demoiselles d’Avignon» si Pablo Picasso n’avait pas emprunté à l’esthétique des « primitifs africains » (sic expression utilisée par d’aucuns).

Tous ces exemples ne sont pas de l’« appropriation culturelle », puisque ce concept sous-tend les termes de domination, d’exploitation, d’oppression d’un peuple par un autre. Partager des repas d’origines ethniques différentes n’est pas une exploitation de l’un par l’autre, mais des échanges de bons procédés, de convivialité. En s’inspirant de ce qu’on appelle « Arts nègres » pour ses œuvres, Pablo Picasso n’a fait que reconnaître et rendre hommage au génie esthétique des Africains « primitifs ». Les peintures de Picasso résultent du métissage harmonieux des cultures négro-africaine et la latine. Dans tous ces cas, il s’agit de ce Senghor appelle le « dialogue des cultures ».

Le nihilisme. Certains participants au débat vont jusqu’à dire que « le tragique n’a pas de race », que les « faits historiques ne sont la propriété exclusive d’aucune communauté ». Au de la censure, causée par la « tyrannie de minorités intolérantes », on en vient à banaliser et à comparer, aux autres types d’esclavage ayant existé dans l’histoire, la barbarie de la traite « atlantique » des Noirs dont les effets se font encore sentir à travers la profonde empreinte laissée chez les communautés noires des deux Amériques, par l’imaginaire de siècles d’esclavage.

Mais la réalité historique et sociologique demeure qu’il existe une condition de Noir. 

« La Négritude, écrit Aimé Césaire, n’est pas essentiellement de l’ordre biologique : ce que les Noirs ont en commun, c’est le fait qu’ils se rattachent d’une manière ou d’une autre à des groupes humains qui ont subi les pires violences de l’histoire, des groupes qui ont souffert et souvent souffrent encore d’être marginalisé et opprimés ». Dans ce cas, on peut comprendre que des artistes Noirs, pour la plupart originaires des deux Amériques, réclament une présence relativement significative dans la mise en scène de SLÀV.

La débat ne sera bien terminé qu’à certaines conditions. Le monde artistique québécois et canadien doit reconnaître que la race et les constructions raciales sont des réalités sociales. La mise en scène des pans douloureux de l’histoire des peuples doit en tenir compte en terme de représentativité des acteurs. Un dialogue constant doit se faire entre les artistes de diverses communautés ethnoculturelles. À l’instar des politiques de l’éthique de la recherche avec des êtres humains (un domaine de créativité aussi), on pourrait élaborer des politiques de l’éthique de la créativité artistique pour baliser également la liberté de l’artiste. Tout cela pourrait émaner des États généraux du monde de arts et de la culture.

L'auteur est Yao Assogba, professeur émérite à l'Université du Québec en Outaouais.