Pierre Jury
Le premier ministre ontarien, Doug Ford
Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Un peu plus de français, M. Ford!

ÉDITORIAL / Au début du mois, Le Droit a salué les premiers ministres Justin Trudeau, François Legault et Doug Ford. Après deux semaines à composer avec la COVID-19, nous voyions une belle unanimité du fédéral, du Québec et de l’Ontario à s’attaquer à ce terrible virus.

Deux semaines plus tard, des failles ont cabossé l’armure de M. Ford. Sur l’usage du français, ou plutôt, son non-usage. Cependant, il faut lui donner ça : il écoute, il réagit.

Les deux premières semaines, tout se mettait en place. Les Ontariens étaient simplement fiers de voir leur premier ministre adopter, justement, un ton de premier ministre qui, par ses paroles, apporte réconfort et direction à la population. Ses mots étaient appuyés par la présence de quelques ministres, dont celle régulière de la ministre de la Santé, Christine Elliott, à ses côtés. 

Puis, les lacunes face à l’Ontario français sont montées à la surface. 

La présence d’un ministre qui pouvait répondre en français s’est avérée comme un accident de parcours. Les Franco-Ontariens avaient poliment souligné l’absence de «l’autre» langue officielle aux conférences de presse quotidienne de l’Ontario. Dès le lendemain, le ministre de l’Énergie Greg Rickford était là, aux côtés de Doug Ford, et il prenait officiellement la parole. Depuis, on ne l’a plus revu.

On aurait pu s’attendre à ce qu’apparaisse Caroline Mulroney, la ministre des Affaires francophones. Non. Elle est très présente sur les médias sociaux, dans les deux langues officielles, mais cela a une utilité toute relative lorsque vient le temps de parler aux 600 000 Franco-Ontariens, dont plusieurs sont des personnes âgées peu rompues aux nouvelles technologies.

Lorsque notre collègue Émilie Pelletier a demandé si elle pouvait poser une question en français, elle s’est fait répondre «Pas maintenant». Ou plutôt, «Not now». Ce n’était pas un cri de ralliement qu’elle lançait, juste une interrogation. Au lieu de l’ouverture, elle s’est butée à un mur. Le visage intolérant de Doug Ford revenait à la surface. Il avait l’air courroucé. Il n’en faudrait pas beaucoup pour rappeler les biais anti-francophones des débuts de ce gouvernement.

Cela a provoqué un tollé de réactions d’intolérance coutumière à ceux qui demandent des services dans leur langue officielle. 

Ce jeudi, le gouvernement Ford a démontré qu’il savait écouter. Il a annoncé que ses conférences de presse seraient traduites et disponibles en ligne. Il s’agit d’un pas en avant. D’un grand pas, compte tenu de la frilosité que l’on connaissait de M. Ford sur ce sujet.

Mais les journalistes de Radio-Canada, d’ONfr et du Droit qui désirent poser des questions au gouvernement se retrouvent toujours devant rien. Il n’y a encore aucun porte-parole francophone, ce qui demeure une lacune.

Pourtant, l’importance de bien communiquer dans les deux langues officielles est encore plus cruciale dans les périodes de crise comme celle sur le coronavirus. Qui a dit que le bilinguisme ne servirait que lorsque tout va bien? 

Le gouvernement doit tout faire pour que ses consignes soient bien comprises par toute la population, en particulier dans les deux langues officielles. L’Ontario et le Nouveau-Brunswick, là où il y a d’importantes communautés francophones, la chose semble plus difficile, en partie devant l’unilinguisme de leurs premiers ministres.  

À l’impossible, nul n’est tenu. Mais à des informations dans les deux langues officielles, voilà ce que la fédération canadienne a voulu en adoptant sa Loi sur les langues officielles, il y a 51 ans. En Ontario et au Nouveau-Brunswick, la volonté est là, perceptible, quoique difficile à articuler.