Il y a un tel fossé entre le discours des élus du Canada et celui de Donald Trump qu’on se demande bien qui a raison.

Trump sur sa planète

ÉDITORIAL / Il y a un tel fossé entre le discours des élus du Canada et celui de Donald Trump qu’on se demande bien qui a raison.

D’un côté, des premiers ministres qui, comme celui du Québec François Legault, rappelle que nous ne sommes pas sortis de l’auberge et qu’il faut redoubler de précautions si l’on ne veut pas que la pandémie de la COVID-19 se propage de manière incontrôlée. Le message de M. Legault est à peu près identique à celui de son homologue fédéral Justin Trudeau, et à celui de tous les premiers ministres des provinces. Même Doug Ford, que l’on a accusé, peu après son élection, d’être une version édulcorée de Donald Trump.

M. Ford a plutôt déposé, mercredi, un énoncé économique prévoyant 17 milliards $ de nouvelles dépenses: 10 milliards $ en aide aux entreprises, 3,3 milliards $ en investissements en santé et 3,7 milliards $ en appui aux contribuables ontariens.

Tout le monde répète le même message: restez à la maison, tout est fermé, sauf les commerces essentiels, comme les épiceries et les pharmacies. Ce mot d’ordre est largement suivi. Pour ceux qui ne comprennent pas, comme les «snowbirds» qui reviennent du Sud en se demandant ce qui a bien pu piquer les Canadiens, ils viennent de se faire plaquer un ordre de quarantaine obligatoire de 14 jours.

Pendant ce temps, aux États-Unis, le président Trump rêve déjà aux jours meilleurs où le pays reprendra son erre d’aller. Il a dit voir «une lumière au bout du tunnel», là où tous les autres élus ne constatent encore que la grande noirceur.

Il a bien déclaré l’état d’urgence, mais ça, c’était la semaine dernière, alors qu’il s’était montré un peu plus accommodant. Il avait parlé d’une guerre contre un ennemi invisible.

Là, il a repris son discours où il compare le coronavirus à la grippe saisonnière. Il a recommencé son ton plus optimiste bien qu’il n’ait aucune raison de l’être.

Mercredi, les États-Unis déploraient plus de 64 000 cas de la COVID-19 à l’intérieur de leurs frontières, alors que le Canada n’en avait «que» 3306. L’Organisation mondiale de la santé prévoit que les États-Unis pourraient devenir le principal foyer de coronavirus au monde. D’ici la fin de semaine, ils pourraient dépasser la Chine et l’Italie.

Alors, pendant que le reste de la planète — ou à peu près — a mis les freins sur toutes les sorties de leurs citoyens, Donald Trump rêve tout haut d’un redémarrage, partiel tout de même, dès la fête de Pâques. C’est dans moins de trois semaines.

Que fera-t-il si les cas de coronavirus explosent dans son pays où le week-end dernier, c’était encore la folie sur les plages de la Floride, alors que les jeunes célébraient leur «Spring Break»?

Il y a à New York un des principaux foyers de contamination au monde et les cas se multiplient par deux, tous les trois jours. Que fera-t-il si le nombre de personnes contaminées explose et se chiffre dans les millions?

La question n’est pas anodine pour le Canada. Les États-Unis demeurent notre voisin privilégié, le pays avec lequel nous partageons la plus longue frontière non protégée au monde. Bon, d’accord, cette frontière vient d’être fermée, mais les camions de marchandise la franchissent encore gaiement. Qu’arrivera-t-il en cas d’une croissance non-contrôlée des cas de coronavirus aux USA?

Pendant ce temps, Donald Trump rêvasse de jours meilleurs. C’est nous, le problème, ou rêve-t-il encore à une reprise des marchés boursiers, rêvant à sa réélection en novembre?

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Correction

Une erreur s’est glissée dans l’éditorial «Ottawa: la marche à suivre», publié dans notre édition de mercredi. Le montant du plan d’aide aux États-Unis est de 2 trillions $, soit 2000 milliards $. Nos excuses.