François Roy a décidé de quitter ses fonctions d’administrateur/président au sein du conseil d’administration de Mon Chez Nous.
François Roy a décidé de quitter ses fonctions d’administrateur/président au sein du conseil d’administration de Mon Chez Nous.

Une démission crève-cœur

Le jeudi 28 mai dernier, après avoir proposé l’idée en 1996, contribué à sa mise sur pied et m’y être intensément impliqué sans relâche depuis cette époque, j’ai pris la décision de quitter, bien malgré moi, mes fonctions d’administrateur/président au sein du conseil d’administration de l’OSBL d’habitation Mon Chez Nous (MCN).

Cette décision crève-cœur est liée à une décision, précipitée et complètement insensée de la majorité des membres du conseil d’administration (CA) de MCN. Une décision prise lors d’une rencontre spéciale tenue le mercredi 27 mai dernier afin de combler un poste à la direction générale de cet OSBL d’habitation novateur de lutte à l’itinérance. Malgré la préférence de deux membres sur trois du comité de dotation, la majorité des membres du CA (5 sur 8) ont préféré opter pour la recommandation de Mme Diane Tremblay, directrice générale sortante, en soutenant la candidature de M. Éric Tremblay (sans lien de parenté avec Diane Tremblay), directeur adjoint à MCN depuis les deux dernières années.

Une décision adoptée rapidement et de façon précipitée. Une précipitation bafouant l’ensemble des principes d’éducation populaire et qui me laisse perplexe sur la véritable compréhension des enjeux de ce vote auprès des deux représentants des locataires, ceux-ci ayant opté pour M. Éric Tremblay parce qu’ils connaissaient ce dernier et non pas l’autre candidate.

Ce choix ahurissant qui, en fin de compte, fait en sorte d’exclure une candidate militante ayant plus de 14 ans d’expérience dans le domaine de la gestion du logement social et de la lutte à l’itinérance; une candidate appuyée par trois membres du CA sur huit, dont M. Jacques Boucher, sociologue et professeur retraité de l’Université du Québec en Outaouais, un des membres fondateurs de cet organisme, qui a également démissionné du CA.

Assumer la direction d’un OSBL d’habitation avec soutien communautaire comme MCN, un organisme qui est propriétaire d’un parc de 144 logements répartis dans huit immeubles et qui gère un autre parc de 65 unités familiales, propriété des Habitations Unies Vers Toit, nécessite des connaissances et une expérience pointues dans les domaines social, communautaire, immobilier, financier, légal, administratif et politique. C’est un organisme qui nécessite également une connaissance exhaustive des différents bailleurs de fonds et de plusieurs programmes publics, notamment avec la Société d’habitation du Québec, le CISSS de l’Outaouais (programme PSOC), Service Canada (programme Vers un chez soi), Office d’habitation de l’Outaouais (programme de supplément au loyer) et Centraide Outaouais.

Mon Chez Nous n’est pas qu’un simple OSBL d’habitation. C’est également un organisme communautaire autonome de lutte à l’itinérance; un organisme novateur qui vise le changement social et le respect du droit au logement tel que reconnu par l’ONU. Sa mission première n’est pas uniquement d’assurer la pérennité de son parc immobilier afin d’assurer le respect du droit au logement des dizaines de ménages vulnérables qui y habitent, mais également d’assurer celle, tout aussi essentielle, du développement de nouveaux projets à prix modique avec soutien communautaire afin de pouvoir offrir un logement convenable aux centaines de ménages mal logés qui souhaitent y habiter. Depuis sa mise sur pied en 1996, son histoire est pétrie d’actions collectives visant à assurer le respect de ce droit fondamental.

Fruit d’une mobilisation d’une vingtaine d’organismes communautaires de Gatineau impliqués dans la lutte à l’itinérance, c’est aussi un organisme qui estime que cette lutte doit passer par une solide vie associative et avec de robustes liens de solidarité et de partenariat. C’est pour ça qu’il soutient une association de locataires à l’interne ; qu’il a contribué à la mise en place du Regroupement des OSBL d’habitation et d’hébergement avec support communautaire en Outaouais (ROHSCO) et du Collectif régional de lutte à l’itinérance de l’Outaouais (CRIO); qu’il siège sur une multitude de tables de concertation axées sur les problématiques du logement et de l’itinérance et qu’il est membre du FRAPRU.

Afin d’assurer adéquatement sa mission, Mon Chez Nous est aussi un organisme qui joue un rôle important au niveau de la représentation politique et des communications publiques. Dans leurs fonctions, la direction et la présidence doivent être en mesure de faire les représentations nécessaires auprès des agents administratifs et politiques des différents paliers gouvernementaux (fédéral, provincial et municipal) et d’assurer des communications essentielles avec les médias sociaux et de masse.

Engagé à poursuivre sa mission, l’organisme est présentement impliqué dans la réalisation d’un projet de logements de transition atypique (hors programme) de 45 unités s’adressant à des personnes seules en situation d’itinérance qui logent présentement à l’Aréna Guertin et au Gite Ami (un projet modulaire qui pourrait se réaliser en moins de 3 mois si la ville de Gatineau acceptait de prêter rapidement un terrain adéquat) ainsi que dans deux autres projets d’envergure de logements abordables permanents.

Avec la sévère crise du logement et l’augmentation fulgurante du phénomène de l’itinérance dans notre région, Mon Chez Nous devrait jouer un rôle primordial au cours des prochains mois et des prochaines années pour aider à résorber cette situation inadmissible et respecter sa mission.

Malgré tout le respect et l’estime que j’ai pour M. Éric Tremblay, une personne que j’ai côtoyée et appréciée depuis les deux dernières années, j’estime, au même titre que les deux autres administrateurs minoritaires, que ce dernier n’a pas les compétences, l’expérience et les qualités requises pour assurer pleinement et rapidement une fonction aussi importante, complexe et stratégique.

Un constat partagé également par Mme Tremblay, DG sortante et deux autres membres de l’exécutif qui ont malgré tout soutenu la candidature de M. Éric Tremblay parce que ce dernier a fait preuve d’un dévouement exceptionnel depuis son arrivée à Mon Chez Nous tout en mentionnant qu’il aurait l’occasion de parfaire ses connaissances au cours des prochaines années.

Depuis quand sélectionnons-nous une candidature à un poste de direction générale d’une organisation aussi importante que Mon Chez Nous à partir de principes fondés sur la base du dévouement et d’un mérite reconnu ? Beaucoup d’autres personnes se sont dévouées dans cette organisation. Depuis quand attribue-t-on des responsabilités administratives, sociales et politiques à une personne qui aurait des apprentissages évidents à faire à cet égard, alors qu’une autre candidature détenait les qualifications éprouvées à cet effet dans la direction d’une autre organisation du même type d’intervention dans le même secteur ? N’ayant aucune ressource à l’interne et au sein du conseil d’administration en place détenant l’expertise nécessaire, qui va parfaire les connaissances manquantes du nouveau directeur ?

Le monde de l’habitation communautaire en Outaouais est un bien petit monde où la grande majorité des acteurs impliqués se connaissent et ont souvent l’occasion de se côtoyer. C’est le cas pour la candidate que je soutenais. Mme Louise Bourgeois, trésorière et M. Donald Roy (aucun lien de parenté avec moi), vice-président de MCN, m’ont reproché d’être en conflit d’intérêts à cet égard. Une accusation gratuite et humiliante.

Depuis sa fondation en 1996, j’ai consacré dans cette organisation des heures incroyables de bénévolat ainsi que mon cœur, mes connaissances et mes tripes. J’y ai consacré, sans compter, des soirées, des fins de semaine et des vacances annuelles entières pour la soutenir, pour l’aider à avancer et à traverser ses moments les plus difficiles. Le seul intérêt qui m’a animé pendant toutes ces années, c’est la réussite et le développement de MCN. Je n’ai aucun lien d’intérêt avec la personne que je soutenais. Si elle avait été sélectionnée, je ne vois vraiment pas en quoi j’aurais pu en tirer certains bénéfices ou avantages autres que de voir MCN être sous la gouverne d’une des meilleures expertes régionales en ce domaine et d’être rassuré pour l’avenir de MCN.

À moins d’ignorer de l’information qui aurait pu discréditer cette candidate remarquable, de l’information détenue par Mme Tremblay, DG sortante, M. Donald Roy et Mme Louise Bourgeois, si cela est le cas, je n’arrive toujours pas à comprendre les motifs de ces trois personnes dans le fait d’exclure complètement cette candidature. Une candidature exceptionnelle qui ferait le bonheur de plusieurs autres organisations du milieu de l’habitation communautaire.

J’ose espérer que, de par leur accointance au parti Action Gatineau, que le choix de ces trois personnes d’exclure cette candidate n’aura pas été motivé par le fait que cette personne combative aurait pu contester ouvertement les décisions de l’administration Pedneaud-Jobin, particulièrement celles reliées au projet de logements atypiques présentement en ballottement et en danger suite au refus de la ville d’accorder rapidement un terrain pour sa réalisation.

Bref, même avec la meilleure volonté et le dévouement de l’ensemble des personnes qui y oeuvrent à titre de salariés ou bien de bénévoles, je ne peux qu’être profondément inquiet pour l’avenir de cette organisation. Quoi qu’il en soit, c’est certain qu’elle ne sera plus jamais la même et qu’elle risque de se transformer en un simple organisme de gestion immobilière et de charité. Je ne pouvais être complice de cette dérive et de cette procédure tronquée de sélection.

En terminant, pour la suite des choses, j’inviterais M. Donald Roy, nouveau président de Mon Chez Nous, à choisir entre cette présidence ou bien celle qu’il exerce également au sein du parti politique municipal Action Gatineau. À mon avis, il y a là un réel conflit d’intérêts entre ces deux fonctions. Sinon, comment compte-t-il s’y prendre pour concilier ces deux rôles lorsqu’il fera face à des critiques de favoritisme suivant ses rapports étroits avec l’administration Pedneaud-Jobin ou bien transiger certains dossiers litigieux entre Mon Chez Nous et cette administration municipale ?

François Roy, ex-président et membre fondateur de Mon Chez Nous