Un poème de résistance

Blocus

à quoi penses-tu

au creux de la nuit

doux guerrier

blotti

sous ta tente

plantée sur

la voie

ferrée

en voyant

ton haleine

hivernale

danser

comme tes

ancêtres ?

à quoi penses-tu

dans la nuit de

tyendinaga

quand il est

minuit à vancouver

quatre heures

à charlottetown

et chez toi

sur ta terre

l’heure de

l’ultimatum ?

sens-tu

la fébrilité

de la dernière nuit ?

sais-tu

qu’à l’aube

ils t’emporteront ?

chanteront

God Save the Queen

dans l’assemblée ?

toi aussi

tu chanteras

crieras la voix éraillée

en tapant dans

les côtés du fourgon

qui viendra

te dégager

comme ils ont

blanchi

les robes rouges

des arbres

de wet’suwet’en

et oseront

de plus belle

regarder

droit dans la caméra

sobres et circonspects

prononcer

le mot

réconciliation

sans pouffer

de rire

ignorant

hélas

que la barricade

repoussera

comme un hydre

a mari usque ad mare

s’enroulant

le long des rails

jusqu’à en tordre

l’acier.

Paul Ruban, Toronto