François Legault, premier ministre québécois

Un an de la CAQ

ÉDITORIAL / Un an après son élection, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) savoure encore sa lune de miel. Mais des nuages pourraient arriver dans le paysage si le premier ministre François Legault n’y prend garde.

Depuis le 1er octobre 2018, l’équipe de M. Legault s’est réfugiée derrière des projets relativement faciles, étant donné qu’elle détient la majorité à l’Assemblée nationale. Mais dans plein d’autres dossiers, autrement plus compliqués ou qui demandent une coordination poussée, la CAQ traîne de la patte tout en profitant encore de l’aura de nouveauté qui l’entoure. Certes, après 48 années de régime ou libéral ou péquiste, la CAQ a insufflé un air de fraîcheur dans ses dossiers. La population a l’impression qu’il n’y a plus l’obstination libérale à avoir raison sur tout, comme l’incarnait l’ex-ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette. Mais sa successeure, Danielle McCann, malgré tout son bon vouloir, se bute à des indicateurs à peu près tout ausi négatifs : temps d’attente aux urgences, manque d’infirmières, heures supplémentaires obligatoires, délai pour voir un médecin, etc. Des négociations pour ramener les salaires des médecins à des niveaux « plus raisonnables » s’en viennent, mais ça ne sera pas facile d’aller économiser 1 milliard $...

Ça, ce n’est qu’en santé. Ailleurs, c’est à peu près pareil.

Le diable est aux vaches dans les services policiers du Québec. À la Sûreté du Québec, à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) comme au Service de police de la Ville de Montréal, la population est confrontée au même vide de leadership. Sans compter le fiasco de l’enquête sur le numéro 2 de Montréal, Frank Zampino, avortée pour vice profond de procédure... Les maternelles 4 ans coûteront beaucoup, beaucoup plus cher que prévu, ce que l’opposition avait prévu. La réforme du mode de scrutin, annoncée pour la prochaine élection générale en 2022, sera décalée d’une année, ne portant effet qu’en 2026, ce qui est bien loin. Et les futures négociations avec le secteur public s’annoncent difficiles. Plus d’un gouvernement s’y est cassé les dents dans le passé.

Pourtant, le gouvernement Legault nage dans un taux de satisfaction autour de 60 %.

Il a proposé une uniformisation de la taxe scolaire, une doléance vieille de plusieurs années à propos de laquelle le Parti libéral refusait de bouger. Idem pour les mesures de sécurité sur l’autoroute 50, qui seront réalisées le printemps prochain. Cela a mis les troupes de M. Legault dans de bonnes grâces. En environnement, ce gouvernement s’est avéré plus vert qu’escompté, quoique nous attendons toujours des mesures concrètes. Pour le moment, cela n’a été que des paroles. Idem pour le troisième lien entre Québec et Lévis, malgré son coût faramineux et ses effets qui stimuleront la circulation automobile au lieu de la décourager.

Il a proposé deux mesures phares. Sa loi sur la laïcité d’abord, qui fait l’objet de contestations judiciaires. Nous verrons bien où cela mènera. Et son initiative pour restreindre, quoique temporairement, l’immigration à 40 000 personnes, au lieu de 52 000.

L’économie tourne encore à plein régime et les indicateurs sont meilleurs même que l’Ontario, qui a aussi élu un nouveau gouvernement en 2018. Mais alors que Doug Ford s’empêtre dans ses dossiers, François Legault se promène encore la tête haute. Il a raison, mais l’orage d’un ralentissement économique pointe à l’horizon. Il est loin d’être sûr que le gouvernement aura conservé ses appuis d’ici là.