Tous les poulets du Québec face au colonel Sanders d’Ottawa

LA VOIX DES LECTEURS / Le premier débat à la chefferie du Parti québécois s’est tenu à Granby le 26 août presque dans la clandestinité, COVID oblige. Les quelques commentaires de journalistes qui ont suivi, pour rendre compte de l’actualité, ont fait état à la fois des positions respectives des quatre candidats quant à la tenue d’un prochain référendum sur l’indépendance, mais aussi d’une certaine atmosphère de chicane due à des attaques personnelles que les uns ont réservées aux autres.

Ces positions, qui auraient dû être centrales et bénéficier d’une certaine hauteur démocratique, sont à l’effet que Paul St-Pierre Plamondon, Sylvain Gaudreault et Guy Nantel s’engagent, une fois le Parti québécois élu, à tenir un référendum dans un premier mandat, mais chacun selon des modalités un peu différentes.

Et que pour sa part, Frédéric Bastien tenterait plutôt de forcer l’ouverture de la Constitution canadienne afin de protéger la loi 21 pour « éviter une job de bras » comme ce fut le cas pour la loi 101, a-t-il dit, et obtenir des pouvoirs supplémentaires en immigration, réservant donc le référendum pour un 2e mandat seulement, s’il est élu chef du Parti québécois.

Étant le seul des trois à tenir une position divergente sur cet enjeu, il fut, comme l’ont souligné les journalistes, rapidement la cible d’un sarcasme par l’humoriste Guy Nantel qui lui a lancé : « tu vas avoir l’air d’un poulet qui négocie avec le colonel Sanders... ça n’a aucune crédibilité. Tu le dis d’avance que tu ne signeras rien avec eux autres ! »

En fait Nantel a mis le doigt sur la colère de Bastien à l’égard du rapatriement de la Constitution de 1982, et dans le dos du Québec, ce qu’il a d’ailleurs amplement documenté et démontré dans ses écrits à titre d’historien. Et comme la colère est parfois mauvaise conseillère, elle l’a peut-être dérangé au point de mal fagoter politiquement son approche quant à une nécessaire ouverture de la Constitution, et, en conséquence, de récolter cette invective de la part de l’humoriste.

Dans les circonstances, si j’étais Bastien, j’en prendrais bonne note et je tenterais rapidement de reprendre l’avantage du jeu. Voici comment.

D’abord j’admettrais ma colère parce que le rapatriement de la Constitution de 1982 sans l’accord du Québec a permis de mettre au centre de l’identité canadienne le concept de multiculturalisme qui a pour effet durable d’aplatir la nation québécoise et son identité pour en faire de plus en plus qu’une simple et plate province au Canada. Et je rappellerais que cette colère est légitime parce qu’elle est aussi partagée par la majorité des Québécois, aucun des partis politiques au Québec n’ayant à ce jour proposé ou accepté de signer cette Constitution.

Puis, jouant avec la métaphore de Nantel, j’annoncerais que si je prends le pouvoir, à titre de chef du Parti québécois, je solidariserais tous les poulets du Québec afin de forcer une ouverture et une modification substantielle de la Constitution de 82, et ce, à l’avantage de la nation québécoise. Et que pour y parvenir, je ferais adopter, en début d’un premier mandat de gouvernement, une Constitution québécoise formelle dont le préambule énoncerait clairement, par une Déclaration d’identité inclusive du peuple québécois, mais aussi les pouvoirs souverains additionnels, nécessaires à leur bien-être et a leur développement, incidemment, en matière de langue, de culture/information, d’immigration et d’environnement.

Enfin, je demanderais que cette Constitution québécoise soit intégrée telle quelle à la Canadienne dans l’optique d’un pays dorénavant biconstitutionnel, en partenariat avec nos premières nations.

Et pour m’assurer que cette démarche ne soit plus jamais associée à la colère ou à la frustration, mais plutôt à l’ouverture et au dialogue, je m’engagerais à obtenir l’appui de tous les partis politiques présents à l’Assemblée nationale avant d’exiger, au nom des poulets du Québec, et de la part du colonel Sanders d’Ottawa, l’ouverture de la Constitution canadienne .

Finalement, je conclurais que, si je n’obtiens pas l’appui de tous les partis pour une telle demande d’ouverture de la Constitution, il serait inefficace pour les poulets du Québec de vouloir négocier avec le Colonel Sanders d’Ottawa, et qu’en conséquence, la seule avenue digne pour assurer l’avenir de notre peuple est l’indépendance, et le plus rapidement possible.

Bien sûr, je ne suis pas Frédéric Bastien, mais s’il prenait connaissance de cette opinion et s’en inspirait à tout le moins, peut-être que le reste de cette course à la chefferie du Parti québécois pourrait prendre effectivement de la hauteur démocratique et, du même coup, de la pertinence politique autant que médiatique.

Denis Forcier
Shefford