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Un modèle fondé sur la recherche est tout à fait viable et peut-être souhaitable pour répondre au cataclysme créé par l’abolition de programmes francophones à l’Université Laurentienne.
Un modèle fondé sur la recherche est tout à fait viable et peut-être souhaitable pour répondre au cataclysme créé par l’abolition de programmes francophones à l’Université Laurentienne.

Un autre modèle universitaire

À vous la parole
À vous la parole
Le Droit
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OPINION / Le cas de l’Université Laurentienne témoigne des limites d’un modèle universitaire, le modèle entrepreneurial, misant sur le béton et la conquête de nouveaux marchés internationaux. Des dizaines de millions ont été investis en développement, mais les retombées financières ne se sont pas matérialisées dans le sens espéré, entrainant l’institution dans les déboires financiers que nous connaissons maintenant. Ce modèle institutionnel nous a fait la démonstration de ses limites, mais il nous a surtout révélé qu’il est difficilement compatible avec les réalités de l’Ontario français (et celles des Premiers Peuples).

Alors qu’il existe un léger vent d’optimisme à l’idée d’une intervention du gouvernement fédéral, il nous faut penser l’université sur un autre modèle de référence. En contexte minoritaire, la viabilité et la mesure du succès d’un programme ou d’une université ne peuvent se fonder sur le nombre d’étudiants inscrits. À l’heure actuelle, il est impossible d’avoir des effectifs étudiants comparables à ce que l’on trouve du côté des institutions de la majorité anglophone. Penser l’université franco-ontarienne selon ces cadres de référence est rigoureusement inadéquat. 

La recherche et la création

Et si la recherche était à la fois le moteur de l’université franco-ontarienne, et une mesure de son succès? Après tout, l’université n’est pas seulement un espace de formation, c’est aussi un espace de recherche et de création artistique. 

Cette question et cette manière de penser la valeur et le succès d’une université n’ont rien d’utopiste. En vérité, il s’agit d’un modèle universitaire qui existe ailleurs. Au Québec, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) en est un bon exemple. La recherche est le moteur de cette université, et le moteur de ses enseignements. Son Centre urbanisation, culture et société rassemble plus d’une trentaine de chercheurs en sciences humaines et sociales qui réalisent de nombreux contrats et produisent des études pour des ministères et pour des organismes publics ou privés. Les étudiants sont également appelés à participer à ces travaux de recherche, ce qui contribue grandement à leur formation. 

Bref, l’exemple de l’INRS illustre qu’il existe plusieurs solutions de rechange aux universités à grands effectifs. Un modèle fondé sur la recherche est tout à fait viable et peut-être souhaitable pour répondre au cataclysme créé par l’abolition de programmes francophones à l’Université Laurentienne. Après tout, le gouvernement fédéral peut très bien investir dans la recherche, il le fait déjà avec ses conseils de recherche. Ne pourrait-il pas créer, à très court terme, un institut de recherche qui pourrait éventuellement négocier son statut universitaire avec le gouvernement provincial de l’Ontario?

Les besoins

Une future institution francophone, à Sudbury ou ailleurs, doit faire son deuil des principes de l’université de masse, qui fonde son succès et sa valeur sur le nombre d’inscriptions. L’avenir est dans un autre modèle, peut-être celui de la recherche et de la création.  

Nous avons d’excellents programmes techniques offerts par le Collège Boréal et par La Cité collégiale. En revanche, nous venons de perdre une expertise en histoire, en littérature, en science politique et dans bien d’autres domaines. En quelques semaines à peine, en congédiant une trentaine de professeurs francophones, l’Université Laurentienne a pratiquement annihilé l’expertise existante sur l’Ontario français. Un des plus importants reculs pour l’éducation postsecondaire en Ontario. 

Ces derniers jours, il a été question de sauver les programmes francophones. La recherche est aussi un important moteur de la vie universitaire et à ce titre, il y a également urgence à préserver l’expertise développée par les professeurs, car sauver des programmes sans professeurs, c’est récupérer des coquilles vides. 

L’auteur, Jonathan Paquette, est professeur titulaire de la Chaire de recherche en francophonie internationale sur les politiques du patrimoine culturel à l’Université d’Ottawa.