Hassan Rouhani, président d'Iran
Hassan Rouhani, président d'Iran

Vague d’exécutions alarmante en Iran

OPINION / Deux prisonniers politiques kurdes ont été exécutés par le régime des mollahs dans la prison d’Oroumieh dans la matinée du 14 juillet dernier. Diako Rasoulzadeh et Saber Sheikh Abdullah avaient été arrêtés en 2014 et condamnés à mort sur l’accusation de «Moharebeh» (faire la guerre à Dieu) au tribunal révolutionnaire de Mahabad, après un an de torture. Le verdict a ensuite été confirmé par la Cour suprême des mollahs.

Le même jour, deux autres prisonniers ont été exécutés dans la prison de Gorgan, tandis que le 11 juillet, cinq hommes ont subi le même sort dans la prison de Gohardacht, ainsi qu’un prisonnier dans la prison centrale de Shiraz le 17 juillet. Le porte-parole du pouvoir judiciaire du régime a annoncé que la Cour suprême avait confirmé la condamnation à mort de trois détenus de l’insurrection de novembre après plusieurs semaines de controverses.

Amir Hossein Moradi (26 ans), Saeed Tamjidi (28 ans) et Mohammad Rajabi (26 ans) ont été arrêtés après avoir participé aux soulèvements de novembre dernier. La condamnation à mort a été confirmée après une longue période de torture et d’aveux forcés. Le porte-parole a également annoncé l’exécution de Reza Askari, un employé retraité du ministère de la Défense.

Le 10 juillet, Amnesty International a publié un communiqué dans laquelle elle condamnait l’exécution d’un homme de 55 ans pour avoir bu de l’alcool. La directrice régionale adjointe de l’institution pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Diana Eltahawy, a déclaré: « Les autorités iraniennes ont, une fois de plus, mis à nu la cruauté et la barbarie de leur système judiciaire en exécutant un homme simplement pour avoir bu de l’alcool.» Et elle a ajouté: « La victime est la dernière personne à avoir été exécutée dans la prison de Valkalibad [la ville de Machhad], le site de nombreuses exécutions de masse secrètes et un théâtre grotesque du mépris de l’Iran pour la vie humaine. »

Les exécutions qui ont eu lieu à la fois pour avoir bu des boissons – ce qui ne s’est pas produit même à l’époque de Khomeiny – et pour avoir porté des vêtements inadéquats, indiquent que plongé dans une corruption systématique, ce régime médiéval n’est pas en harmonie avec les temps modernes. Ce ne sont là que des excuses pour supprimer et contrôler la société.

«Les émeutes urbaines sont la source d’inquiétude de l’été 2020. En ce qui concerne la grande pauvreté, l’épidémie de Coronavirus, et la population pauvre désespérée qui n’a pas de solution pour elle, nous devons être inquiets», a publié le quotidien Mostaghel le 5 juillet.

Cette inquiétude est très claire dans les déclarations du ministre iranien de la Santé, Saeed Namaki. Après quelques jours d’absence, il a déclaré: « Nous avons lu les rapports de sécurité. C’est un problème grave que la population atteigne un point d’éruption de la pauvreté. Le Président et les forces de sécurité doivent penser aux moyens de subsistance (des gens) pour éviter une éruption.» (Irna 8 juillet).

Mardi dernier, le 14 juillet, Mohammad Reza Habibi, le chef du département de la justice du régime théocratique à Ispahan, a exprimé sa crainte de nouveaux soulèvements. L’agence de presse Mehr le cite: «Faites savoir aux marionnettes de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) que si quelque chose tourne mal, comme ce qui s’est passé en 2009, en décembre 2017, en janvier 2018 et en novembre 2019, nous réagirons de manière décisive. Le verdict de corruption sur terre a été approuvé pour huit cas liés aux incidents mentionnés. La corruption sur Terre est le fait du régime et est punie de mort.»

La théocratie iranienne peut-elle bloquer ce mouvement en recourant à ces exécutions? L’expérience de la chute de tous les dictateurs et régimes despotiques dit NON à cette question.

Hamid Enayat

Basé en Europe, l’auteur est un analyste des questions iraniennes