Le discours de Denise Bombardier lors de son récent passage à l'émission «Tout le monde en parle» «ne mène à rien autre qu’à ériger les communautés les unes contre les autres», croit l'éditorialiste Pierre Jury.

Un an plus tard, le même discours

ÉDITORIAL / Fallait-il s’attendre à quelque chose d’autre de Denise Bombardier ? Non satisfaite de son attaque à l’endroit des communautés francophones minoritaires au Canada, l’année dernière, elle en a remis une couche en fin de semaine, encore sur les ondes nationales de Radio-Canada, dans le cadre de l’émission « Tout le monde en parle ».

Il y a un an, rappelez-vous de son ton accusateur à l’effet que les communautés de langue française avaient « à peu près disparu » au Canada, et qu’on « n’y parle plus le français ». Cela relevait de l’enflure verbale la plus pure, probablement dans le style que Mme Bombardier s’est donné pour mousser la vente de son autobiographie. Comme elle avait piqué la France dans ses sorties passées...

Une année plus tard, elle revient à l’avant-scène. Elle a profité de la situation à son propre escient. Elle a voyagé aux frais de la princesse au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick et y a mené une série d’entrevues avec des jeunes francophones hors Québec, avec des leaders d’opinion. Cette fois, elle mousse le documentaire qui en est sorti, Denise au pays des francos. Elle a réussi, une fois de plus, à faire parler d’elle. En dénigrant l’accent d’une personne rencontrée, le qualifiant d’« inintelligible ». Voilà qui est tout aussi accusateur que l’an passé.

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Ce discours ne mène à rien autre qu’à ériger les communautés les unes contre les autres. Alors que nous avons terriblement besoin d’éléments qui nous rassemblent.

Peu après sa malencontreuse sortie publique, en 2018, le gouvernement de Doug Ford avait annoncé deux grandes mesures d’austérité ciblant la communauté franco-ontarienne. D’abord, le report aux calendes grecques de l’Université de l’Ontario français, puis la fin du Commissariat aux services en français. Les deux pour des raisons strictement financières. Nous avons vu ce que cela a donné : les Franco-Ontariens sont sortis en masse dans les rues, le 1er décembre 2018, pour protester contre ces deux décisions inopinées. Le mouvement La résistance s’est ligué. La protestation a donné des résultats : l’Université de l’Ontario français bénéficiera du financement de l’Ontario, mais dans quatre ans, après une injection de 63 millions $... du fédéral. Le Commissariat aux services en français a été fondu à l’intérieur du Bureau de l’ombudsman de l’Ontario, sans perte d’emplois... sauf celui du commissaire.

Le mouvement de protestation avait alors réussi à gagner de nombreux appuis au Québec. Sa population découvrait, soudainement, qu’elle avait des atomes crochus avec les Franco-Ontariens pour la première fois depuis le combat victorieux pour la sauvegarde de l’hôpital Montfort. C’était un mouvement de liesse qui faisait oublier la bourde de Denise Bombardier. 

Nous ne souhaitons pas une reprise de ces calamités pour solidariser Franco-Ontariens et Québécois. Une fois est bien assez. 

Mais nous sommes pris aujourd’hui avec un renouvellement des attaques de Mme Bombardier. Certes, il y a de l’assimilation et de l’acculturation dans nos communautés. Plein de mariages exogames qui font perdre leur langue à de petits Franco-Ontariens. Au lieu de leur tomber dessus, il faut rappeler la beauté du français, son ouverture à une autre culture... peu importe ses accents, ses intonations, ses emprunts à d’autres langues. Cela se réglera par lui-même un jour, si cela doit se régler. 

La beauté des différents français à travers le monde est une chose remarquable, qu’ils soient suisses, sénégalais, belges, franco-ontariens, français ou québécois. L’un n’est pas meilleur que l’autre, ils sont juste différents. Quoiqu’en pense Denise Bombardier.